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A lire et à voir

Semaine Mondiale de l'Accouchement Respecté : « 40 semaines… Et alors ? A chaque naissance sa cadence »

Du 15 au 21 mai, c'est la Semaine mondiale de l'accouchement respecté (SMAR).

Initiée par l'Alliance francophone pour l'accouchement respecté (AFAR) en 2004, la SMAR offre une occasion de réunir parents, professionnels de la périnatalité et toutes personnes intéressées par la naissance afin de réfléchir sur les moyens d'en améliorer les conditions.
Cette année, la SMAR vous invite à réfléchir sur le thème "Mon corps, mon bébé, mon choix".

De nombreuses manifestations, souvent organisées par des associations de soutien des parents, auront lieu un peu partout en France. Pour connaître la plus proche de chez vous, vous pouvez consulter la carte : https://www.facebook.com/SMAR.France/

A l'occasion de la SMAR, Grandir Autrement vous propose chaque jour de cette semaine une sélection d'articles sur la naissance :

* Se réapproprier son accouchement - article de Camille Masset Stiegler extrait du numéro 63 de mars/avril 2017

* Plaidoyer pour une non-préparation à la naissance - article de Frédérique Horowitz extrait du numéro 62 de janvier/février 2017

* Nouveau paradigme... Nouveau langage : LE POUVOIR DES MOTS -Article de Michel Odent extrait des numéros 59 et 60 et initialement publié par le journal américain Midwifery Today

* L'AMOUR ET LA SCIENCE DE LA NAISSANCE - Entretien avec Jan Tritten - Propos recueillis et traduits par Daliborka Milovanovic - article extrait du numéro 60 de septembre/octobre 2016

* Comment l'évolution des conditions de naissance est en train de modifier l'humain - article de Gaëlle Brunetaud-Zaïd extrait du hors série 9 de décembre 2015

* De l'empowerment de l'accouchement à domicile après une césarienne - article de Mélissa Plavis-Le Yaouanq extrait du numéro 63 de mars/avril 2017

Par ailleurs, durant toute cette semaine, vous pourrez bénéficier de plusieurs offres spéciales !


TÉMOIGNAGE : Mon chemin vers une naissance libre(1)

article de Dinah extrait du numéro 50 de janvier/février 2015

Mes deux premières grossesses ont été très médicalisées. Bon nombre de personnes sont intervenues sur mon corps et sur celui de mes enfants, ce que j’ai ressenti comme une grande violence. Nos corps ont été contraints, soumis, immobilisés, empêchés, sanglés, écartelés, brutalisés, drogués, nos chairs perforées, découpées ; position lithotomique2, harnachement des tuyaux de perfusion, des sangles du monitoring, expression abdominale, épisiotomie… Tant d’objets invasifs, aiguilles, pour percer, recoudre, tuyaux pour injecter, vider, cathéter, sonde, urinaire ou gastrique… Tant de fluides forcés en nous, ocytocine de synthèse, analgésiques de la péridurale, collyres, vitamines… Aucun de ces vocables n’est excessif pour décrire la violence subie. Cette violence physique est d’autant plus grande qu’elle se double de celle du silence ; silence de la négation, du déni car tout cela est la norme et la norme est précisément ce qui ne se voit pas, fut-ce absurde.
De tout cela, je me souviens très bien, de toute cette brutalité, j’ai des images vivaces en ma mémoire, même quatorze ans après. De cet assaut furieux, j’ai porté longtemps, et porte sans doute encore, les douloureuses séquelles physiques et psychiques.

Fuir les lieux de violence institutionnalisée
Pour ma troisième grossesse, j’ai d’abord pensé simplement ne pas me rendre à l’hôpital, je ne savais pas à l’époque que ce n’était pas un choix absolument déraisonnable, j’étais mue par la peur et la colère. Mais j’ai, par chance, découvert sur Internet l’existence des sages-femmes pratiquant des accouchements à domicile et ai très vite fait le choix d’une naissance accompagnée par l’une d’entre elles. J’étais convaincue qu’ainsi, je serais à l’abri de l’interventionnisme caractéristique des plateaux techniques, comme on les désigne si éloquemment, et qu’en dehors de ceux-ci, je serais enfin maîtresse de mon corps, un corps qui demeurerait intègre, immaculé, inviolé, soustrait aux velléités invasionnistes de la technique obstétricale, libre de vivre cette naissance selon «mon protocole», selon mes contraintes, en l’occurrence celles de mon ressenti et de mon instinct, celles de mon anatomie, de mes préférences posturales, des possibilités offertes par la configuration matérielle de mon foyer, entourée de mes objets et de visages familiers.
C’est ainsi que mon troisième enfant est né à la maison. Un accouchement facile, rapide, fort. Cette naissance m’a régénérée, restaurée, réparée ; la cicatrice à ma vulve, par deux fois découpée, a cessé de tirailler mes chairs et gêner mes orgasmes, je me suis sentie incroyablement forte et capable, forte comme la vie et capable d’escalader des montagnes, je me suis sentie digne de mes enfants, comme si j’avais enfin accédé au statut vénérable de mère dont j’étais, enfin, légitimement pourvue. Cette expérience a été le point d’accélération d’une réflexion sur l’autonomie entamée quelques années plus tôt. Pour tout cela, je ressens une gratitude infinie.

Les vertus de l’oubli
Cependant, en dépit de son grand effet, sur mon corps, mon estime de soi, il me restait peu de souvenirs de cet accouchement ; quelques impressions de clarté ou d’obscurité, des sons ou plutôt des murmures, beaucoup de sensations internes, proprioceptives disent les physiologistes, pour lesquelles je ne connais pas de mot. En dehors de ce ressenti très intime, très ramassé, très centré sur ces sensations intérieures, j’ai perçu assez peu de choses venant de l’extérieur. Je n’avais rien à en dire, rien à raconter, ou si peu ; l’abondance d’endorphines naturellement à la fois anesthésiantes et euphorisantes explique sans doute ces impressions de flou, ces confusions de ma mémoire.
Je me suis alors passionnée pour les récits de naissance des autres (dont les descriptions détaillées m’ont du reste toujours impressionnée), comme si je pouvais y retrouver mon expérience, bien déroulée logiquement et chronologiquement, puisque toute notion de succession et de causalité avait fui mes souvenirs, comme si cela pouvait m’aider à reconstruire une représentation complète, bien ordonnée dans l’espace et le temps, de mon accouchement. Enfin, l’un de ces témoignages a agi tel un catalyseur ; quelques images ont affleuré ma conscience, des ressentis souterrains incompréhensibles se sont mués en évidences absolues. Je me suis souvenu des croissants qui me donnaient la nausée, du massage du dos dont je ne voulais pas, des incursions intempestives, fœtoscope en main, de la sage-femme dans la chambre où je m’étais isolée, pour «écouter le cœur du bébé», des quelques positions inconfortables qu’elle m’a fait adopter, des indications de poussée que j’ai reçues. J’ai compris pourquoi mes souvenirs les plus clairs étaient ceux-là. Car lorsque je me retrouvais seule, j’étais comme débranchée ; les seules occasions de me reconnecter au monde extérieur, dans une modalité rationnelle, étaient précisément ces interférences.
C’est ainsi, à la lecture d’un récit qui se présentait comme un miroir de toutes les interventions que j’avais moi-même subies, qu’est née cette évidence que, aussi discrète, aussi silencieuse, aussi respectueuse des besoins de la femme et du couple la sage-femme soit-elle (et ma sage-femme était de ces plus silencieuses, respectueuses et discrètes), par sa seule présence, intentionnelle, elle intervient, elle assiste. J’ai aussi compris comment j’avais occulté un ressenti désagréable face à un interventionnisme difficile à identifier en tant que tel, simplement en effaçant de ma mémoire consciente les événements s’y rapportant, et pourquoi un sentiment de malaise indéfini m’envahissait lorsque je devais répondre positivement à la question «alors, comment ça s’est passé ?»

Non assisté ; vraiment ?
Je reste convaincue que ma sage-femme était l’une des moins interventionnistes qui fussent à l’époque en France et pourtant... L’idée même de la présence d’une sage-femme et pas seulement le fait de sa présence modifient profondément l’allure et le vécu d’un accouchement. Lorsque je parle de présence ici, je parle aussi bien de la présence actuelle que de la présence «à venir» c’est-à-dire l’arrivée prochaine de la sage-femme que l’on vient de prévenir de l’imminence de l’enfantement, comme élément perturbant (que cette perturbation ait des conséquences néfastes ou pas du reste). J’ai lu quelques récits d’accouchement qualifié de non assisté a posteriori, où la présence de la sage-femme était programmée mais où cette dernière arrivait après l’expulsion. Même si «dans les termes», il s’agit d’un accouchement non assisté, j’ai la sensation qu’il y a eu précisément usurpation de terme. Les démarches – avec ou sans sage-femme/médecin/ autre «expert» – et les configurations psychoaffectives auxquelles elles aboutissent respectivement sont opposées. La présence d’une sage-femme entrave l’ouverture d’un espace inédit de possibilités créatrices, de libertés. Pour moi, l’expression «sage-femme non interventionniste» est devenu un oxymoron.
C’est là que je me situe actuellement, dans cette prise de conscience de ce qui correspond exactement à l’idée que je me fais d’un positionnement dans l’autonomie. Selon mon besoin d’autonomie, la présence d’une sage-femme à domicile, c’est déjà trop ; on est déjà dans l’intervention, on est déjà dans le risque de court-circuiter, d’orienter le mouvement, dans le risque d’induire des comportements «im-propres» et incongrus, de détourner une singularité de ses ressentis, de sa vibration intérieure. Même quelque chose d’aspect aussi peu directif qu’une suggestion peut amener à se couper de ses sensations et de sa conscience pour se connecter à une autre conscience, extérieure et étrangère, qui fonctionnera comme une «annexe» prenant le relais, mais selon sa propre perception des événements ; la perception de la sage-femme, qui n’est pas connaissance exacte et intime du ressenti de la parturiente, mais qui est «une autre histoire», un autre complexe de peurs et de certitudes, un autre filtre de la réalité, une autre grille de valeurs.

Une autonomie malmenée
On peut bien sûr penser avoir été totalement libre de danser sa propre danse en dépit de cette «surveillance» médicale (cette veille, cette attention qui se superpose, s’exacerbe, qui surplombe). Je ne pense pas l’avoir été. Aujourd’hui, j’ai compris qu’une naissance libre ne pouvait avoir lieu chez moi dans les conditions de la présence d’une sagefemme. Qu’entends-je par «naissance libre» puisque la détermination de l’instant à partir duquel nous ne sommes plus libres est propre à chacun ? C’est un processus physiologique, spontané, un mouvement de l’intérieur vers l’extérieur non perturbé par une intervention intentionnelle extérieure (je dis bien «intentionnelle» car des perturbateurs accidentels peuvent advenir). Bien sûr, l’autonomie n’est pas un genre d’autarcie ou d’indépendance radicale. En amont de cette expérience, il y a toute l’histoire de nos rencontres, tout le poids de notre vécu et des émotions, des ressentis et des réflexions qui le constituent, nos certitudes, nos doutes, nos «programmes», nos tentatives de nous soustraire à des programmes destructeurs. Il est difficile de ne pas être «induite» dans son vécu de l’accouchement par tout ce qui précède cet accouchement. Car nous sommes nos interactions avec l’extérieur.
Parfois, l’histoire de nos interactions passées nous a rendu incapables d’écouter notre guide intérieur et a créé le besoin de toujours nous en remettre à autrui pour décider de ce qu’il faut faire. C’est ainsi qu’au lieu d’entendre les indications quasi infaillibles que sont nos sensations internes, nous nous retrouvons à accepter, par exemple, des positions d’expulsion inadéquates suggérées par ceux qui nous assistent, ou encore à absorber leur angoisse ou inquiétude, même savamment dissimulées, lorsque le travail stagne «trop» longtemps ou lorsque l’expulsion du placenta se fait attendre (notre vécu d’une durée est si différente de celui d’une autre personne).
Malheureusement, nous avons été conditionnés à démissionner de la gouvernance de notre propre corps face à l’«expert». La seule présence d’une sagefemme (même passive) représente donc un risque possible de démission ou d’«oubli de soi», est une situation potentiellement aliénante, de renoncement à son principe intérieur. C’est pour cette raison et étant consciente de ma propension conditionnée à ployer sous le rouleau compresseur de l’autorité experte, que, pour un prochain «heureux événement», il n’y aura pas de «professionnel» prévu à mes côtés le jour de l’accouchement et probablement pas non plus tout au long de la grossesse.

