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De l'empowerment de l'accouchement à domicile après une césarienne

Estelle, Maëlle, Fanny, Marylène, Tina, Cécile, Lolie et Angélique ont fait le choix de l’accouchement à domicile (AAD) après avoir vécu une voire deux césarienne(s). Leurs chemins furent à la fois ressemblants et pourtant toujours singuliers. Leurs témoignages sont venus nourrir ma réflexion suite à ma propre expérience d'accouchement par voie basse après césarienne (AVAC) à domicile et ont confirmé ce sentiment que j’avais de l’empowerment1 permis par l’AAD, notamment après césarienne. Démarche à la fois personnelle et politique, le choix d’accoucher à domicile avec ou sans accompagnement professionnel semble dénoncer un système, souvent non respectueux, voire violent, envers les femmes, les enfants et même les conjoint-e-s ; tout en étant un chemin vers la réappropriation de son corps et de ses capacités à enfanter.

Pour chacune d’entre nous, revivre une césarienne était impensable. Il était hors de question de subir, encore, la violence institutionnelle hospitalière ainsi que celle de la surmédicalisation. Si certaines de nos césariennes étaient justifiées, d’autres se sont révélées être des césariennes pour raisons fallacieuses, soit de «confort» pour le service médical, ce qui pour ma part avait été confirmé par un gynécologue, chef de service, soutenant les AVAC en AAD, dénonçant les violences obstétricales, et soutenant toutes les femmes dans leurs choix d’accouchement.
Au moment même de l’annonce de la césarienne, certaines femmes étaient convaincues du bien-fondé de cette dernière, soit parce que les raisons apparaissaient clairement justifiées, soit parce qu’elles faisaient confiance aux décisions prises par «le meilleur gynécologue obstétricien du coin». Mais ce n’était pas le cas pour toutes : «même si [Marylène] voulai[t] accoucher avec une péridurale, ça ne sonnait pas normal». Pour toutes les femmes qui ont témoigné, l'expérience de la césarienne, justifiée ou non, fut plus ou moins violente : «c'était presque un viol», témoigne Marylène, qui ajoute «mon gynécologue ne m'avait pas du tout expliqué les étapes et le protocole, […] on m'a rasée et attaché les bras». Et Angélique d’ajouter : «J’avais l’impression d’être un bout de viande».
Pour autant, ce sont ces expériences qui permirent à certaines de déclencher une réflexion sur les conditions d’accouchement, sur sa physiologie et qui les lancèrent pour leur(s) grossesse(s) suivante(s) sur un autre chemin. Pour d’autres, la césarienne permit de renforcer leurs convictions déjà présentes a priori. Tina pense qu’on lui a volé son accouchement. Angélique raconte : «Il était assez clair que je n’irais pas à l’hôpital, je sentais que ce bébé devait naître chez moi».

Dépasser la peur des risques
À considérer les risques de la rupture utérine qu’on nous oppose à tout bout de champ pour nous dissuader de mener à bien notre projet d’accouchement physiologique après césarienne, voire d’AAD, Maëlle rétorquera.: «Je préfère mourir chez moi qu’avec vous.!» et puis «je me fais confiance et je fais confiance à mon mari».
Il est utile de rappeler que la rupture utérine, bien que pouvant avoir des conséquences importantes sur le bébé si elle se produit, est plutôt rare2 et peut être anticipée, ce que me rappelait d’ailleurs le docteur Bernard Maria, alors gynécologue obstétricien chef de service de la maternité de Villeneuve-Saint-Georges (94) et soutenant les AVAC à domicile dès lors qu’ils étaient accompagnés par une sagefemme et qu’aucune contre-indication ne venait, pendant la grossesse, entacher le projet d’AAD. Pour lui, la sage-femme, observatrice, était justement là, parce qu’elle connaît la physiologie de l’accouchement, pour anticiper les anomalies et engager le transfert en structure hospitalière si besoin.

