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L'AMOUR ET LA SCIENCE DE LA NAISSANCE - Entretien avec Jan Tritten


Jan Tritten exerçait le métier de sage-femme à domicile depuis douze ans quand elle a créé le magazine Midwifery Today, sous-titré «The heart and science of birth1» en 1986. Elle répondait ainsi à un besoin prégnant de partager des connaissances et des savoir faire sur le métier de sagefemme et sur la naissance, ainsi que de réfléchir à comment démédicaliser celle-ci. Depuis trente ans, divers acteurs de la naissance respectée, depuis Michel Odent jusqu’à Ina May Gaskin en passant par Mardsen Wagner, partagent leurs connaissances et leurs points de vue souvent avantgardistes dans des articles ou lors des conférences de ce qui est devenu un média international de référence pour la formation et la lutte pour le respect des droits humains durant la grossesse et l’accouchement.

  • Grandir Autrement : Quelle est la philosophie éditoriale de Midwifery Today ?
    Jan Tritten :
    Chaque femme et chaque enfant ont besoin d’amour et de respect durant la grossesse, la naissance et au-delà. Le travail des sages-femmes est plus efficace quand elles sont autonomes et qu’elles peuvent prendre des décisions en accord avec les familles, de façon indépendante et sans interférence d’un spécialiste du modèle «médicaliste» de la naissance. Car la naissance n’est pas un événement médical. C’est un événement familial, spirituel, social ; il est parfois le point culminant de la vie d’une femme, et de ce fait, il peut aussi être le pire si elle a été mal traitée, ce qui arrive la plupart du temps de nos jours.

  • Quels sont ses principales actions et ses plus grands accomplissements ?
    Nous publions un excellent magazine pour sages-femmes et autres praticiens de la naissance depuis trente ans ! C’est aussi une bonne ressource pour les futures mamans. Nous avons également édité divers ouvrages. Il y a bien sûr ceux de la série «Les astuces du métier». Les astuces du métier, sujet toujours très apprécié, font aussi l’objet d’une rubrique dans le magazine, d’ateliers lors de nos conférences internationales et de courtes vidéos publiées sur notre page Facebook2. Mais il y en a d’autres comme Le Placenta, rituels et usages thérapeutiques3, Survivor moms4, Power of women5 ou Paths to becoming a midwife6.
    Nous avons organisé environ soixante-quinze conférences Midwifery Today dans de nombreux pays différents. En octobre 2016, nous viendrons en France pour la quatrième fois ; ce sera à Strasbourg. Ce n’est pas par hasard que nous avons choisi la ville de la Cour européenne des droits de l’homme pour accueillir cette conférence dont le thème sera «La naissance est un enjeu des droits humains».

  •  Quelles sont les plus importantes figures de ce mouvement pour le respect des droits humains durant la naissance ?
    Ce sont les femmes qui ont le courage de combattre le système médical et qui accouchent par exemple à domicile ou en maison de naissance. Ce sont aussi de nombreuses sages-femmes, doulas et autres activistes merveilleuses qui travaillent avec acharnement à faire évoluer les pratiques obstétricales. Quand j’ai commencé à exercer il y a quarante ans, la plupart des Américains ne savaient même pas ce qu’était une sage-femme ; ça a bien changé. Il y a des personnes exceptionnelles qui ont parcouru le globe pour aider à changer les conditions de naissance, comme Michel Odent, Barbara Harper, Ina May Gaskin, Robin Lim, le regretté Marsden Wagner et tant d’autres.

  • Quelles est la situation des sages-femmes aux États-Unis ?
    La situation est bien meilleure qu’il y a une centaine d’années quand les médecins ont failli anéantir notre métier ; les sages-femmes étaient un problème pour eux. Notre retour a été laborieux ; il a émergé des courants contestataires des années 70. Nombre d’entre nous apportaient simplement leur aide à des femmes déterminées à accoucher à la maison, avec ou sans sage-femme. De ce mouvement est né un registre national des sages-femmes qui s’est révélé à la fois positif et négatif car la pratique de certaines sages-femmes qui ne souhaitaient pas s’enregistrer devenait illégale dans certains États. Cela a également eu pour effet que l’exercice du métier de sage-femme était conditionné à des protocoles extérieurs auxquels les sages-femmes n’adhéraient pas, comme le transfert de soins dès que la date du terme était dépassée.