Pourquoi un tel besoin d’autonomie, pourrait-on se demander ; est-ce à mettre en rapport avec un besoin de performance ? Qu’est-ce qui est réellement en jeu ici ? Pour moi, c’est principalement (mais pas seulement) un fort besoin vital et naturel de me sentir capable, forte, vivante, vibrante, tous sentiments et sensations essentiels à l’élaboration de la confiance en soi et en sa capacité à être mère. ◆

 

1 Ce témoignage n’est en aucun cas un plaidoyer contre les sages-femmes. Celles-ci n’y sont pas critiquées dans l’exercice de leur métier, elles n’y sont pas accusées d’être comme ci ou comme cela. Les sages-femmes sont, tout simplement, et pour le plus grand bien de milliers de femmes. C’est une réflexion personnelle sur le fait même de la présence d’un professionnel de la santé dont le métier est de surveiller, prévenir, avant même de soigner, et sur tout ce que ces attitudes impliquent, qui mène l’auteure vers un chemin singulier. Il ne s’agit nullement de convaincre les femmes qu’elles devraient se passer des sages-femmes et des médecins.

2 Position allongée sur le dos dite aussi gynécologique ou décub

De l'empowerment de l'accouchement à domicile après une césarienne

article de Mélissa Plavis-Le Yaouanq extrait du numéro 63 de mars/avril 2017

Estelle, Maëlle, Fanny, Marylène, Tina, Cécile, Lolie et Angélique ont fait le choix de l’accouchement à domicile (AAD) après avoir vécu une voire deux césarienne(s). Leurs chemins furent à la fois ressemblants et pourtant toujours singuliers. Leurs témoignages sont venus nourrir ma réflexion suite à ma propre expérience d'accouchement par voie basse après césarienne (AVAC) à domicile et ont confirmé ce sentiment que j’avais de l’empowerment1 permis par l’AAD, notamment après césarienne. Démarche à la fois personnelle et politique, le choix d’accoucher à domicile avec ou sans accompagnement professionnel semble dénoncer un système, souvent non respectueux, voire violent, envers les femmes, les enfants et même les conjoint-e-s ; tout en étant un chemin vers la réappropriation de son corps et de ses capacités à enfanter.

Pour chacune d’entre nous, revivre une césarienne était impensable. Il était hors de question de subir, encore, la violence institutionnelle hospitalière ainsi que celle de la surmédicalisation. Si certaines de nos césariennes étaient justifiées, d’autres se sont révélées être des césariennes pour raisons fallacieuses, soit de «confort» pour le service médical, ce qui pour ma part avait été confirmé par un gynécologue, chef de service, soutenant les AVAC en AAD, dénonçant les violences obstétricales, et soutenant toutes les femmes dans leurs choix d’accouchement.
Au moment même de l’annonce de la césarienne, certaines femmes étaient convaincues du bien-fondé de cette dernière, soit parce que les raisons apparaissaient clairement justifiées, soit parce qu’elles faisaient confiance aux décisions prises par «le meilleur gynécologue obstétricien du coin». Mais ce n’était pas le cas pour toutes : «même si [Marylène] voulai[t] accoucher avec une péridurale, ça ne sonnait pas normal». Pour toutes les femmes qui ont témoigné, l'expérience de la césarienne, justifiée ou non, fut plus ou moins violente : «c'était presque un viol», témoigne Marylène, qui ajoute «mon gynécologue ne m'avait pas du tout expliqué les étapes et le protocole, […] on m'a rasée et attaché les bras». Et Angélique d’ajouter : «J’avais l’impression d’être un bout de viande».
Pour autant, ce sont ces expériences qui permirent à certaines de déclencher une réflexion sur les conditions d’accouchement, sur sa physiologie et qui les lancèrent pour leur(s) grossesse(s) suivante(s) sur un autre chemin. Pour d’autres, la césarienne permit de renforcer leurs convictions déjà présentes a priori. Tina pense qu’on lui a volé son accouchement. Angélique raconte : «Il était assez clair que je n’irais pas à l’hôpital, je sentais que ce bébé devait naître chez moi».

Dépasser la peur des risques
À considérer les risques de la rupture utérine qu’on nous oppose à tout bout de champ pour nous dissuader de mener à bien notre projet d’accouchement physiologique après césarienne, voire d’AAD, Maëlle rétorquera.: «Je préfère mourir chez moi qu’avec vous.!» et puis «je me fais confiance et je fais confiance à mon mari».
Il est utile de rappeler que la rupture utérine, bien que pouvant avoir des conséquences importantes sur le bébé si elle se produit, est plutôt rare2 et peut être anticipée, ce que me rappelait d’ailleurs le docteur Bernard Maria, alors gynécologue obstétricien chef de service de la maternité de Villeneuve-Saint-Georges (94) et soutenant les AVAC à domicile dès lors qu’ils étaient accompagnés par une sagefemme et qu’aucune contre-indication ne venait, pendant la grossesse, entacher le projet d’AAD. Pour lui, la sage-femme, observatrice, était justement là, parce qu’elle connaît la physiologie de l’accouchement, pour anticiper les anomalies et engager le transfert en structure hospitalière si besoin.

Un chemin semé d’embûches ou de l’importance du soutien
Envisager de retourner encore une fois à la maternité, même pour un accouchement physiologique en plateau technique ou maison de naissance, est souvent difficile, bien que cette option ait pu faire partie du chemin de certaines qui sont passées par là pour pouvoir voir naître leur projet d’accouchement à domicile. En effet, ce fameux chemin vers l'AAD après une césarienne est semé d'embûches. Le soutien est souvent faible. Le personnel médical est souvent contre, «césarienne un jour, césarienne toujours!» dit l’adage, ou alors il préconise un accouchement par voie basse sous péridurale, bien que cette dernière puisse mener, de proche en proche, à la césarienne. Et si certain-e-s ont confiance dans le fait qu'un accouchement physiologique, voire un AAD, est possible après une césarienne, si certain-e-s acceptent les suivis et s’engagent pour offrir cette possibilité aux femmes, d’autres ont souvent peur des retours qu'on pourrait leur faire et n'acceptent qu'officieusement le soutien sans accepter l'accompagnement le jour J. D’autres encore ont besoin de ne pas être seul-e-s.: Tina, suissesse, «avait trouvé une sage-femme d’accord avec la condition d’être à cinq minutes de l’hôpital […], pour autant qu’un gynécologue de la maternité donne son accord. […] La porte s’ouvrait d’un côté pour [s]e retrouver devant une porte blindée derrière». En effet, là-bas, l’AAD est seulement possible après un AVAC réussi en structure. Toutefois, la confiance s’instaurant entre Tina et la sagefemme, cette dernière proposa à demi-mots la présence à l’accouchement, mais la rapidité de l’accouchement ne lui permit pas d’être là à temps.
Angélique était soutenue par son gynécologue et par sa sage-femme libérale. Elle était officiellement inscrite dans une maison de naissance située au sein d’un hôpital. Officieusement le gynécologue savait qu’elle resterait à la maison accoucher accompagnée d’une sage-femme libérale. Pourtant, à sept mois de grossesse, sa sage-femme prit peur et prit le temps de la réflexion. Pendant ce temps, Angélique et son compagnon se convainquirent que si leur sage-femme ne les suivait plus, ils s’engageraient dans un accouchement non-assisté (ANA). Elle les suivit malgré tout mais les circonstances les menèrent vers un ANA inopiné, la sage-femme ne réussissant pas à être parmi eux suffisamment rapidement.
L’expérience fut presque similaire pour Maëlle, mère de six enfants ayant vécu deux ANA suite à une césarienne pour son troisième enfant. L’Ordre des sages-femmes aurait interdit à sa sage-femme d’accepter de suivre un AAD après césarienne. Maëlle et son compagnon ont donc décidé de vivre un ANA, à défaut de trouver quelqu’un pouvant les accompagner dans leur choix d’AAD. Leur sage-femme les a préparés, pendant la grossesse, au maximum d’éventualités pour qu’ils puissent y faire face seuls. Elle se rendit disponible par téléphone tout au long de l’accouchement à défaut d’être présente, par peur des représailles. Pour leur sixième enfant, ils contactèrent une sage-femme du département limitrophe qui se désista au dernier moment, ce qui valu à Maëlle un deuxième ANA.
Quant à Fanny, elle projetait un accouchement par voie basse après deux césariennes. La maternité la suivait et la soutenait, malheureusement sa date prévue d’accouchement était pour l’été et le changement d’équipe fut fatal: «Hors de question de tenter une voie basse sur un utérus bi cicatriciel!» et ce, à quatre semaines du terme. Dépités, elle et son conjoint s’accrochèrent malgré tout et contactèrent en urgence une autre maternité qu’ils n’avaient pas relancée parce que l’AVA2C avait été accepté près de chez eux. Le chef de service de la maternité plus lointaine leur donna son accord pour un accouchement avec leur sage-femme libérale. Le plateau technique n’ouvrait officiellement que quelque temps plus tard. «Pour lui (et c’est bien la première fois!), j’étais une parturiente “normale”, pas un utérus bi cicatriciel», raconte Fanny. La vie a fait que son bébé est né sur le siège passager de leur camion alors qu’ils se rendaient dans la maison qui leur était prêtée proche de la maternité pour le travail. Le lendemain de la naissance, le chef de service a appelé pour les féliciter, et féliciter ce petit d’homme «du joli pied de nez qu’il a fait au corps médical».
Fanny raconte: «Je crois encore plus aux bienfaits des énergies positives qu’on nous envoie et qu’on accepte de recevoir. […] Accouchement non-assisté.? Oui, pas de professionnels à nos côtés, mais nous n’étions pas seuls, tous ceux qui nous aiment et qui croyaient en nous étaient là, je le sais». Marylène témoigne d’ailleurs de l’importance du soutien du conjoint qui était «entièrement présent à [elle]» grâce à sa «présence constante».
Lolie savait dès le début de sa grossesse qu’elle voulait accoucher sans l’assistance d’un-e professionnel- le.: elle n’a «voulu voir aucun soignant, n’avoir aucun dossier médical – pour voir écrit en rouge un gros “utérus cicatriciel” sur la couverture, non merci – […] qu’on me laisse tranquille et qu’on me laisse croire en moi!». Pour autant, alors que la peur d’une hémorragie fulgurante la prit, elle décida de voir un échographe pour s’assurer que le placenta n’adhérait pas à la cicatrice. Cet homme, en qui Lolie avait une grande confiance du fait d’une première expérience, fut, encore une fois pour elle, d’un rare respect et d’une intégrité sans faille. Il accepta de ne regarder que ce qui lui était demandé sans imposer d’échographie complète, ce qui aura été le seul acte médical de la grossesse de Lolie. «Toute une aventure, tout un programme: croire en moi, jusqu’au bout et sincèrement, sans tomber dans l’illusion de la toute-puissance. Assumer pleinement mes choix, mais aussi m’accepter entièrement: mes faiblesses, mes peurs, mes doutes. Avoir conscience du mur, de la mort, de l’échec, mais vivre d’abord pour l’espoir… La foi… La vie. Et rester accrochée à cette pensée qui tient en deux mots: trust birth3».

De l'empowerment de l'AAD
Alors que nous avons réussi à accoucher, non seulement par voie basse, mais également à la maison ou au moins en dehors de l’hôpital, avec ou sans sage-femme, nous nous sentions fortes et puissantes. Nous étions pleines de joie.
Pour Cécile, c’était «super puissant».: «J’étais vraiment animale, moi qui suis pourtant si cérébrale « Angélique considère que cette «expérience [lui] a rendu [s]a féminité, [s]a puissance féminine». Elle raconte: «l’expérience de la césarienne pour Nolan m’a détruite et je voulais me réapproprier tout mon être, en tant que femme, en tant que mère».
Quant à Maëlle, elle pense que, souvent, «on ne se fait plus confiance en tant que femme [et qu’]on délègue son accouchement». Pour elle, l’AAD fut «magique»: «une redécouverte de moi, de mon corps, de mes facultés».
Et pour Fanny, l’accouchement par soi-même «donne confiance en soi, rend heureux, donne envie de donner, de recevoir».
Voici comment Estelle décrit l’accueil de son fils à la maison pour son deuxième accouchement par voie basse: «C’était un moment de grâce! J’ai été touchée par la grâce, je crois que je ne me suis jamais sentie aussi forte, aussi vivante qu’après tout cela. J’ai envie de hurler ma joie!»