Un chemin semé d’embûches ou de l’importance du soutien
Envisager de retourner encore une fois à la maternité, même pour un accouchement physiologique en plateau technique ou maison de naissance, est souvent difficile, bien que cette option ait pu faire partie du chemin de certaines qui sont passées par là pour pouvoir voir naître leur projet d’accouchement à domicile. En effet, ce fameux chemin vers l'AAD après une césarienne est semé d'embûches. Le soutien est souvent faible. Le personnel médical est souvent contre, «césarienne un jour, césarienne toujours!» dit l’adage, ou alors il préconise un accouchement par voie basse sous péridurale, bien que cette dernière puisse mener, de proche en proche, à la césarienne. Et si certain-e-s ont confiance dans le fait qu'un accouchement physiologique, voire un AAD, est possible après une césarienne, si certain-e-s acceptent les suivis et s’engagent pour offrir cette possibilité aux femmes, d’autres ont souvent peur des retours qu'on pourrait leur faire et n'acceptent qu'officieusement le soutien sans accepter l'accompagnement le jour J. D’autres encore ont besoin de ne pas être seul-e-s.: Tina, suissesse, «avait trouvé une sage-femme d’accord avec la condition d’être à cinq minutes de l’hôpital […], pour autant qu’un gynécologue de la maternité donne son accord. […] La porte s’ouvrait d’un côté pour [s]e retrouver devant une porte blindée derrière». En effet, là-bas, l’AAD est seulement possible après un AVAC réussi en structure. Toutefois, la confiance s’instaurant entre Tina et la sagefemme, cette dernière proposa à demi-mots la présence à l’accouchement, mais la rapidité de l’accouchement ne lui permit pas d’être là à temps.
Angélique était soutenue par son gynécologue et par sa sage-femme libérale. Elle était officiellement inscrite dans une maison de naissance située au sein d’un hôpital. Officieusement le gynécologue savait qu’elle resterait à la maison accoucher accompagnée d’une sage-femme libérale. Pourtant, à sept mois de grossesse, sa sage-femme prit peur et prit le temps de la réflexion. Pendant ce temps, Angélique et son compagnon se convainquirent que si leur sage-femme ne les suivait plus, ils s’engageraient dans un accouchement non-assisté (ANA). Elle les suivit malgré tout mais les circonstances les menèrent vers un ANA inopiné, la sage-femme ne réussissant pas à être parmi eux suffisamment rapidement.
L’expérience fut presque similaire pour Maëlle, mère de six enfants ayant vécu deux ANA suite à une césarienne pour son troisième enfant. L’Ordre des sages-femmes aurait interdit à sa sage-femme d’accepter de suivre un AAD après césarienne. Maëlle et son compagnon ont donc décidé de vivre un ANA, à défaut de trouver quelqu’un pouvant les accompagner dans leur choix d’AAD. Leur sage-femme les a préparés, pendant la grossesse, au maximum d’éventualités pour qu’ils puissent y faire face seuls. Elle se rendit disponible par téléphone tout au long de l’accouchement à défaut d’être présente, par peur des représailles. Pour leur sixième enfant, ils contactèrent une sage-femme du département limitrophe qui se désista au dernier moment, ce qui valu à Maëlle un deuxième ANA.
Quant à Fanny, elle projetait un accouchement par voie basse après deux césariennes. La maternité la suivait et la soutenait, malheureusement sa date prévue d’accouchement était pour l’été et le changement d’équipe fut fatal: «Hors de question de tenter une voie basse sur un utérus bi cicatriciel!» et ce, à quatre semaines du terme. Dépités, elle et son conjoint s’accrochèrent malgré tout et contactèrent en urgence une autre maternité qu’ils n’avaient pas relancée parce que l’AVA2C avait été accepté près de chez eux. Le chef de service de la maternité plus lointaine leur donna son accord pour un accouchement avec leur sage-femme libérale. Le plateau technique n’ouvrait officiellement que quelque temps plus tard. «Pour lui (et c’est bien la première fois!), j’étais une parturiente “normale”, pas un utérus bi cicatriciel», raconte Fanny. La vie a fait que son bébé est né sur le siège passager de leur camion alors qu’ils se rendaient dans la maison qui leur était prêtée proche de la maternité pour le travail. Le lendemain de la naissance, le chef de service a appelé pour les féliciter, et féliciter ce petit d’homme «du joli pied de nez qu’il a fait au corps médical».
Fanny raconte: «Je crois encore plus aux bienfaits des énergies positives qu’on nous envoie et qu’on accepte de recevoir. […] Accouchement non-assisté.? Oui, pas de professionnels à nos côtés, mais nous n’étions pas seuls, tous ceux qui nous aiment et qui croyaient en nous étaient là, je le sais». Marylène témoigne d’ailleurs de l’importance du soutien du conjoint qui était «entièrement présent à [elle]» grâce à sa «présence constante».
Lolie savait dès le début de sa grossesse qu’elle voulait accoucher sans l’assistance d’un-e professionnel- le.: elle n’a «voulu voir aucun soignant, n’avoir aucun dossier médical – pour voir écrit en rouge un gros “utérus cicatriciel” sur la couverture, non merci – […] qu’on me laisse tranquille et qu’on me laisse croire en moi!». Pour autant, alors que la peur d’une hémorragie fulgurante la prit, elle décida de voir un échographe pour s’assurer que le placenta n’adhérait pas à la cicatrice. Cet homme, en qui Lolie avait une grande confiance du fait d’une première expérience, fut, encore une fois pour elle, d’un rare respect et d’une intégrité sans faille. Il accepta de ne regarder que ce qui lui était demandé sans imposer d’échographie complète, ce qui aura été le seul acte médical de la grossesse de Lolie. «Toute une aventure, tout un programme: croire en moi, jusqu’au bout et sincèrement, sans tomber dans l’illusion de la toute-puissance. Assumer pleinement mes choix, mais aussi m’accepter entièrement: mes faiblesses, mes peurs, mes doutes. Avoir conscience du mur, de la mort, de l’échec, mais vivre d’abord pour l’espoir… La foi… La vie. Et rester accrochée à cette pensée qui tient en deux mots: trust birth3».

