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Qui a dit « parfaits » ?

Le journal Libération consacrait quelques pages à son numéro du 6 février 2018 à la parentalité positive. Se passer de punitions serait l'équivalent du Graal, et les défenseurs de l'éducation bienveillante vendraient le « mythe du parent parfait ».
Mais qui a dit que les parents qui travaillent tous les jours à être bienveillants visent la perfection ? Je pense que nous nous rendons tous compte, et plus d'une fois, qu'atteindre cette supposée perfection est impossible. Nous savons à quel point être parent est difficile. Et c'est d'ailleurs pour cela que nous cherchons des outils. Parce que nous voulons le meilleur pour nos enfants, aussi. Surtout.


Dans ce numéro, on trouve des piques lancées à l'encontre des ateliers de parentalité positive et des grandes figures du mouvement (Catherine Dumonteil-Kremer, Isabelle Filliozat…) qui se font des sous sur le dos des « parents dépassés ».
Les découvertes en neurosciences qui viennent soutenir les théories de l'éducation bienveillante, les préoccupations des parents quant au bien-être de leurs enfants sont mentionnées comme des éléments accessoires de la problématique. Le plus important, ce n'est pas qu'un mouvement se crée, que les consciences évoluent, non, le plus important, c'est que les parents se font plumer. Pour des formations qui ne font même pas d'eux des parents parfaits ! C'est scandaleux, ils ont payé et ça leur arrive encore de crier sur leur progéniture.


Allons. Certes, l'éducation bienveillante a parfois de mauvais ambassadeurs car ces derniers omettent de souligner la difficulté à être bienveillant au quotidien. Certes, certaines techniques données dans les livres ou les ateliers peuvent sonner faux pour certains d'entre nous. Mais la parentalité positive, l'éducation bienveillante, appelez ça comme vous voulez, ce n'est pas figé et ça ne se résume pas aux ateliers pour parents. C'est un cheminement qui ne s'arrête jamais, c'est essayer d'être à l'écoute, de considérer l'enfant comme son égal, de cesser d'appliquer un autoritarisme totalement arbitraire dans la plupart des situations. C'est vivre avec son enfant et non pas le dresser.

Certes, le parent sur le chemin de la bienveillance cherche à atteindre un idéal : ne pas crier, ne pas punir, ne pas frapper (évidemment), ne pas menacer, ne pas faire de chantage. Connaissez-vous un parent, même le plus bienveillant possible, qui ne craque jamais ? Moi non. Et pourtant, je connais des parents formidables qui font de leur mieux chaque jour et qui sont des modèles de bienveillance. Mais ils sont comme tout le monde : imparfaits. Et nos enfants le savent. Ils savent que quand nous craquons, que nous haussons la voix, que nous avons des mots trop durs, nous faisons une erreur. Et parce qu'ils vivent dans un cadre bienveillant, ils se sentent autorisés à nous le dire. C'est une vraie source de contentement pour moi quand mes enfants me disent que je n'ai pas agi correctement. Car je sais que s'ils considèrent mon comportement comme problématique, c'est qu'il est rare, et que s'ils m'en parlent, c'est qu'ils savent qu'ils seront écoutés. Qu'ils savent, aussi, que je sais dire pardon. Et que j'essaierai, malgré mes imperfections, de ne pas recommencer.

Et si, au lieu de fustiger les parents qui remettent en cause le modèle traditionnel, on se demandait pourquoi certains ont besoin de participer à des ateliers ? Et si on réfléchissait à l'isolement des parents ? Aux injonctions de la société qui impose des normes dont il est difficile de se détacher ? Participer à ces ateliers, ce n'est pas forcément être un parent dépassé, c'est peut-être simplement chercher à rencontrer d'autres parents dans le même courant de pensée. Chercher de l'écoute, un soutien, de l'empathie, un partage sans jugement. Trouver du lien. Les partisans de l'éducation traditionnelle nous parlent beaucoup de limites. Nous cherchons surtout du lien. Pas la perfection. Le lien. Une démarche indiscutablement positive qu'il n'est nul besoin de moquer.

 Camille Masset Stiegler

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