Alors que je m’attendais à recevoir des témoignages d’AVAC AAD accompagné par une sage-femme dans la mesure où je pensais, a priori, que l’AVAC appelait à plus de surveillance, j’ai été surprise par la proportion d’accouchements non-assistés qui ont suivi les césariennes. Je me demande encore s’ils sont dus au hasard, à la difficulté de trouver un accompagnement serein, adéquat à la maison ou si l’expérience extrême de la césarienne, la désappropriation de soi par l’institution médicale et la surmédicalisation appellent un autre extrême de l’accouchement par soi, de la réappropriation de son corps, de son être, de sa féminité, de sa maternité et, par là, de sa confiance en soi. Quoi qu’il en soit, puissent les soignants, médecins, gynécologues, sages-femmes, être libres d’accompagner sereinement et en toute simplicité les femmes qui décident de réacquérir leur pouvoir d’accoucher par elles-mêmes tout en étant accompagnées, sans pour autant empêcher de vivre leur accouchement librement celles qui ne souhaitent être entourées que de leurs proches. ◆

1 (Ré)appropriation de son pouvoir d’agir

2 http://www.cesarine.org/avenir/consequences/rupture

3 Naissance en confiance

Comment l'évolution des conditions de naissance est en train de modifier l'humain

article de Gaëlle Brunetaud-Zaïd extrait du hors série 9 de décembre 2015

«Nous avons perturbé les conditions de naissance et c’est en train de modifier l’être humain», avertit Michel Odent1. Conscient des progrès remarquables réalisés par la médecine moderne, dont il a été l’un des premiers à faire usage, ce médecin né en 1930 est aussi très lucide sur les risques à long terme posés par la généralisation de pratiques qui auraient pu être limitées aux cas d’urgence : quel est l’avenir d’une civilisation née sous ocytocine synthétique, privée d’un abondant flot d’hormones de l’amour à un moment critique de la vie humaine, ayant perdu le contact avec le terrain bactériologique aussi familier que riche à qui elle devait son immunité ?

Aucune phase de la vie moderne n’a été autant bouleversée que la naissance», expliquait Michel Odent aux avant-dernières Journées des Doulas, le 7 juin 2014. Vous aviez l’impression que la vie des hommes avait été terriblement modifiée par l’arrivée de l’éclairage artificiel, le développement de moyens de transports rapides, ou Internet ? D’après Michel Odent, les mutations profondes des façons de naître sont en train de modifier l’humain de façon plus puissante encore. «Aucune période de la vie n’a été autant perturbée», affirme l’ancien chef de service de la maternité de l’hôpital de Pithiviers.
En effet, jusqu’à une période très récente, la femme était obligée, pour accoucher, de libérer un cocktail d’hormones parmi lesquelles l’ocytocine, l’hormone de l’amour, occupait une place de choix. Aujourd’hui, ça n’est plus indispensable : l’ocytocine synthétique (utilisée pour déclencher ou accélérer l’accouchement et la libération du placenta) est en train de remplacer l’ocytocine naturelle partout dans le monde, et pas seulement dans les pays dits riches. «Le nombre de femmes libérant ce “cocktail de l’amour”, par lequel toutes les générations d’humains sont nées depuis l’aube des temps, est en train de devenir insignifiant», soutient Michel Odent.
Or l’ocytocine ne sert pas qu’à l’accouchement. Cette hormone de l’amour joue un rôle clé dans l’allaitement, la sexualité, la sociabilité, la capacité d’aimer (les autres comme soi-même), le processus de l’agressivité, voire l’autisme, l’anorexie mentale et la boulimie2, précise-t-il. L’ocytocine interagit aussi avec l’ensemble des hormones humaines. Son affaiblissement ne peut donc qu’avoir des répercussions sur la santé humaine, tant physique que psychique. En 2010, l’Association for Psychological Science a réalisé une synthèse de 72 études des traits de personnalité des étudiants américains de 1979 à 2009. Résultat, l’empathie des étudiants avait diminué de 40 %.

Modifier les conditions de naissance, qu’est-ce que cela change ?
Dans La Naissance à l’âge des plastiques3, Michel Odent se demande pourquoi de plus en plus de femmes ont besoin de substances qui remplacent l’ocytocine naturelle. Est-ce parce que leur système de l’ocytocine est perturbé ? Leur capacité à libérer cette hormone s’est-elle affaiblie au fil des générations ? «Nous avons du mal à expliquer pourquoi les taux d’interventions obstétricales sont en constante augmentation partout dans le monde», explique le médecin. La capacité à accoucher estelle en train de se perdre ? Y a-t-il un lien avec la fréquence accrue des dysfonctions sexuelles ? Et avec le faible taux d’allaitement maternel des pays occidentaux, qui n’augmente pas malgré d’intenses et coûteuses campagnes de santé publique ? C’est fort possible, puisque l’épigénétique, une science qui analyse comment les gènes s’expriment selon l’environnement, montre que quand une fonction est moins utilisée, elle s’affaiblit de génération en génération.
Ces questions cruciales prennent tout leur sens quand on réalise que l’ocytocine (naturelle ou synthétique) traverse le placenta dans les deux sens - ce qu’a prouvé une équipe de chercheurs de l’Arkansas, aux États-Unis4, et que les récepteurs à l’ocytocine peuvent être désensibilisés, comme l’a montré une autre étude5 : «à une échelle quasi mondiale, nous interférons de façon systématique avec le développement du système de l’ocytocine des êtres humains pendant une phase critique de l’interaction entre gènes et environnement6», prévient Michel Odent. Mais ce n’est pas tout.

Une immunité affaiblie
Jusqu’à une époque très récente, la plupart des bébés naissaient par voie basse, dans un lieu familier, bactériologiquement riche en germes amicaux transmis par la mère. Les corps des nouveau-nés étaient ainsi colonisés par des millions de microbes familiers de la mère, donc familiers du bébé puisqu’ils étaient déjà présents dans le placenta. La science s’intéresse de plus en plus à la façon dont ces centaines de billions de microorganismes influencent la santé et les comportements humains7. Aujourd’hui, de très nombreux bébés sont exposés aux antibiotiques dès la naissance, et même avant (pour diverses raisons allant d’une rupture prématurée des membranes utérines à la présence de streptocoques B, la réalisation d’une césarienne, etc.), ce qui appauvrit très fortement leur système microbien, et par là, leur immunité. Notre flore intestinale représente 80 % de notre système immunitaire et la flore intestinale maternelle, appauvrie ou pas, se transmet aux générations suivantes. Évidemment, les enfants qui naissent par césarienne en salle d’opération sont encore plus privés de cette richesse microbienne.
Quand, immédiatement après la naissance, le système immunitaire du bébé n’est plus stimulé par le milieu de sa mère, de nouveaux risques apparaissent : dérégulation du système immunitaire, modification de la fréquence relative de certaines maladies, etc. Il est maintenant attesté, par exemple, que la flore intestinale des obèses manque de diversité8.

Vers une humanité différente ?
Élargissons encore le champ. De plus en plus de disciplines émergentes analysent la période autour de la naissance comme une période critique : critique pour l’attachement entre le bébé et sa mère, critique pour l’épigénétique, critique pour la bactériologie du corps humain. Les études recensées dans la Primal Health Research Database9 montrent que les événements qui surviennent au moment de la naissance ont des effets à long terme, non seulement pour le bébé, mais aussi au niveau transgénérationnel. Il ne s’agit donc pas de compétences ou de modifications qui pourraient ne toucher qu’une génération ou deux.
Il est véritablement question de mutation profonde. L’humanité pourrait-elle survivre avec un système immunitaire de plus en plus faible et des hormones de l’amour réduites à peau de chagrin ? C’est la question que pose Michel Odent, d’autant que d’autres phénomènes entrent en jeu. La taille de l’encéphale humain a augmenté jusqu’au goulot d’étranglement imposé (au sens propre) par la taille du bassin maternel. Si les bébés naissent principalement par césarienne, cette contrainte disparaîtrait et il n’est pas insensé de penser que l’encéphale des humains pourrait augmenter. Quels en seraient les effets ?
«Penser en termes de civilisation implique que ceux qui explorent les données épidémiologiques doivent oublier leur famille et leurs amis. Nous ne devons pas nous inquiéter pour un bébé né par césarienne, analyse Michel Odent10. Le milieu culturel peut compenser bien des privations. Les questions doivent être posées en termes de civilisation. Qu’adviendra-t-il dans un ou deux siècles si la césarienne est devenue la façon habituelle de naître ?» ◆

1 Médecin, ancien chef des services de chirurgie et de maternité de l’hôpital de Pithiviers, fondateur du Primal Health Research Centre (centre de recherche en santé primale) et auteur de 12 livres traduits en 22 langues. /

2 Demitrack M.A., Lesem M.D., Listwak S.J., «CSF ocytocin in anorexia nervosa and bulimia nervosa : clinical and pathophysiologic considerations», American Journal of Psychiatry, 1990. /

3 Éditions du Hêtre (2013). /

4 Malek A. Blann E. Mattison D.R., «Human placenta transport of oxytocin», Journal of Maternal-Fetal Medicine, septembre-octobre 1996. /

5 Robinson C., Schumann R., Zhang P., Young R., «Ocytocin-induced desensitization of the ocytocin receptor American», Journal of Obstetrics & Gynecology, 2003. /

6 Op. cit. /

7 Voir, par exemple, le documentaire Le ventre, notre deuxième cerveau, réalisé par Cécile Denjean, avec la participation des équipes de l’IMAD du CHU de Nantes, disponible en replay sur Arte et sur Dailymotion. Voir aussi l’émission de radio La tête au carré du 27 octobre 2014 sur France Inter : http://www.franceinter. fr/emission-la-tete-au-carre-le-ventrenotre- deuxieme-cerveau /

8 Emmanuelle Le Chatelier et al., «Richness of human gut microbiome correlates with metabolic markers», Nature, 29 août 2013 et Aurélie Cotillard et al., «Dietary intervention impact on gut microbial gene richness», Nature, 29 août 2013. /

9 http://www.primalhealthresearch.com /

10 Césariennes : questions, effets, enjeux, Alerte face à la banalisation, Éditions Le Souffle d’Or (2005). Cet article s’appuie sur l’intervention de Michel Odent aux Journées des Doulas le 7 juin 2014. 

Pour aller plus loin : La Naissance et l’évolution d’Homo sapiens, Michel Odent, Éditions Myriadis (2014). La Naissance à l’âge des plastiques, Michel Odent, Éditions du Hêtre (2013).

L'AMOUR ET LA SCIENCE DE LA NAISSANCE - Entretien avec Jan Tritten

Propos recueillis et traduits par Daliborka Milovanovic - article extrait du numéro 60 de septembre/octobre 2016


Jan Tritten exerçait le métier de sage-femme à domicile depuis douze ans quand elle a créé le magazine Midwifery Today, sous-titré «The heart and science of birth1» en 1986. Elle répondait ainsi à un besoin prégnant de partager des connaissances et des savoir faire sur le métier de sagefemme et sur la naissance, ainsi que de réfléchir à comment démédicaliser celle-ci. Depuis trente ans, divers acteurs de la naissance respectée, depuis Michel Odent jusqu’à Ina May Gaskin en passant par Mardsen Wagner, partagent leurs connaissances et leurs points de vue souvent avantgardistes dans des articles ou lors des conférences de ce qui est devenu un média international de référence pour la formation et la lutte pour le respect des droits humains durant la grossesse et l’accouchement.

  • Grandir Autrement : Quelle est la philosophie éditoriale de Midwifery Today ?
    Jan Tritten :
    Chaque femme et chaque enfant ont besoin d’amour et de respect durant la grossesse, la naissance et au-delà. Le travail des sages-femmes est plus efficace quand elles sont autonomes et qu’elles peuvent prendre des décisions en accord avec les familles, de façon indépendante et sans interférence d’un spécialiste du modèle «médicaliste» de la naissance. Car la naissance n’est pas un événement médical. C’est un événement familial, spirituel, social ; il est parfois le point culminant de la vie d’une femme, et de ce fait, il peut aussi être le pire si elle a été mal traitée, ce qui arrive la plupart du temps de nos jours.

  • Quels sont ses principales actions et ses plus grands accomplissements ?
    Nous publions un excellent magazine pour sages-femmes et autres praticiens de la naissance depuis trente ans ! C’est aussi une bonne ressource pour les futures mamans. Nous avons également édité divers ouvrages. Il y a bien sûr ceux de la série «Les astuces du métier». Les astuces du métier, sujet toujours très apprécié, font aussi l’objet d’une rubrique dans le magazine, d’ateliers lors de nos conférences internationales et de courtes vidéos publiées sur notre page Facebook2. Mais il y en a d’autres comme Le Placenta, rituels et usages thérapeutiques3, Survivor moms4, Power of women5 ou Paths to becoming a midwife6.
    Nous avons organisé environ soixante-quinze conférences Midwifery Today dans de nombreux pays différents. En octobre 2016, nous viendrons en France pour la quatrième fois ; ce sera à Strasbourg. Ce n’est pas par hasard que nous avons choisi la ville de la Cour européenne des droits de l’homme pour accueillir cette conférence dont le thème sera «La naissance est un enjeu des droits humains».

