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LA NÉCESSITÉ DE S'ACCORDER DES PAUSES


*extrait du numéro 63 : Voie haute, voie basse

On entend souvent des parents, notamment de jeunes enfants, déplorer le fait de ne jamais  pouvoir s'accorder de pause. Pris dans l'engrenage d'un quotidien sans temps mort réparti entre soins aux enfants, activité professionnelle et tâches ménagères, ils sont nombreux à   exprimer ce besoin et leur difficulté à le satisfaire. Certains arrivent néanmoins à s'organiser afin de se ménager des moments rien que pour eux; d'autres ont pris le parti de considérer les choses autrement et envisagent de prendre des pauses sans forcément en exclure les enfants.  

Parfois, comme pour Julie, « la pause s'impose .» En réponse à une perte de poids et de patience, elle a trouvé «_[s]a solution égoïste: deux semaines en Guadeloupe sans mari ni enfant! Mes parents, mes beaux-parents et mon mari ont participé à l'achat des billets d'avion», ajoute t- elle. « C'était mon cadeau de Noël. »
Sans partir aussi loin ni opter pour une solution aussi radicale, il est tout à fait possible de  prendre du temps pour soi. Une après-midi par-ci, une heure par-là, ou même, parfois, un quart d'heure, suffisent à souffler, à prendre le recul nécessaire et à recharger ses batteries. Pour Christelle, c'est « une bonne marche, seule, un bain avec des soins et une bougie, de la relaxation, une soirée bricolage ou entre copines, se trouver une belle tenue, pour être féminine… des choses pour moi uniquement! »
À cela on pourrait ajouter: un rendez-vous mensuel, tel un cercle de femmes, hebdomadaire, comme un footing, quotidien, sous la forme d'une séance de yoga, mais aussi plus ponctuel, comme un dîner en amoureux. Il existe autant de manières de faire des pauses que d'individus et de familles, car tout cela s'articule bien entendu autour des autres membres du foyer et est à adapter à chaque situation. Le tout est de parvenir à le faire régulièrement ou, à tout le moins, dès que le besoin s'en fait sentir, pour éviter d'accumuler fatigue et frustration qui risquent de mener au burn-out. Pour cela, il est nécessaire d'apprendre à s'écouter, mais aussi entendre son entourage, qui reconnaît parfois avant soi les premiers signes de lassitude extrême. « Quand je commence à m'énerver pour tout, et surtout pour rien, c'est que je suis dans le rouge. Donc je fais un  break. Ce sont mes proches aussi qui me disent stop », reconnaît Christelle.
Parfois, c'est aussi, simplement, l'humeur, l'envie du moment, les opportunités qui se présentent et/ou le temps dont on dispose qui donnent l'impulsion. Ainsi, Claire alterne ces « échappées salutaires et indispensables en ce qui [la] concerne entre tour du pâté de maisons, quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit – si tant est qu'un autre adulte se trouve dans la maison pour veiller sur les enfants pendant [son] absence! – quand le besoin de prendre l'air se fait vraiment impérieux, déjeuner avec une copine de temps à autres et séance de massage. Sans oublier un bon bain, une séance de farniente devant un film ou le plaisir de plonger dans un livre. »
Pour d'autres, comme les parents solo, cela semble plus compliqué. Entourage proche, soutien et relais sont alors plus que jamais indispensables ainsi qu'en témoigne Amélie: « Le fait de prendre du temps pour moi est vital mais très difficile question organisation. Je fais garder [mon fils] quelques heures par mon frère parfois pour boire un verre avec mes amies ou simplement pour aller faire une course – cela peut paraître idiot mais ça fait partie de mes petites bouffées d'oxygène! Sinon c'est une fois qu'il est couché que parfois je prends un bain – s'il n'y a rien à faire au niveau des tâches ménagères – ou, simplement, je reste dans mon lit à errer sur Internet. C'est aussi agréable de ne penser à rien. Après un temps à moi, je suis  heureuse de le retrouver et me sens bien plus volontaire et patiente. »  