De l'empowerment de l'AAD
Alors que nous avons réussi à accoucher, non seulement par voie basse, mais également à la maison ou au moins en dehors de l’hôpital, avec ou sans sage-femme, nous nous sentions fortes et puissantes. Nous étions pleines de joie.
Pour Cécile, c’était «super puissant».: «J’étais vraiment animale, moi qui suis pourtant si cérébrale « Angélique considère que cette «expérience [lui] a rendu [s]a féminité, [s]a puissance féminine». Elle raconte: «l’expérience de la césarienne pour Nolan m’a détruite et je voulais me réapproprier tout mon être, en tant que femme, en tant que mère».
Quant à Maëlle, elle pense que, souvent, «on ne se fait plus confiance en tant que femme [et qu’]on délègue son accouchement». Pour elle, l’AAD fut «magique»: «une redécouverte de moi, de mon corps, de mes facultés».
Et pour Fanny, l’accouchement par soi-même «donne confiance en soi, rend heureux, donne envie de donner, de recevoir».
Voici comment Estelle décrit l’accueil de son fils à la maison pour son deuxième accouchement par voie basse: «C’était un moment de grâce! J’ai été touchée par la grâce, je crois que je ne me suis jamais sentie aussi forte, aussi vivante qu’après tout cela. J’ai envie de hurler ma joie!»

Alors que je m’attendais à recevoir des témoignages d’AVAC AAD accompagné par une sage-femme dans la mesure où je pensais, a priori, que l’AVAC appelait à plus de surveillance, j’ai été surprise par la proportion d’accouchements non-assistés qui ont suivi les césariennes. Je me demande encore s’ils sont dus au hasard, à la difficulté de trouver un accompagnement serein, adéquat à la maison ou si l’expérience extrême de la césarienne, la désappropriation de soi par l’institution médicale et la surmédicalisation appellent un autre extrême de l’accouchement par soi, de la réappropriation de son corps, de son être, de sa féminité, de sa maternité et, par là, de sa confiance en soi. Quoi qu’il en soit, puissent les soignants, médecins, gynécologues, sages-femmes, être libres d’accompagner sereinement et en toute simplicité les femmes qui décident de réacquérir leur pouvoir d’accoucher par elles-mêmes tout en étant accompagnées, sans pour autant empêcher de vivre leur accouchement librement celles qui ne souhaitent être entourées que de leurs proches. ◆

1 (Ré)appropriation de son pouvoir d’agir

2 http://www.cesarine.org/avenir/consequences/rupture

3 Naissance en confiance

[PDF - De l'empowerment de l'accouchement à domicile après une césarienne]

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