  •  Quelles sont les plus importantes figures de ce mouvement pour le respect des droits humains durant la naissance ?
    Ce sont les femmes qui ont le courage de combattre le système médical et qui accouchent par exemple à domicile ou en maison de naissance. Ce sont aussi de nombreuses sages-femmes, doulas et autres activistes merveilleuses qui travaillent avec acharnement à faire évoluer les pratiques obstétricales. Quand j’ai commencé à exercer il y a quarante ans, la plupart des Américains ne savaient même pas ce qu’était une sage-femme ; ça a bien changé. Il y a des personnes exceptionnelles qui ont parcouru le globe pour aider à changer les conditions de naissance, comme Michel Odent, Barbara Harper, Ina May Gaskin, Robin Lim, le regretté Marsden Wagner et tant d’autres.

  • Quelles est la situation des sages-femmes aux États-Unis ?
    La situation est bien meilleure qu’il y a une centaine d’années quand les médecins ont failli anéantir notre métier ; les sages-femmes étaient un problème pour eux. Notre retour a été laborieux ; il a émergé des courants contestataires des années 70. Nombre d’entre nous apportaient simplement leur aide à des femmes déterminées à accoucher à la maison, avec ou sans sage-femme. De ce mouvement est né un registre national des sages-femmes qui s’est révélé à la fois positif et négatif car la pratique de certaines sages-femmes qui ne souhaitaient pas s’enregistrer devenait illégale dans certains États. Cela a également eu pour effet que l’exercice du métier de sage-femme était conditionné à des protocoles extérieurs auxquels les sages-femmes n’adhéraient pas, comme le transfert de soins dès que la date du terme était dépassée.

  • Le paradigme obstétrical occidental a conquis le monde entier.
    En effet, nous assistons à ce que j’appelle un véritable impérialisme médical. La médicalisation et la déshumanisation de l’accouchement ont affecté le monde entier. Dans certains pays, les sages-femmes sont coincées dans des pratiques obstétricales des années 50, avec position lithotomique, épisiotomie et séparation de la mère et du bébé après la naissance. Mais il y a de l’espoir ! Cet espoir se situe notamment dans la science du microbiome et dans l’épigénétique qui nous montrent que l’accouchement à la maison est ce qu’il y a de mieux pour la mère et le bébé.

  • En France, les sages-femmes semblent avoir du mal à se libérer de l’autorité des obstétriciens et mènent contre certaines consœurs qui ne rentrent pas dans les clous ou qui dénoncent la violence obstétricale une véritable chasse aux sorcières. Est-ce pareil ailleurs ?
    Le manque d’autonomie des sages-femmes est un vrai problème dans le monde entier ! Le docteur Mardsen Wagner m’expliquait il y a une vingtaine d’années que le principal enjeu du métier de sagefemme dans les années à venir sera de se libérer de l’autorité des médecins. Sage-femme ou doula doivent être des professions indépendantes. Justement, les doulas rencontrent des problèmes similaires. Leur présence aux côtés de la parturiente est purement et simplement refusée dans la plupart des hôpitaux ; c’est une invraisemblable violation des droits humains ! La naissance appartient à la mère et pas aux médecins !

  • Il y a tant de façons de pratiquer le métier de sage-femme de par le monde. Quelle est votre définition de la sage-femme idéale ?
    Elle est douce et bienveillante. Elle place la dyade mère/bébé, et non pas son propre confort, au centre de la relation de soin. Elle agit dans l’intérêt de la mère et de l’enfant, mais toujours avec l’accord de cette dernière, dans le respect des choix des familles, sans user d’aucune coercition. Elle n’est pas interventionniste mais suffisamment formée et compétente pour intervenir en cas de problème. Elle connaît la physiologie et les méthodes de soins naturels. J’encourage toujours les sages-femmes à utiliser ce qu’elles ont sous la main qui soit le plus simple et le plus naturel possible pour soigner les petits et grands maux. Par exemple, comme je l’ai écrit dans le dernier éditorial du magazine, insérer un morceau de placenta, de membranes ou de cordon dans la bouche de la mère est sans doute la façon la plus rapide de gérer une hémorragie du post partum, quand malgré toutes les précautions, celle-ci advient. Bien sûr, si cela ne fonctionne pas, on utilise le «Synto7». Mais nous avons tant de choses simples et efficaces à disposition pour traiter les complications.

  • Les conférences et les diverses publications de Midwifery Today sont des occasions uniques pour les sages-femmes de se former et d’échanger leurs bonnes pratiques. Parlez-nous de vos conférences et de votre conception de la formation des sages-femmes.
    Je crois que la meilleure façon d’apprendre le métier est d’assister à des accouchements dès le début de la formation en école de sages-femmes. Il semble hasardeux d’étudier la théorie pendant plusieurs années sans pratiquer d’accouchements. De plus, la façon dont sont dirigées les naissances à l’hôpital ne fait pas de ces dernières des occasions riches et privilégiées pour les sages-femmes d’acquérir de l’expérience. C’est durant les naissances à domicile ou dans des maisons de naissance que l’on apprend vraiment. Mais combien de sages-femmes ont cette opportunité ?
    Il est crucial pour les sages-femmes et les doulas d’avoir une base de connaissances solide et d’excellentes compétences. Le genre de connaissances et de compétences que nous enseignons durant nos conférences est très différent de ce que les sages-femmes apprennent dans la plupart des formations classiques. Notre enseignement est à la fois fondé sur les preuves et humain. Il y a un vrai besoin de s’informer, de se former et de partager ses savoirs qui s’exprime parmi les sages-femmes. Nous essayons de répondre à ce besoin dans nos conférences et notre magazine. Et nous espérons que ceux et celles qui y assistent en ressortent motivés à agir au mieux pour préserver la dyade mère/ bébé. Notre avenir en dépend.


1 Que l’on pourrait traduire par « Sage-femme aujourd’hui. Le coeur et la science de la naissance ». /
2 https://www.facebook.com/ MidwiferyToday# /
3 Cornelia Enning, traduction publiée aux éditions du Hêtre (2014). /
4 « Mamans survivantes », sur les mères ayant été victimes d’abus sexuels. /
5 « Le pouvoir des femmes ». /
6 « Devenir sage-femme ». /
7 Abréviation pour « SyntocinonTM », ocytocine de synthèse utilisée en obstétrique.

Nouveau paradigme... Nouveau langage : LE POUVOIR DES MOTS

Article de Michel Odent extrait des numéros 59 et 60 et initialement publié par le journal américain Midwifery Today


Nous sommes des êtres de langage et notre langage reflète nos croyances. Quand on analyse le champ lexical de la naissance, on comprend pourquoi, dans nos sociétés occidentales, celle-ci est vécue par les femmes et les enfants comme une étape difficile et douloureuse. Dans et article, initialement publié par le journal américain Midwifery Today1, Michel Odent nous propose une analyse des mots, de leur pouvoir et comment il est possible d'en neutraliser les effets délétères.

Nous sommes avant tout des mammifères. Avant de nous demander ce qui singularise la naissance des humains, il nous faut rappeler les besoins universels des mammifères pendant la période périnatale. Ces besoins sont facilement résumés et interprétés dans le contexte scientifique actuel. Lorsqu’ils donnent naissance, tous les mammifères ont des stratégies pour éviter de se sentir observés : la privacy2 est l’un de leurs besoins fondamentaux. De plus, tous les mammifères ont besoin de se sentir en sécurité. Par exemple, dans la jungle, une femelle ne peut donner naissance tant qu’un prédateur rôde alentour. Les physiologistes expliquent aisément que dans une telle situation la femelle libère des hormones de la famille de l’adrénaline. Cette activation du système physiologique qui induit la fuite ou le combat bloque la libération d’ocytocine, l’hormone clé de l’accouchement : l’événement naissance est alors repoussé jusqu’au moment où la femelle se sent en sécurité. Nous sommes aujourd’hui en mesure de prétendre qu’il convient de « mammifériser » la naissance.

Nous sommes de plus des mammifères humains. Alors qu’un rappel des besoins universels des mammifères est une nécessaire première étape, nous devons aussi garder à l’esprit les différences entre les êtres humains et les autres mammifères. L’une des principales différences est que nous parlons. Parce que nous disposons de moyens sophistiqués de communiquer, nous créons des cultures. Le langage est le plus puissant agent de conditionnement culturel. Il est donc nécessaire d’étudier notre vocabulaire, y compris les racines des mots, pour mesurer à quel point nous sommes conditionnés dans les domaines de la procréation. Pour analyser notre programmation collective, nous prendrons l’exemple d’un/e étudiant/e dans la période de transition entre l’adolescence et l’âge adulte. C’est un âge critique quant à la curiosité pour tous les aspects de la vie sexuelle, y compris la naissance.

Vocabulaire de la honte
Cet être humain est constamment exposé au vocabulaire dominant et ses mots clés. Puisqu’il a l’intention de pratiquer la médecine, il va devoir étudier l’anatomie. Il apprendra bientôt que le terme savant pour désigner les organes génitaux externes est encore en anglais, comme c’était le cas naguère en français, « pudenda » (n. m. pl. du latin, « dont on doit avoir honte »), que ces organes sont innervés par les pudendal nerves et reçoivent leur sang par les pudendal arteries. S’il parle l’espagnol il entendra parler de nervios pudendos, le portugais de nervo pudendo. En allemand, on trouve le mot pudendus. En français, alors que le mot « pudeur » (sens de la modestie) a une forte connotation vertueuse, les termes anatomiques pour les nerfs et artères des parties génitales sont « les nerfs honteux » et « les artères honteuses ». Tout comme en allemand où le mot « Scham » (i.e. honte) est le premier composant de nombreux autres termes ayant trait aux parties génitales : « Schamhaare » (toison pubienne), « Schamberg » (mont de Vénus), « Schambein » (pubis), « Schamfuge » (symphyse pubienne), « Schamritze » (vulve), « grosse Schamlippen » (grandes lèvres), etc. En chinois, l’os pubien est appelé « chigu », ce qui littéralement veut dire « os honteux ». Il ne fait aucun doute que de telles connotations associées à ces parties du corps doivent être prises en compte lorsque l’on tente d’apprécier la façon dont le milieu culturel peut influencer la façon dont les femmes donnent naissance.

Vocabulaire de la passivité
Notre jeune étudiant/e est déjà en train d’évaluer son intérêt pour les différentes disciplines médicales, dont l’une est l’obstétrique. Il n’est pas indifférent que l’origine du mot soit le latin « obstetrix », l’équivalent de sage-femme. Son interprétation littérale est « femme qui se tient devant ». La racine de termes tels que « obstetrix » ou « obstacle » est le verbe latin « obstare » (se tenir devant). Ces considérations étymologiques soulignent l’ancienneté du conditionnement selon lequel la femme ne peut donner naissance sans que quelqu’un se tienne devant elle. Notre langage quotidien aujourd’hui traduit et transmet ce conditionnement. On suggère constamment que le besoin de base de la femme en train d’accoucher est qu’une autre personne soit présente et participe activement. La plupart des verbes liés à l’accouchement et à la naissance sont utilisés à la forme passive. Les femmes sont « délivrées » par une sage-femme ou un médecin. En anglais, il n’y a aucun verbe pour dire « naître » (le titre de mon livre Bien naître3 est finalement devenu, en langue anglaise, Entering the World, i.e., entrer dans le monde). En écumant livres et revues, on réalise la profondeur de ce conditionnement. Les parturientes sont des « patientes ». Il est banal de suggérer que face aux patients (passifs) les soignants (donneurs de soins) sont actifs. Chez les professionnels, il n’est pas rare que l’on évoque comment le « travail » est conduit, ou contrôlé, ou dirigé, ou « managé ». En d’autres termes, une femme n’a pas le pouvoir de donner naissance par elle-même. Dans la définition de la sage-femme selon l’Alliance internationale des sages-femmes, le mot « soin » apparaît six fois en quelque vingt lignes, ce qui suggère qu’une femme ne peut donner naissance sans un « donneur de soin » (en anglais « carer » et dans la version espagnole « cuidado »).

Il y a évidemment des différences culturelles. En chinois, on utilise souvent le terme jie Sheng, qui veut dire littéralement « accouchement effectué par d’autres ». En russe, en revanche, il semble que le vocabulaire soit moins invalidant. Le verbe principal pour « avoir un bébé » (rodit) est actif. Le terme utilisé couramment rodit’sa implique que « j’ai donné naissance par moi-même ». Les mères disent « rodila » (j’ai donné naissance). Rodil’ny dom est un endroit où l’on donne naissance (avec une connotation active). Doit-on postuler une relation inverse entre l’attitude active des parturientes et les taux de césarienne, lesquels sont restés relativement bas en Russie alors qu’ils explosaient déjà dans les villes chinoises ?

