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À la recherche du bonheur : Entretien avec Jonathan Lehmann

extrait du numéro 67 - Novembre/Décembre 2017


Jonathan Lehmann se décrit lui-même comme un étudiant du bonheur. Après avoir retrouvé la joie de vivre grâce à la méditation notamment, il a souhaité faire bénéficier le plus grand nombre des bienfaits de cette pratique et partager son approche spirituelle de l'existence. Parmi ses multiples projets, Jonathan Lehmann travaille à introduire la méditation dans les écoles. Nous avons rencontré ce jeune homme serein, rayonnant et inspirant, qui a choisi de mettre ses talents, son enthousiasme et sa propre évolution spirituelle au service du bien commun.


•    Grandir Autrement : Votre activité est vraiment particulière, comment travaillez-vous ?

Jonathan Lehmann : J'explore ce qui contribue au bonheur et au bien-être : la méditation et d’autres « leviers spirituels », tels que le travail de la respiration, les affirmations positives, la pratique de la gratitude… Dans ce domaine, je suis autodidacte. J'ai fait six ans de droit et deux ans de commerce mais il n'y a pas besoin de diplômes. Je me forme à travers des lectures, des conférences, le web, des retraites, des voyages (en Inde…). Parallèlement, je cherche à transmettre mes découvertes en les vulgarisant, avec des leçons théoriques et pratiques. Je tiens un blog1 avec des outils concrets, des méditations guidées et je suis en train de publier un livre. J'anime des ateliers de groupes, en entreprises entre autres, autour de la méditation. J'accompagne des personnes individuellement : je « coache » ainsi une femme atteinte d'un cancer, à l'aide de la visualisation. Une partie de mon activité est lucrative et une partie est bénévole.

•    La méditation est au centre de votre pratique et de votre enseignement. En quoi cela consiste- t-il au juste ?

La méditation, c'est être attentif à l'instant présent. C'est l'antidote à la tyrannie du mental compulsif. On a 60 000 pensées par jour, sur le passé et  le futur, dont beaucoup de pensées négatives. On a tendance à s'identifier à ce mental, il s'agit de le remettre à sa place d'objet. Je fais l'analogie entre le sport, l'hygiène du corps, et la méditation, l'hygiène du cerveau.  

•    Votre vie personnelle et professionnelle sont liées, comment en êtes-vous arrivé là ?

 J'ai traversé une grande souffrance personnelle : il y a une dizaine d'années, malgré ma réussite professionnelle et sociale, ma vie avait perdu son sens. Je travaillais trop et j'étais très malheureux. J'ai alors décidé de tout quitter et de partir voyager à travers le monde. J'ai rencontré des maîtres spirituels, j'ai découvert la méditation, le yoga... À mon retour, au début, je voulais simplement partager tout cela, pour que les gens soient moins stressés. Puis, il y a deux ans, suite aux attentats au Bataclan durant lesquels j'ai perdu un ami, j'ai été très secoué par le terrorisme. Je me suis dis : « Que pourrait-on faire chacun à notre niveau pour qu'il n'y ait plus de violence ? » J'ai été désillusionné par la politique ; je pense que le changement s'opérera au niveau micro, par les individus, le bas, plutôt que par le macro, la loi, le haut. Je crois au changement venant de l'intérieur. La méditation permet de développer empathie, compassion, altruisme, tolérance... J'ai donc commencé à réfléchir à l'introduire en milieu carcéral, dans les hôpitaux, dans les écoles. Le Dalaï Lama a dit : « Si, dès l'âge de 8 ans, on enseignait la méditation, on pourrait éliminer la violence dans le monde en une seule génération. »  

•    Quelle est votre expérience de la méditation pour les enfants ?