Une pause pour et avec les enfants

Parfois aussi, le besoin d'une pause se fait sentir lorsqu'on n'arrive pas (ou plus) à prendre le recul nécessaire à la gestion de la situation. L'accueil des émotions, la répondance aux besoins des uns et des autres (y compris les siens propres) en un flux quasi continu nécessitent en effet une énergie et des  ressources considérables qui, si elles sont heureusement renouvelables, demandent parfois un temps de production un peu plus long. Ainsi, Coralie, maman de quatre enfants, envisage la pause comme « nécessaire également en gardant les enfants dans l’équation. Quand je lis des livres d’éducation, j’ai le sentiment de faire une pause, parce que je m’arme pour la famille. J’apprends les compétences qui vont me permettre d’apporter plus d’harmonie à la maison. Ce n’est plus une pause pour autre chose, c’est une pause pour eux. Pas avec eux, mais pour eux. […] Pour moi, voilà la pause fondamentale. Celle qui nous aidera à poursuivre plus sereinement. Celle qui non seulement aidera à débloquer la situation, mais également à nous rendre plus fort en tant que parent. Parce qu’on aura pris le temps de choisir la bonne solution. Il y a souvent plusieurs façons de voir les choses. Et ce n’est pas sous le coup de la colère qu’on va les voir positivement… Alors, mon astuce, si je ne dois en garder qu’une, c’est de faire des pauses, seule ou en couple, qui sont en fait des “moments éducation”, des moments où l’on prend du recul, pour pouvoir décider plus sereinement du chemin à prendre. Et c’est souvent un cercle vertueux: plus on trouve le temps de faire ces pauses, moins il y a de stress à la maison, et moins on en a besoin! »

 Il y a enfin un troisième type de pause que j'aimerais évoquer ici: c'est celle que l'on prend pour soi bien sûr, pour sa famille aussi puisque, qui dit maman (ou papa) détendu(e) dit aussi ambiance plus sereine à la maison, mais également celle que l'on prend avec ses enfants. En effet, pourquoi devrions-nous systématiquement envisager la pause comme excluant nécessairement les enfants? N'y a-t-il pas des activités qui, partagées avec l'un ou plusieurs de ses enfants, permettent, au moins autant si ce n'est plus que ces échappées « rien que pour soi », de recharger ses batteries, de remplir son réservoir affectif, de se sentir plein d'un regain d'énergie d'autant plus salutaire qu'il est partagé? Il y a bien sûr tous ces petits moments dans une journée où l'on peut prendre le temps de se détendre l'un près de l'autre ou les uns près des autres: tétées, bain, massages, histoires, promenades, discussions. Parfois, un bain pris avec son enfant sera aussi, voire plus, détendant qu'un bain qu'on aura réussi à prendre seul! Mais on peut aussi penser aux nombreuses activités que l'on aura plaisir à faire avec ses enfants, comme les activités artistiques (musique, chant¹, danse,  peinture, etc.) ou sportives (sans s'inscrire dans un club, on peut déjà aller à la piscine, faire du vélo…), qui se prêtent particulièrement bien à ces moments d'échanges, loin de toute contrainte inhérente au quotidien, et où chacun peut s'épanouir à son rythme. Certaines de ces disciplines s'ouvrent désormais aux familles et l'on peut envisager, par exemple, de venir chanter, peindre ou danser avec son enfant. Ces initiatives sont encore assez peu nombreuses mais commencent néanmoins à se développer. Et puis, c'est en créant la demande que l'on a une chance de voir s'étoffer l'offre, alors, n'hésitons pas à demander, lorsque l'on trouve une activité qui nous motive en famille, si l'on peut venir pratiquer en tandem, voire plus! Enfin, lorsque nous sommes parents de plusieurs enfants, pensons aux moments privilégiés que nous pouvons passer avec l'un d'entre eux. De même que l'on se réserve parfois des moments en amoureux avec son conjoint, ne négligeons pas l'importance de ces moments à deux avec chacun de nos enfants. Finalement, n'est-ce pas la société qui nous encourage à passer du temps sans nos enfants, en ne favorisant ni les lieux ni les activités ouvertes à tous? Mais aussi le modèle de la famille nucléaire, voire mononucléaire, et l'absence  d'alloparents² qui nous font parfois ressentir si cruellement le besoin de faire une pause?

À nous de créer de nouveaux réseaux afin d'y trouver le soutien dont nous manquons, de développer de nouvelles activités susceptibles de réunir enfants et parents autour d'un même objectif: le plaisir de partager, d'être ensemble, tout simplement!

1_Voir notamment le dossier du n° 62 de Grandir Autrement consacré à la musique.

2_Voir les articles de Claude Didierjean-Jouveau à ce sujet, dont le dernier, paru dans le n° 62 de Grandir Autrement.


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