Vocabulaire de la dépendance
Notre étudiant/e en médecine pourrait aussi être tenté/e d’explorer quelques-uns des nombreux livres destinés au grand public publiés pendant la deuxième moitié du vingtième siècle. La croyance en une obligatoire dépendance à l’égard de personnes qui assistent à la naissance s’est renforcée pendant cette période avec l’apparition des écoles de « naissance naturelle » qui sont directement ou indirectement influencées par la « méthode psychoprophylactique » russe. Cette méthode était basée sur le concept de réflexe conditionnel. L’objectif théorique des disciples de Pavlov était de se débarrasser des inhibitions culturelles en reconditionnant les femmes. Cela a conduit finalement à la conclusion que les femmes doivent apprendre à donner naissance et qu’elles ont besoin d’être constamment guidées au cours du travail.

L’influence de telles théories explique l’émergence de « méthodes » d’accouchement « naturel », comme si les mots « méthode » et « naturel » étaient compatibles – leur association constitue de fait un oxymore. C’est ainsi qu’une forme sophistiquée et sans précédents de la parturition culturellement contrôlée s’est soudainement développée. De nouveaux mots à la mode sont apparus, impliquant qu’une femme ne peut donner naissance sans la présence active d’une personne apportant son expertise ou son énergie. Par exemple, le mot « coach » indique clairement que la femme en travail a besoin du service d’un expert. Ceux qui ont compris que la naissance est un processus involontaire n’utiliseraient jamais le mot « coach ». De même le mot « soutien » (« support » est très utilisé en anglais) indique clairement qu’une personne qui assiste la parturiente doit lui apporter de l’énergie. Le pouvoir de conditionnement du mot « support » est énorme. Bien des femmes présument que plus elles auront de soutien, plus facile sera l’accouchement. Le prétendu besoin de « soutien » a contribué à établir le dogme de la participation du père du bébé à l’événement. Ce dogme largement répandu illustre l’incompréhension culturelle de la physiologie de l’accouchement.. 

L’invalidant vocabulaire [de la naissance] englobe toute la période périnatale. Notre étudiant/e a depuis l’enfance entendu parler de « couper le cordon », une expression impliquant que séparer immédiatement le nouveau-né du placenta et d’une mère passive et incompétente est une nécessité physiologique. Les assistants à la naissance suivent des règles et discutent du meilleur moment pour « mettre le bébé au sein ». Personne ne savait jusqu’à une date récente que, pendant l’heure qui suit la naissance, alors que le bébé est dans les bras d’une mère extatique après le « réflexe d’éjection du fœtus », il y a une forte probabilité pour que le nouveau-né puisse trouver le sein.

Vers une révolution culturelle ?
Ce vocabulaire invalidant implique que, pour donner naissance, les femmes doivent surmonter un puissant conditionnement culturel négatif. Nous ne pouvons dissocier les effets de ce vocabulaire des effets de croyances et de rituels invasifs qui interfèrent aussi avec les processus physiologiques. La combinaison de tous ces facteurs tend à accroître les difficultés de la naissance, à empêcher le contact précoce entre mère et nouveau-né et à retarder le début de l’allaitement.

Notre analyse transculturelle de ce vocabulaire invalidant, ainsi que notre connaissance des croyances et rituels périnatals, imposent une question : quels sont, sur le plan de l’évolution, les avantages de cette tendance à accroître les difficultés de la naissance ? Cette question ne peut pas être éludée à l’heure où nous découvrons que donner naissance, chez tous les mammifères, implique la libération d’un cocktail d’hormones de l’amour, et où de multiples disciplines suggèrent l’importance de la période qui entoure la naissance en tant que période critique pour la forma- tion de l’individu, et en particulier pour le développement de la capacité d’aimer. Si de telles interférences culturelles sont aussi répandues, cela suggère qu’elles ont des avantages évolutifs.

Pour tenter de répondre à cette nouvelle question, nous devons d’abord rappeler que toutes les sociétés partagent les mêmes stratégies de base pour survivre. Ces stratégies incluent la domination de la nature et la tendance à dominer – voire à éliminer – d’autres groupes humains. Il est dès lors facile de comprendre que les milieux culturels qui l’emportent sur les autres sont ceux qui développent à un haut degré le potentiel humain d’agressivité. Quand la domination de la nature et des autres groupes humains est une stratégie de survie, c’est un avantage de développer une certaine forme de capacité à détruire la vie. C’est un avantage de modérer le développement de plusieurs facettes de l’amour, y compris le respect pour la « Terre-Mère ». Ainsi les multiples façons d’interférer, pendant une période critique, sur le développement de la capacité d’aimer, peuvent devenir des avantages évolutifs.

Ces considérations sont essentielles à l’aube du troisième millénaire. Nous réalisons soudain qu’il y a des limites à la domination de la nature. Nous comprenons la nécessité de créer l’unité au sein du village planétaire. À ce tournant de son histoire, l’humanité doit inventer des stratégies de survie radicalement nouvelles. Pour cela, nous devons compter, aujourd’hui plus que jamais, sur le développement de différentes facettes de l’amour. C’est pourquoi le conditionnement culturel négatif qui, pendant des millénaires, a interféré avec les processus physiologiques, est en train de perdre son avantage évolutif. Nous avons de nouvelles raisons de découvrir les besoins de base de la femme qui accouche et du nouveau-né.

Il nous faut prendre conscience des énormes difficultés qu’il faudra surmonter pour redécouvrir ces besoins de base et pour accepter que, dans le drame de la naissance, il n’y a que deux acteurs obligatoires : la mère et le bébé. Cela peut aider de réaliser que le concept de sage-femme est probablement plus récent qu’on ne le croit habituellement. Des témoignages filmés de la naissance chez les Eipos en Nouvelle Guinée (Schiefenhovel, 1978), des documents écrits sur des sociétés préagricoles telles que, par exemple, les !Kung San (Eaton, 1998) et des documents sur des groupes ethniques amazoniens suggèrent qu’avant la révolution néolithique, c’est-à-dire avant l’agriculture, l’élevage et la domination de la nature en général, les femmes s’isolaient pour accoucher.

En dépit des difficultés, une action urgente est nécessaire. La césarienne est plus sûre que jamais ; elle est devenue une intervention facile et rapide. Nous disposons de substituts pharmacologiques aux hormones naturelles, tels les perfusions d’ocytocine synthétique et les anesthésies péridurales. De telles avancées techniques, associées au conditionnement culturel négatif et à une incompréhension profonde de la physiologie, nous ont conduits à une situation sans précédents. Jusqu’à une date récente, en dépit des interférences culturelles, une femme devait compter sur la libération d’un « cocktail d’hormones de l’amour » pour accoucher. Aujourd’hui, à l’échelle planétaire, le nombre de femmes qui mettent au monde bébés et placentas grâce à la libération d’un tel flot hormonal est de plus en plus faible. Les hormones de l’amour sont devenues inutiles dans cette période critique de la vie humaine. Les questions se posent en termes d’avenir de nos civilisations, et même d’avenir de notre espèce.

Un des objectifs devrait être de modérer la puissance du conditionnement culturel négatif. En d’autres termes, nous devons reconsidérer notre vocabulaire. La révolution culturelle dont nous avons besoin sur ce plan sera accomplie lorsque « protection » et « privacy 2 » seront devenus des mots clés dans les conversations, les livres, les conférences et les interventions médiatiques au sujet de la naissance.

En attendant…
Nous devons d’abord accepter que les effets de milliers d’années de culture ne peuvent être effacés du jour au lendemain. De plus, quel que soit leur milieu culturel, les femmes seront toujours soumises individuellement, lorsqu’elles atteignent l’âge adulte, à des conditionnements culturels différents. C’est pourquoi toute tentative de se libérer du vocabulaire invalidant de la naissance doit être associée à une connaissance de la solution adoptée par le processus évolutif pour surmonter des handicaps spécifiquement humains. Langage et conditionnement culturels sont liés au développement énorme du néocortex. En d’autres termes, pendant le processus de la naissance (ou toute autre sorte d’expérience sexuelle) la plupart des inhibitions sont liées à l’activité du néocortex. La solution que la Nature a trouvée pour surmonter cette vulnérabilité humaine est facile à comprendre dans le contexte scientifique actuel : pendant le processus de l’accouchement, le néocortex est censé réduire son activité. Du point de vue pratique, cela signifie qu’une femme en travail a avant tout besoin d’être protégée contre toute stimulation néocorticale. Cet aspect crucial de la physiologie de l’accouchement chez les humains était resté incompris par les théoriciens du vingtième siècle. Tel est le « péché originel » à l’origine de la cascade d’erreurs transmises par la plupart des écoles de « naissance naturelle ».

Aujourd’hui, dans le domaine de la naissance, nous nous trouvons dans la situation du voyageur qui s’aperçoit qu’il s’est trompé de chemin. Dans ce cas, la meilleure attitude est habituellement de retourner au point de départ avant qu’il ne soit trop tard et de prendre une autre direction. Soyons optimistes et agissons comme s’il n’était pas trop tard.

1 « Dispelling the disempowering birth vocabulary », Midwifery Today 2008;(87):22-3, 65-6. La présente traduction française adaptée est publiée avec la permission de MidwiferyToday et de Michel Odent.

 2 « Privacy » est un terme anglo-saxon qui désigne à la fois l'intimité et un espace préservé des intrusions extérieures.

3 Éditions Seuil (1976)


Plaidoyer pour une non-préparation à la naissance

article de Frédérique Horowitz extrait du numéro 62 de janvier/février 2017



Si vous êtes enceinte, ou l’avez été récemment, vous aurez sans doute remarqué qu’il faut aujourd’hui nécessairement se «préparer» à l’accouchement. Car, c’est en tout cas le postulat actuel, les femmes ont besoin de techniques, de méthodes, pour bien mettre au monde. Que nous soyons dans une démarche classique, avec un accouchement prévu sous péridurale à l’hôpital, ou bien en recherche d’une expérience intime à domicile, c’est la même chose, il faut se préparer à accoucher.  

Les différentes pratiques sur le marché ont pour principal objet de vous apprendre à bien gérer la douleur des contractions. Gérer, donc être en contrôle de, manager une situation qui, autrement, pourrait totalement vous échapper. Que ce soit avec le souffle et les postures du yoga, ou avec le mental de l’auto-hypnose ou de la sophrologie, ou encore les régimes spéciaux, chacun y va de sa méthode révolutionnaire pour mieux accoucher. Faut-il préciser qu’un marché d’environ 800 000 personnes par an, ça ne laisse personne indifférent !
Or, il se trouve que l’issue d’un accouchement dépend d’un si grand nombre de variables, de tant de subtils ajustements, que prétendre se préparer à tous y faire face me semble passablement illusoire. Je réalise aujourd’hui, après plus d’une dizaine d’années de pratique de l’accompagnement maternel, que, plus les femmes veulent se préparer à gérer leur accouchement, plus celui-ci devient compliqué.
Si beaucoup de facteurs entrent en jeu dans le bon déroulement des différentes phases du travail de l’accouchement, il y en a un qui est primordial, et qui justement est inhibé par toute «méthode» d’accouchement. Cette condition minimum à une naissance normale, c’est la déconnexion du néocortex et du cerveau limbique. Tant que ces niveaux cérébraux n’ont pas été déconnectés, il est impossible de plonger dans son cerveau reptilien, et juste laisser son corps faire ce qu’il a à faire, en étant, véritablement, hors d’état de penser.
Au cours du travail, et bien sûr, si la femme n’est pas dérangée par des stimuli extérieurs, elle va petit à petit éteindre le cerveau «supérieur», celui qui connaît son numéro de téléphone, de sécu, celui qui s’assure que tout le monde va bien, que la layette est dans la valise de maternité, que les lumières de la chambre du haut sont bien éteintes avant de partir ! Quand ce premier niveau s’est déconnecté, la conscience descend au niveau limbique, pour entamer la traversée des émotions. C’est là que les peurs anciennes peuvent se réveiller, que les non-dits du couple ou de la lignée familiale peuvent devenir des obstacles, que les légitimes inquiétudes liées au nouveau statut de mère apparaissent dans toute leur complexité. Il se peut qu’à ce stade, on ait envie de fuir, de pleurer, d’envoyer paître quiconque s’approche. Déjà, nous commençons à perdre pied avec le monde environnant, et c’est tant mieux.
Quand, enfin, cette étape est franchie, nous atteignons un ultime niveau cérébral, le reptilien. À ce stade, nous n’avons plus conscience de ce qui existe au-delà de notre champ sensoriel, nous sommes vraiment dans une bulle, hors du temps. Il serait alors criminel d’adresser la parole à une femme qui a  atteint cet état de conscience, car cela la ferait remonter illico au stade numéro un, et elle devrait repasser par toutes les étapes déjà difficilement franchies.
Cet état psychique particulier dans lequel une femme en travail se trouve, quand les conditions sont favorables, comme l’explique bien Michel Odent, ne peut être atteint par aucune technique. Qu’elles soient mentales, comme l’hypnose, ou physiques, comme le yoga, par exemple, toute méthode ne constitue qu’une «béquille», un bâton magique qui est censé nous protéger de la peur et de l’intensité des sensations physiques que nous traversons dans ces moments uniques. Si une béquille peut aider parfois, elle peut aussi limiter notre progression, et surtout cela peut vite devenir une entrave à notre liberté.