J'ai mis en ligne des vidéos de méditation spécialement pour les enfants et j'ai commencé à l'expérimenter en milieu scolaire. Je suis intervenu dans deux écoles à Paris, en ZEP, auprès de CE1 et de CM1, pour proposer des séances de méditations, avec le concours d'une enseignante et d'un directeur. L'expérience était concluante, surtout auprès des CM1, plus réceptifs que les plus jeunes. Rapidement, j'ai trouvé que je ne touchais pas assez de personnes donc j'ai mis à disposition des enseignants intéressés un kit de méditation gratuit. Il est composé de deux méditations accessibles et simples, d'une dizaine de minutes chacune. Une méditation du bonheur, et une avec des animaux, oiseau, lion, éléphant. Il s'agit de visualisations et d’affirmations que l’on répète. Le but est d'augmenter le bien-être de la classe. Le kit comporte un script fait pour être lu par l'enseignant et susceptible d'être modifié, et un enregistrement audio2. De manière surprenante, le kit m'a été demandé par 750 enseignants de pays francophones ! J'ai eu des premiers retours : cela a un effet apaisant sur leurs élèves. Je songe travailler avec la coopération de l'Éducation nationale, pour avoir un impact plus grand. Si de plus en plus d'enseignants sont partants, alors je serai plus crédible pour généraliser. La compréhension de l'intérêt de la méditation va de plus en plus vite, même si c'est relativement nouveau.

•    Si la méditation fait un jour partie du cursus scolaire, tous les enfants devront méditer. Peut- on obliger quelqu'un à méditer ?

Bien sûr que non ! On peut présenter tous les bienfaits de la méditation : être plus heureux, mieux s'entendre avec les copains, avoir de meilleurs résultats scolaires... puis laisser chacun libre. Dans le contexte scolaire, on peut demander à l'enfant de juste garder le silence pour laisser les autres méditer. Dans une école à Baltimore, on a remplacé chaque heure de colle par une heure de méditation ; il y a eu des changements incroyables : il n'y avait plus d'exclusions, les rapports entre élèves et entre enseignants et élèves se sont améliorés. J'ai rencontré des récalcitrants aussi parmi les adultes à l'école. Dans une classe, j'ai voulu faire une méditation sur l'amour - l'amour des autres, de soi, de la planète. Le directeur m'a dit : « L'amour n'est pas au programme de l'Éducation nationale. »  

•    On peut comprendre que la méditation au sein de l’École laïque pose question. Est-ce que méditation et religion sont liées ?

Pour moi, la spiritualité, c'est tout simplement un comportement de bon citoyen. On peut relier cela à une prise de conscience écologique. Ce n'est pas religieux que de dire : « J'aime la terre, j’aime les animaux, j'aime mon prochain ». Bouddha, Jésus... disaient la même chose : « Aimez-vous, connectez- vous à la nature. » C'est un message de spiritualité par rapport à la matérialité. Si la pratique religieuse devient un rite dénué de sens, si l'on force des dogmes et des idées arbitraires sur les gens, là on commence à avoir des problèmes.  

•    Pour les parents qui vivent des tensions, des situations conflictuelles dans leur vie quotidienne avec leurs enfants, que conseilleriez-vous ?

Je ne suis pas parent donc je ne donnerai pas de conseils mais si les relations familiales sont compliquées, s'il y a agressivité, c'est qu'il y a souffrance. Je propose de ne pas répondre par l'agressivité mais d'écouter et comprendre l’autre. On peut se concentrer sur sa respiration. Il existe beaucoup d'ouvrages pour développer la conscience et l'empathie... sans renoncer à ses valeurs éducatives. Méditer régulièrement améliore les relations au quotidien. Je vais bientôt proposer des vidéos de méditation à faire en famille.  

•    Y a-t-il des gens pour qui la méditation ne fonctionne pas ?

Certains n'essaient pas assez longtemps et n'ont pas de résultats. C'est comme un régime, il faut le faire régulièrement. Ce sont souvent les gens qui auraient le plus besoin de méditation qui arrivent le moins à s'y mettre, tout comme ceux qui auraient besoin de faire du sport… De la même manière qu'il n'y a plus de doute sur les bienfaits du sport, les effets bénéfiques de la méditation sont universels : sur la mémoire, la santé, la concentration ; de la sérotonine et des endorphines sont sécrétées ; cela empêche l'arrivée de maladies. Je conseille de commencer par faire dix minutes par jour pendant dix jours. La méditation guidée est une bonne aide, testée et pratiquée : « Je te prends par la main, tu vas voir que ça marche. » .

Propos recueillis par Anne-Claire Ricot

1 www.fb.com/lesantisechesdubonheur  

2 Une deuxième version du kit pour les écoles, contenant cinq méditations, vient de sortir et est disponible gratuitement en écrivant à : lesantiseches@gmail.com

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