  • Le paradigme obstétrical occidental a conquis le monde entier.
    En effet, nous assistons à ce que j’appelle un véritable impérialisme médical. La médicalisation et la déshumanisation de l’accouchement ont affecté le monde entier. Dans certains pays, les sages-femmes sont coincées dans des pratiques obstétricales des années 50, avec position lithotomique, épisiotomie et séparation de la mère et du bébé après la naissance. Mais il y a de l’espoir ! Cet espoir se situe notamment dans la science du microbiome et dans l’épigénétique qui nous montrent que l’accouchement à la maison est ce qu’il y a de mieux pour la mère et le bébé.

  • En France, les sages-femmes semblent avoir du mal à se libérer de l’autorité des obstétriciens et mènent contre certaines consœurs qui ne rentrent pas dans les clous ou qui dénoncent la violence obstétricale une véritable chasse aux sorcières. Est-ce pareil ailleurs ?
    Le manque d’autonomie des sages-femmes est un vrai problème dans le monde entier ! Le docteur Mardsen Wagner m’expliquait il y a une vingtaine d’années que le principal enjeu du métier de sagefemme dans les années à venir sera de se libérer de l’autorité des médecins. Sage-femme ou doula doivent être des professions indépendantes. Justement, les doulas rencontrent des problèmes similaires. Leur présence aux côtés de la parturiente est purement et simplement refusée dans la plupart des hôpitaux ; c’est une invraisemblable violation des droits humains ! La naissance appartient à la mère et pas aux médecins !

  • Il y a tant de façons de pratiquer le métier de sage-femme de par le monde. Quelle est votre définition de la sage-femme idéale ?
    Elle est douce et bienveillante. Elle place la dyade mère/bébé, et non pas son propre confort, au centre de la relation de soin. Elle agit dans l’intérêt de la mère et de l’enfant, mais toujours avec l’accord de cette dernière, dans le respect des choix des familles, sans user d’aucune coercition. Elle n’est pas interventionniste mais suffisamment formée et compétente pour intervenir en cas de problème. Elle connaît la physiologie et les méthodes de soins naturels. J’encourage toujours les sages-femmes à utiliser ce qu’elles ont sous la main qui soit le plus simple et le plus naturel possible pour soigner les petits et grands maux. Par exemple, comme je l’ai écrit dans le dernier éditorial du magazine, insérer un morceau de placenta, de membranes ou de cordon dans la bouche de la mère est sans doute la façon la plus rapide de gérer une hémorragie du post partum, quand malgré toutes les précautions, celle-ci advient. Bien sûr, si cela ne fonctionne pas, on utilise le «Synto7». Mais nous avons tant de choses simples et efficaces à disposition pour traiter les complications.

  • Les conférences et les diverses publications de Midwifery Today sont des occasions uniques pour les sages-femmes de se former et d’échanger leurs bonnes pratiques. Parlez-nous de vos conférences et de votre conception de la formation des sages-femmes.
    Je crois que la meilleure façon d’apprendre le métier est d’assister à des accouchements dès le début de la formation en école de sages-femmes. Il semble hasardeux d’étudier la théorie pendant plusieurs années sans pratiquer d’accouchements. De plus, la façon dont sont dirigées les naissances à l’hôpital ne fait pas de ces dernières des occasions riches et privilégiées pour les sages-femmes d’acquérir de l’expérience. C’est durant les naissances à domicile ou dans des maisons de naissance que l’on apprend vraiment. Mais combien de sages-femmes ont cette opportunité ?
    Il est crucial pour les sages-femmes et les doulas d’avoir une base de connaissances solide et d’excellentes compétences. Le genre de connaissances et de compétences que nous enseignons durant nos conférences est très différent de ce que les sages-femmes apprennent dans la plupart des formations classiques. Notre enseignement est à la fois fondé sur les preuves et humain. Il y a un vrai besoin de s’informer, de se former et de partager ses savoirs qui s’exprime parmi les sages-femmes. Nous essayons de répondre à ce besoin dans nos conférences et notre magazine. Et nous espérons que ceux et celles qui y assistent en ressortent motivés à agir au mieux pour préserver la dyade mère/ bébé. Notre avenir en dépend.


1 Que l’on pourrait traduire par « Sage-femme aujourd’hui. Le coeur et la science de la naissance ». /
2 https://www.facebook.com/ MidwiferyToday# /
3 Cornelia Enning, traduction publiée aux éditions du Hêtre (2014). /
4 « Mamans survivantes », sur les mères ayant été victimes d’abus sexuels. /
5 « Le pouvoir des femmes ». /
6 « Devenir sage-femme ». /
7 Abréviation pour « SyntocinonTM », ocytocine de synthèse utilisée en obstétrique.

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