Qu’attendre des méthodes de « préparation » ?

Certes, et c’est peut-être là leur principal intérêt, ces nombreux cours et ateliers permettent aux mamans modernes surbookées de prendre du temps pour elles. Elles le font rarement, et ces séances permettent de «rentrer dans la grossesse», d’investir leur corps, d’entrer en contact intérieur avec leur bébé. Ce bienfait est réel. J’ai adoré, pour chacune de mes grossesses, nager en toutes eaux. Sans doute cette pratique m’a aidée dans l’allongement de mon souffle, dans la vision que j’avais alors de mon corps habité. Dans l’eau, il était souple et léger, et j’avais l’impression d’entrer plus facilement en contact avec mes bébés. J’ai vécu trois naissances très différentes les unes des autres, et je ne pense pas que le nombre de mes séances aquatiques ait influencé en quoi que ce soit le déroulement de ces accouchements.
Je ne souhaite pas dénigrer telle ou telle technique, simplement, j’ai constaté que, de manière récurrente, les femmes les plus « préparées » sont celles qui ont le plus de difficultés à lâcher prise le moment venu. À se laisser emporter par le mouvement de leur corps, sans plus se raccrocher à rien, à simplement abdiquer devant l’évidence : ce bébé doit sortir ! Quels que soient les efforts à fournir pour y parvenir, quelle que soit la puissance de la vague qui va nous submerger, quelle que soit l’animalité devant laquelle nous nous trouvons sans défense aucune, au bout du compte, un être humain va sortir du corps de sa matrice.
Nous avons toutes nos bagages de peurs, d’espoirs, liés à l’événement naissance, chacune traverse sa propre tempête. Pour certaines, plutôt rares, c’est une traversée à peine mouvementée, pour d’autres, c’est force 10, il y a du gros temps à essuyer, et ça peut durer ce qui semble alors une éternité.
Souvent, après de trop longues heures de résistance, il n’y a d’autre choix que celui d’accepter, d’abdiquer même, et en cela, faire son premier pas de mère. Et ce n’est qu’au moment où arrive l’acceptation de ce qui doit être, que tout disparaît. Plus d’épreuves, plus de doutes, plus de colère contre ce corps désobéissant, ce corps douloureux. La douleur est toujours là, mais elle devient secondaire, le mental est comme sur un autre plan de réalité. J’aime parler d’un départ pour la «planète j’accouche», pour tenter d’expliquer cet état particulier qui se développe au cours du travail, quand rien ne vient perturber le processus normal de la naissance.
Comme tout voyage important, une mise au monde en liberté demande quelques efforts, de la volonté, et implique de laisser derrière soi une partie de celle que l’on était avant le départ. Comme un voyage, elle se prépare aussi, mais pas forcément par l’achat de telle ou telle technique, de tel ou tel livre, ou d’une piscine d’accouchement flambant neuve. Tout cela peut aider, mais ce ne sont que des béquilles, qui, à un moment donné, devront être lâchées pour avancer vraiment, par et pour soi-même. Le lâcher-prise ne s’achète pas, c’est un travail personnel, qui demande du temps, qui passe par des prises de conscience, et une certaine capacité à la confiance en soi, en ses choix.
Vouloir s’attacher à une méthode apprise pendant la grossesse, c’est rester connectée à son néocortex, et donc s’empêcher le plongeon au tréfonds de son âme, de son corps. Si elles étaient vraiment honnêtes, ces techniques ne devraient promettre rien d’autre qu’un peu de bien-être pour la grossesse, ce qui est déjà fort honorable.

Petite revue non exhaustive

• La sophrologie
Cette thérapie a ceci d’intéressant qu’elle permet d’aller voir quelles sont les peurs, quels sont les blocages qui pourraient survenir au moment de la naissance, et de les travailler avant, évitant ainsi de devoir nettoyer les placards émotionnels à un moment où nous avons mieux à faire. Les bons sophrologues sont en cela de vraies aides pour l’accouchement. Les visualisations enregistrées mentalement pendant les séances, avec l’intention d’aider à la détente au moment des contractions, ça fonctionne, plus ou moins bien en début de travail, à condition que la future mère soit dans un environnement totalement sécurisant pour elle. À l’hôpital, elles n’y pensent en général même pas. Et puis il arrive un moment, aux alentours de 6/7 de dilatation, où ça disparaît complètement du paysage mental. Si la parturiente n’est pas sous péridurale, elle est emportée par un maelstrom de sensations et d’émotions qui ne lui laissent plus le loisir de partir mentalement dans son paysage sophrologique rassurant. Il n’y a plus que la réalité, bien concrète, dans laquelle se plonger. Si elle est sous péridurale, son attention sera plus certainement portée sur le monitoring, les bips de la machine, les injonctions du personnel, son compagnon qui s’inquiète. À moins d’avoir une forte inclinaison personnelle pour l’introspection ou la méditation, il est assez probable qu’elle restera bien ancrée dans le haut du cerveau.

• Le yoga
S’il est bien une discipline pour laquelle j’ai une tendresse particulière, c’est celle-ci. J’ai eu la chance de l’approcher à sa source : aux bords du Gange, à Bénarès la bien nommée, longtemps avant que mon corps ne porte la vie. Le yoga, c’est idéal pour déconnecter, décompresser, faire le vide en soi, et accessoirement, accroître sa souplesse et la portée de son souffle. Il se couple souvent à un désir de vie plus saine, plus équilibrée. Tout cela ne peut donc faire que du bien me direz-vous. En théorie oui, mais en pratique, pas nécessairement, car trop souvent, les femmes qui ont appris à maîtriser leur corps grâce au yoga vont avoir plus de mal que les autres à le sentir échapper à tout contrôle quand il sera sous l’impérieuse dictature des hormones indispensables à l’éjection d’un foetus hors du corps maternel.
J’aimerais que celles qui ont le projet d’un accouchement en pleine conscience, le plus souvent à domicile, mais qui peut aussi s’envisager à l’hôpital, se posent cette simple question : suis-je prête à abandonner toute maîtrise de mes sphincters, l’espace de quelques heures, le temps d’une mise au monde ?
Comme l’explique merveilleusement Ina May Gaskin2 , nos sphincters sont tous reliés. Pour que le col de l’utérus, qui est un sphincter lui aussi, puisse s’ouvrir correctement, tous les autres sphincters doivent être relâchés. Quand la bouche est largement ouverte, et que l’anus l’est aussi, alors le col peut s’ouvrir. Êtes-vous donc vraiment prête à déféquer, la bouche ouverte, laissant émettre d’étranges sons, devant quelqu’un qui n’est pas un/e très proche ? Imaginez-vous accroupie sur le sol, les pieds sur un linge ou une alèse jetable, gémissant, et laissant sortir de votre corps ce qui veut en sortir, par quelque orifice que ce soit. Qu’est-ce que cette projection allume en vous ? Elle vous met mal à l’aise, elle vous indiffère, elle vous réjouit ? Car c’est probablement ce qui se passera, à un moment ou un autre du travail de l’accouchement.

• L’hypnose
De toutes les méthodes que j’ai pu rencontrer avec les femmes que j’ai accompagnées, celle-ci est celle que j’ai vu faire le plus de dégâts, surtout pour des accouchements prévus à domicile. L’objet de cette méthode est d’apprendre à la future mère à entrer dans un état de conscience modifiée, grâce à la répétition de phrases clés qu’elle aura entendues, répétées encore et encore tout au long de la grossesse. Dans les premières séances, l’ancrage de ces phrases est fait par le/la praticienne. Ensuite, ce sera le compagnon, ou l’hypnobirtheuse, qui prendra le relais pour pratiquer ce qui est appelé dans cette pratique des «méditations».
Il s’agit ici d’un fâcheux glissement de langage. En effet la méditation n’a en aucun cas un attendu de résultat, c’est avant tout un plongeon en soi, en découverte.
Le résultat est qu’en écoutant ces injonctions positives, qui lui sont récitées en continu, la femme reste dans son néo-cortex, elle est de fait obligée de penser, son cerveau réagit à ces stimuli, comment pourrait-il faire autrement ? Pas de plongée possible dans le limbique, encore moins dans le reptilien, pas de lâcher-prise réel et complet. Certes, la femme semble calme, détendue, supportant bien les contractions, et pour cause : la dilatation n’avance pas, les sensations restent celles d’un début de travail.
Pour autant l’expérience peut être intéressante, proche de l’extase mystique, mais pas vraiment concluante au niveau physique. Notre corps est ici nié, seul le psychique entre dans sa transe.
Fort heureusement, il existe aussi des femmes qui ont vécu de belles expériences d’enfantement, malgré de tels conditionnements. Ce qui est dommage, c’est que tout le bénéfice de cette expérience positive ne reviendra qu’à la méthode, ou pire, son ou sa représentante. Ces femmes ne se diront pas «j’ai vraiment été au top, je me suis complètement lâchée», non, elle diront «grâce au yoga/ hypnose/ sophrologie ou autre, ou encore grâce à untel, j’ai vécu un bel accouchement». Rien de tout cela n’est bien nouveau, depuis l’avènement de l’obstétrique moderne, de nombreux courants se sont succédé, quasiment tous initiés par des hommes, prétendant tous apporter aux femmes une révolution en matière d’accouchement.
Avons-nous vraiment besoin de tout cela ? Ne ratons-nous pas une magnifique occasion ? L’enfantement, s’il est traversé avec nos seules ressources intimes, peut être pour une femme une telle révélation de sa propre puissance, une telle vision de ses dimensions inconnues, des plus animales aux plus spirituelles. Je me demande parfois, si, en maintenant les femmes dans un état de distraction constant, ce ne serait pas ce secret fondamental que notre société veut, plus ou moins consciemment, éviter qu’elles ne découvrent. ◆

1 Frédérique Horowitz est marraine de maternité et auteure, aux éditions Myriadis, de Fronts de mères (2015), un bouleversant recueil d’histoires relatant différents chemins de femmes, de mères vers la réappropriation de leur corps et de leur autonomie durant leur grossesse et leur accouchement. /

2 Ina May Gaskin est une sage-femme américaine de renommée internationale. Désignée comme la mère de la sage-femmerie authentique et comme l’une des personnalités les plus importantes de la planète pour son approche de la naissance, qui a démontré son excellence en matière de santé et de bien-être pour la mère et l’enfant, elle a reçu fin 2011 à Stockholm le prestigieux prix Nobel alternatif (The Right Livelihood Award). Ina May Gaskin a également reçu, en 2009, le titre de docteur honoris causa de la faculté de médecine de Thames Valley (Londres). Ses ouvrages font partie de l’enseignement de nombreuses écoles de sages-femmes dans le monde.

Se réapproprier son accouchement

article de Camille Masset Stiegler extrait du numéro 63 de mars/avril 2017


Quand on tombe enceinte, on s'imagine très vite son accouchement. La naissance de notre enfant, le plus beau moment de notre vie. Forcément, non_? C'est toujours comme ça dans les livres. Et puis il y a la réalité...

Parfois, c'est merveilleux. Comme on en rêvait. Un accouchement qui se passe bien, une sage-femme à l'écoute, un bébé en bonne santé. L'allaitement démarre bien, l'entourage accompagne avec discrétion et discernement la maman durant les premières semaines. Voilà un joli scénario. Mais avouons qu'il est plutôt rare. Car il y a souvent quelque chose qui ne va pas. Un allaitement difficile à démarrer, une équipe peu à l'écoute qui n'a pas le temps d'aider une jeune maman, un entourage qui inonde les parents de «bons conseils».
Parmi les pires scénarios se trouve la césarienne. Redoutée, on y pense peu pendant la grossesse, sauf si elle est programmée. Quoi qu'il en soit, prévue à l'avance ou d'urgence, la césarienne est majoritairement mal vécue. Impression de se faire voler son accouchement, d’avoir échoué, d’avoir raté la rencontre avec son enfant. Culpabilité. Souffrance physique et psychique. Incompréhension d'un entourage qui considère que si le bébé va bien, tout va bien. Mais comment aller bien quand on n'a pas vu son enfant sortir de son corps? Qu'on l'a à peine vu avant qu'il reçoive des soins? Qu'on n'a pas pu le toucher car on était entravée? Les femmes qui ont connu une césarienne ont souvent cette terrible impression de ne pas avoir donné naissance. C'est parfaitement normal, d'autant que souvent, le corps médical exclut totalement la mère de l'opération. Heureusement, les choses changent doucement, et le corps médical essaye de plus en plus de placer la mère et le bébé au centre de l’accouchement. Trop peu encore en France, hélas. Raison de plus pour se renseigner et pour se battre. Une césarienne n'est pas une simple opération, c'est une naissance ! Il est important de tout faire pour obtenir un moment qui restera gravé dans notre esprit comme celui où nous avons donné la vie, et pas comme le moment où nous avons échoué, où nous avons subi.
On ne contrôle pas toujours tout, me direz-vous. Certaines équipes médicales ne sont pas à l’écoute. C'est vrai. Parfois, on n'a pas le choix, surtout dans le cas des césariennes d'urgence, qui peuvent se terminer en anesthésie générale. À l'opération succèdent la colère, la frustration, la culpabilité, voire la dépression. Une atroce impression de ne pas avoir mis son enfant au monde. Pire, la sensation que cet enfant, ce n'est pas le nôtre. Pourtant, il est bien issu de notre giron. Oui, l'accouchement ne s'est pas passé comme prévu. Mais cet enfant, il a passé neuf mois dans notre ventre. Cet enfant, c'est le nôtre, il a vécu en nous, s'est nourri avec nous, a communiqué avec nous pendant toute la grossesse. Et il y a de quoi être fière. Fière de ce corps qui a créé la vie, qui a subi des transformations incroyables pour abriter un petit être. La césarienne n'est pas l'accouchement parfait. Pour certaines, ce n'est même pas un accouchement. D'autres se battent pour dire que c'en est un. Quoi qu'il en soit, notre corps a donné la vie. Aimons-le. Soyons indulgentes avec nous-mêmes. Écoutons notre enfant qui chérit ce corps dont il a encore tant besoin. Au corps médical qui voudrait tout contrôler sans prendre en compte nos souhaits, n'oublions pas de rappeler que quel soit notre accouchement, nous donnons la vie : eux ne font que nous assister. Et contrairement à ce qu’on affirme régulièrement, un utérus cicatriciel n’empêche nullement un accouchement par voie basse si les bonnes conditions sont réunies.
Alors n’oublions pas. Non, la césarienne n’est pas un «confort». Oui, elle laisse des traces qui nécessitent un accompagnement post partum. Oui, un AVAC est possible. Et oui, nous avons notre mot à dire sur le déroulement de notre accouchement.: c’est notre corps, notre accouchement, notre choix. ◆

AU CREUX DE L’OREILLE - Entretien avec Maud Vivien

extrait du numéro 62 de janvier/février 2017



Habituellement, quand on inscrit son enfant d’à peine 3 ans à un atelier d’éveil musical, on est invité à rester auprès de lui lors des toutes premières séances puis très vite, on est gentiment congédié et on se retrouve à attendre derrière une porte fermée que l’atelier se passe. Quand elle est devenue maman, Maud Vivien a recherché des activités qu’elle pourrait découvrir et partager avec son enfant mais n’a rien trouvé, hormis les incontournables « bébés nageurs » qui exigent la participation du parent pour des raisons évidentes. En effet, la plupart des ateliers proposés aux enfants même tout petits n’autorise pas la présence du parent qui est même souvent considéré comme gênant. Permettre la présence du parent, voire l’intégrer complètement, est une des intentions premières qui ont guidé la création de l’association Au creux de l’oreille.


Maud Vivien est musicienne professionnelle spécialisée dans la pédagogie. En plus des ateliers d’éveil musical, elle dispense des cours de piano et de chant (dans le cadre d’ensembles vocaux parents/enfants ou ados/ adultes). Avec sa soeur, Rhéa- Elsa Picard, également musicienne professionnelle spécialisée dans la pédagogie,  elle a fondé en 2001 l’association Au creux de l’oreille dans le but de transmettre ce langage particulier qu’est la musique, d’une manière à la fois rigoureuse et ludique, inspirée, mais non limitée, par les pédagogies dites actives, telles celles de Carl Orff ou de Willems. L’association Au creux de l’oreille est composée de quatre musiciennes professionnelles ainsi que d’une danseuse professionnelle et d’une animatrice de communication gestuelle « Signer avec Bébé ». Elle propose à Paris, sa proche banlieue ainsi que dans le département des Yvelines (Versailles, Sonchamp, Ivry-sur-Seine), des ateliers pour les parents et leurs enfants de 6 mois à 3 ans, de 4-6 ans ou de 7-10 ans. Cette possibilité offerte aux parents d’assister aux ateliers d’éveil musical de leurs enfants, même après 3 ans, de découvrir et partager la musique avec eux, de se relier à eux par la musique, est une véritable chance que l’association Au creux de l’oreille est une des rares à proposer.

Transmettre une culture musicale commune
Maud Vivien et ses collègues ont à cœur de transmettre une culture musicale à leur public de parents-enfants par une approche qui va du « simple » éveil musical jusqu’à la découverte de la musique classique à travers une œuvre, un compositeur, un thème donné. Ainsi, dans un atelier d’initiation à la musique classique, l’enfant s’imprègne de l’univers musical et en acquiert les premières notions à travers des chants, des comptines, des danses, des improvisations vocales et instrumentales, la manipulation d’instruments de musique et autres matériaux sonores nombreux, et en fonction d’un thème comme, par exemple, les animaux dans la musique classique, la famille Bach, George Gershwin, l’automne et l’hiver, la musique de film, Les Planètes de Gustav Holst, Casse-noisette de Tchaïkovsky, les nuances dans la musique, etc. Le travail de Maud consiste à « faire des ponts » entre un Mozart, un Saint- Saëns, un Vivaldi, et nous, en proposant des clés, des grilles de lecture pour écouter et comprendre leurs œuvres, un peu dans l’esprit des émissions pédagogiques de découverte de la musique proposées par le compositeur, chef d’orchestre et pédagogue Leonard Bernstein ou le pianiste et compositeur Jean-François Zygel. Mais seulement dans l’esprit car dans les ateliers de Maud, les participants sont actifs.Informée par ces pistes, ces grilles de lecture, l’écoute de la musique devient dès lors active. Ce qui permet une appréhension, une appropriation plus profondes de la musique.
Et tout le monde peut ainsi apprendre à écouter et comprendre la musique qui n’est pas réservée à ceux qui la pratiquent intensément. Car être musicien n’est pas être mélomane et on peut apprécier la musique sans pratiquer assidûment un instrument. Et cela dès l’âge de 6 mois. Un atelier pour les 6 mois-3 ans dure une heure. Il est structuré par des rituels et des temps délimités de sorte qu’on n’éprouve pas de sentiment de longueur : d’abord, une chanson d’ouverture, puis on sort les instruments, on propose éventuellement un moment d’expression corporelle, et l’atelier est clos par un rituel d’au revoir. Maud propose un important instrumentarium ainsi qu’une grande diversité de matériaux sonores (tout ce qui peut produire un son et être amusant). Les percussions sont à l’honneur car il est aisé de les manipuler. La manipulation et le mouvement sont importants pour appréhender les sons. En plus de sessions d’écoute, Maud propose des danses et des jeux structurés sur une musique, une session sonore, une histoire. D’après Maud, on sous-estime les capacités de concentration des bébés qui sont susceptibles d’une très grande attention. D’ailleurs, en atteste le fait que, souvent, à la fin d’une séance, ils sont fatigués. Mais c’est la concentration et l’attention qui en soi fatiguent car Maud ne cherche pas à surstimuler les enfants ; elle accompagne plutôt la découverte de l’univers de la musique en montrant des rythmes, des gestes. Au fond, c’est avant tout une imprégnation qu’elle propose. Et les parents sont encouragés à poursuivre cette imprégnation au-delà des ateliers, notamment par l’écoute d’œuvres musicales à la maison. « Il faut oser la musique ; oser la faire entrer chez soi », nous dit Maud. Les parents repartent ainsi de l’atelier avec une multitude d’idées d’activités, de pistes pour continuer à se relier par la musique.

Une action diversifiée et de haute qualité
En plus de nourrir la culture musicale des enfants et d’enrichir leurs interactions avec leurs parents et avec d’autres adultes et enfants, l’éveil musical stimule leur développement sensoriel, psychomoteur et cognitif ; il permet d’exprimer leurs émotions et de développer leur imagination. Pour certains enfants, il procure un véritable apaisement et une régulation de leur humeur.Maud évoque ainsi des cas d’enfants dits turbulents en crèche qui ont été apaisés par la pratique de la musique.
Mais ce n’est pas parce qu’elle propose des ateliers ludiques que Maud ne se soumet pas à un critère et une exigence de haute qualité, notamment des moyens pédagogiques. Il s’agit certes de jouer, de s’amuser, d’être accessible, mais on recherche surtout l’amélioration, la progression vers la précision,  le beau. Bien entendu, cette exigence n’est pas intransigeance et elle est toujours adaptée à l’âge et aux possibilités des enfants. Si l’enfant n’est pas intéressé, on ne l’embête pas, on n’insiste pas. Tout le défi consiste à susciter l’intérêt et à montrer ce que l’univers de la musique a de désirable. Grâce à son écoute attentive, son intuition et la finesse de ses interactions, Maud peut apporter des réponses précises et adaptées à l’enfant. Il s’agit de pédagogie au sens fort du terme, de pédagogie authentique, vivante, qui place l’enfant au centre.
L’association Au creux de l’oreille a également une activité de formation, auprès d’assistantes maternelles, de personnels de crèches ou de particuliers. Ainsi, le conseil général des Yvelines lui a demandé de prendre en charge la formation à l’éveil musical (module de formation obligatoire) des assistantes maternelles du département. Les activités de l’association sont nombreuses et diversifiées, toujours dans l’esprit de diffuser et de partager le bonheur et la joie de vivre la musique. Les ateliers d’éveil musical et d’initiation à l’histoire de la musique, mais aussi de danse, sont proposés aussi bien à des groupes parents-enfants qu’à des collectivités (lieux d’accueil, écoles, etc.). Nous ne pouvons qu’espérer que ce genre d’ateliers se développe plus amplement. ◆

Pour aller plus loin :
www.aucreuxdeloreille.com

Soutenir une loi d'interdiction de toute violence éducative

extrait du hors série 10


« Que le châtiment constitue un moyen de contrôle efficace est pour moi une des plus grandes illusions de la société occidentale… Je le trouve totalement déplacé parce qu’il est inutile, et parce qu’il peut engendrer de l’anxiété et de la haine, deux maux bien plus grands que ceux qu’il est censé guérir…1 »

Faut-il interdire aux parents de donner tapes, gifles et fessées à leur progéniture .? Une question qui ressurgit lorsque se pose l’éventualité de légiférer pour interdire toute violence éducative à l’égard des enfants. Le 2 juillet, l’Assemblée nationale a adopté un amendement à la loi «.Égalité et citoyenneté.» qui modifie le code civil.: la définition de l’autorité parentale est précisée et stipule que parmi les devoirs qui la composent figure « l’exclusion de tout traitement cruel, dégradant ou humiliant, y compris tout recours aux violences corporelles.». Cette nouvelle disposition laisse toujours planer un doute sur ce qui est réellement «.interdit .» ou condamné par la loi, même en l’absence de sanction pénale. En effet, on peut regretter que cette notion de «.violences corporelles.» n’inclue pas explicitement toute forme de châtiment corporel, y compris gifles et fessées. Et pourtant, la réalité de la violence éducative ordinaire fait partie du quotidien de nombreux enfants dans notre pays et il semble que la prise de conscience de nos responsables politiques ne soit pas à l’unisson de cette réalité.

Une réalité incontournable
Depuis douze années de travail en CMPP (centre médico-psycho-pédagogique), le constat est sans appel.: tous les enfants que je rencontre disent recevoir des châtiments corporels, des punitions ou des privations diverses dans leur famille. La pratique habituelle de cette violence éducative dans le cadre familial est confirmée par les parents sans qu’ils en mesurent toujours les effets toxiques. Ces enfants arrivent au CMPP parce qu’ils sont indisponibles, ne parviennent pas à apprendre, sont débordés par leurs émotions. Beaucoup ont perdu confiance en eux. À l’école, l’inconnu, la nouveauté, l’exploration de nouveaux savoirs déclenchent peur et angoisse. Ils tentent de se préserver en mettant à distance les apprentissages scolaires. Leur intellect est piloté par la certitude qu’ils n’y arriveront pas, qu’ils sont nuls. Ces difficultés dans leur parcours scolaire ne doivent rien au hasard, tout petits déjà, ces enfants ont été entravés dans leur désir de découvrir le monde. Leurs expériences, leurs tentatives d’exploration, leurs prises de risques sont considérées comme des «.bêtises.» ou des tentatives de braver les interdits. Marco est au CE1, il ne réussit pas à se concentrer, il a des comportements violents à l’école et avec son plus jeune frère à la maison où il est d’usage d’utiliser les châtiments corporels. Lorsque je rencontre la mère de Marco, elle me parle du bébé qu’il était : « Il était sage, il ne faisait pas de bêtises, il obéissait, mais il avait tout le temps besoin d’être avec quelqu’un ». Comment comprendre cette évocation presque rassurante ²d’«.un bébé sage, un bébé qui ne fait pas de bêtises, qui obéit.».? Qu’est-ce que cela a pu signifier pour ce bébé ? Attentif à s’adapter aux exigences de ses parents, dès ses premiers jours de vie, il s’es certainement d’abord appliqué à ne pas «.allumer.» leur réprobation et leur colère. On peut imaginer qu’il a pu évoluer dans un environnement imprévisible qui a freiné ses explorations et conduit à se défier de tous ses élans de curiosité. Un enfant incertain quant à la disponibilité réelle de son parent s’inscrit dans une dépendance à l’humeur de l’adulte. Il ne peut construire de confiance en soi et se montre méfiant face aux situations nouvelles de son environnement. Il sera d’une grande fragilité narcissique dans les défis à venir et particulièrement les apprentissages scolaires. Julie est au CP, elle est convaincue de  son incapacité à apprendre à lire et n’ose pas prendre le risque de se tromper en classe. À la maison, le moment des devoirs se décline régulièrement sur le mode de la violence : «.Maman, elle me dispute et elle me tape, sur la joue et les fesses, mon père, c’est pareil sauf qu’il en met des plus fortes. » Lorsque j’évoque cette situation, la mère de Julie minimise et légitime son attitude : « Elle pleure pour un rien, elle est capricieuse pour les devoirs, on n’arrive pas à avoir de bons résultats, le travail en plus, c’est pour elle. » Confrontés à la difficulté scolaire, ces enfants ne trouvent ni réassurance, ni sécurité et encouragement dans leur famille. Tenus pour responsables de leurs difficultés, ils sont confrontés à des propos culpabilisants et à de la violence physique. Leur estime d’eux-mêmes est durablement atteinte et fragilisée.

« Il nous provoque »
Pour certaines familles, les demandes et les besoins des enfants sont interprétés comme des tentatives de prise de pouvoir sur les adultes. Le plus souvent, la réponse apportée se situe du côté de la répression et plonge l’enfant dans un grand désarroi. Paul est au CP, il est accompagné au CMPP par ses parents sur l’insistance de l’école, qui s’inquiète de l’indisponibilité de cet enfant en classe et de sa violence dans la cour de récréation. Son père dit de son fils que « c’est une petite tête dure, il travaille quand ça l’arrange, si on le laisse faire, il ne fera rien… Il nous provoque… » Les devoirs à la maison peuvent être le théâtre de crises et de passages à l’acte. Paul n’a pas confiance en lui, à l’école, il a toujours peur de se tromper. Il pense a priori qu’il ne va pas y arriver et essaye de se protéger en ne faisant pas le travail demandé. À la maison, sa mère lui fait refaire ce qu’il n’a pas fait en classe en plus de ses devoirs et cela se passe très mal. La mère de Paul dit : « Je suis obligée de tout réexpliquer à la maison, il ne fait pas d’efforts et ne veut que jouer. Il me cherche, j’ai l’impression qu’il me nargue, alors il me pousse à bout et je lui mets une fessée, c’est tous les jours la même chose. » Confrontés à une réponse parentale incompréhensible, les enfants, loin de se révolter, s’efforcent de préserver le lien familial et cherchent à donner du sens à ce qu’ils vivent.

Une violence justifiée par les enfants
Les enfants essaient de comprendre l’attitude des parents, ils veulent donner de la cohérence à un système qui ne relève que de l’arbitraire. Soumis à la violence éducative, ils intériorisent l’idée que c’est parce qu’ils «.font des bêtises.» qu’ils sont frappés ou punis. Pour préserver l’image de leurs parents, auxquels ils sont attachés envers et contre tout, ils se disent coupables des fessées ou des gifles qu’ils reçoivent. «_J’ai cassé l’antenne de ma voiture télécommandée, elle coûte cher, alors Papa il m’a tapé avec sa main sur mes fesses. Papa, il me tape sur les fesses et sur la joue, je pleure, ça fait mal, Maman aussi elle me donne des fessées, c’est normal qu’ils me tapent, c’est mes parents… » « Je me suis fait punir par Papa, je lui ai menti, j’ai un mois de privation de télé, du coup… Je me prends des coups de cahier, c’est pas de sa faute à Papa, c’est parce que je veux pas faire mes devoirs… » Ces enfants sont confrontés à une incohérence très difficile à résoudre. Ils constatent que dans certains espaces sociaux, comme l’école, par exemple, la violence est interdite mais que leur environnement familial se trouve exclu de cet interdit. Beaucoup d’entre eux cependant s’attachent à y trouver du sens.

Je vois Mathias depuis plusieurs semaines. Nous avons évoqué avec lui et ses parents la question des châtiments corporels. Au cours d’une séance, je dis à Mathias que personne n’a le droit de le frapper mais que lui n’a pas non plus le droit de frapper sa soeur. Il me répond très simplement : « Je peux la taper puisque c’est  ma soeur, elle est dans ma famille. » À moins de rencontrer un témoin secourable2,  ils sont des enfants qui ont perdu toute empathie à l’égard de leurs propres souffrances et peuvent devenir indifférents aux souffrances des autres.

Se forger une carapace
Les premières fondations de la personnalité du bébé sont posées par la manière dont sa mère va le toucher, le porter, le caresser. La peau est un organe d’une grande sensibilité qui assure la reconnaissance du froid, du chaud, du toucher, de la douleur. Cette première enveloppe psychique dénommée «.Moi Peau.» par Didier Anzieu joue un rôle essentiel dans la relation au monde. Un enfant qui reçoit habituellement fessées ou gifles de ses parents perçoit physiquement la douleur des coups, mais aussi une autre douleur plus intime, plus insupportable : celle de vivre une agression par ceux-là mêmes qui sont ses protecteurs et donneurs de soins, ceux qui représentent sa base de sécurité, telle que définie par le psychanalyste John Bowlby. Pour tenter de se protéger de cette double agression, certains enfants n’ont d’autre choix que de se forger une carapace. Serge Tisseron évoque cette capacité de l’épiderme de l’enfant à protéger le corps contre diverses formes d’agressions physiques3. Jason est au CE1, son enseignante est alertée à la fois par ses passages à l’acte violents avec les autres enfants et une difficulté persistante à apprendre à lire. Lors des premières rencontres, Jason évoque le comportement de ses parents et sa réaction : «.Je reçois des coups de martinet, par mon papa et ma maman, mais je fais semblant que ça fait mal. Les baffes en bas sur les fesses, sur la tête, sur les cuisses, ça fait même pas mal, ça fait jamais mal, à force, je m’habitue, aussi ça fait pas mal… » Si cette fonction psychique de protection contre les excitations trop intenses se transforme en carapace, elle empêche les fonctions d’enregistrement de tout ce qui provient de l’extérieur. Le travail de la mémoire est parasité et les apprentissages sont rendus plus difficiles.

Maltraité/maltraitant
Cette situation de clivage pour supporter la souffrance comporte le risque pour l’enfant de devenir potentiellement à son tour maltraitant, c’est-à-dire un sujet «.sans état d’âme face à la souffrance d’autrui, de la même manière qu’il reste sans émotion face à la sienne4..» Thibaut a 11 ans, il vit depuis la petite enfance sous le régime des tapes sur les mains d’abord, puis des fessées et des gifles. Il est depuis l’âge de 7 ans considéré comme hyperactif et il lui a été prescrit l’incontournable « ritaline ».

« Moi ça me fait plus mal quand mes parents y m’tapent, je rigole c’est tout….» Il ajoute qu’il n’a jamais été triste, qu’il ne pleure pas, qu’il y a parfois effectivement des enfants qui pleurent à l’école mais qu’il ne sait pas pourquoi « Si tu pleures, ça peut pas t’aider, ça arrange pas les choses….» Je lui demande qui peut consoler un enfant qui pleure, il répond :  « Personne. Consoler, surtout pas, ça va être encore plus triste, il va encore avoir plus mal au cœur.» Un enfant qu’on critique, qu’on dévalorise, qu’on humilie, se doit de trouver une solution pour mettre fin à cette souffrance chronique. Comme il ne peut agir sur sa figure d’attachement, il agit sur lui-même et sur son propre fonctionnement psychique. Il commence par protéger son vécu et son ressenti authentique en le faisant disparaître dans la clandestinité, il ne pleure plus, ne laisse apparaître ni chagrin ni tristesse. Il ne laisse voir aux autres qu’un faux self. Il adopte les attitudes, le discours et les pensées qui vont lui valoir d’être accepté dans son environnement habituel. Cela offre l’avantage de mettre fin à la douleur liée à la peur du rejet et de l’indifférence de ses parents.

Pour protéger son vrai self de toute intrusion, l’enfant va créer sa propre figure protectrice, dans une personnalité qui devient une personnalité invulnérable et parfois persécutrice. Il se rend invulnérable car il a besoin de se sentir ainsi pour pouvoir survivre aux agressions qu’il subit de la part de ceux qui devraient le protéger et veiller sur lui. Il peut devenir persécuteur car il enregistre tous les éléments négatifs qu’il subit pour s’en servir contre ceux qui le menacent ultérieurement. C’est une identification à l’agresseur. John Bowlby parle d’exclusion défensive des affects5. L’enfant en détresse qui n’obtient pas le réconfort de sa figure d’attachement n’en cherche plus le rapprochement pour se rassurer. Il n’exprime plus ses émotions puisqu’il n’y a pas de réponse rassurante et il perd le contact avec sa vie affective. Pour Muriel Salmona, l’enfant entre dans un processus de dissociation qui entraîne la disparition de son empathie naturelle6.

Aider les parents
Un enfant victime de violence éducative a-t-il besoin de consulter un psy.? N’a-t-il pas d’abord besoin que la violence s’arrête.? Et pour que les fessées, gifles ou autres punitions s’arrêtent, il faut aider ses parents à ne plus en donner7. Mais c’est à l’enfant qu’on demande de consulter un professionnel, c’est lui qui a «.des troubles du comportement.». Généralement, le parent n’est reçu que pour faire le bilan du travail avec l’enfant. Ne pourrait-on plutôt envisager une aide régulière pour les parents afin de mettre en question des attitudes inappropriées et inventer avec eux d’autres habitudes éducatives .? Il faut travailler avec les parents sur cette question de la violence éducative et réfléchir avec eux à un accompagnement de leur enfant qui soit «.suffisamment bon.».

Retrouver de l’empathie
Dans la plupart des cas, les parents ne demandent pas d’aide pour eux, ils n’envisagent pas la relation comme en partie responsable des difficultés de leur enfant. Ils l’amènent au CMPP afin qu’il leur soit rendu conforme à leurs attentes ou à celles de l’école. Il faut donc s’intéresser à la difficulté de l’enfant dans le cadre de cette relation intersubjective, essayer d’en démêler et d’en comprendre les enjeux. Avec les parents, réfléchir à certains aspects de la relation qui peuvent générer des difficultés pour leur enfant. Au fil des rencontres, certains parents livrent une part de leur histoire, toujours jalonnée par une éducation violente sans, par ailleurs, qu’ils puissent la caractériser comme telle. Mais les émotions explosives et les passages à l’acte dont ils font état dans la relation avec leur enfant indiquent bien que violence il y a. Une violence contenue qui explose dans les inévitables moments de tension qu’ils rencontrent avec leur enfant. Une évolution du comportement des parents passe par une prise de conscience de la souffrance de leur enfant dans cette relation dominée par le rapport de force. Par une écoute empathique, il est possible de les aider à reprendre un contact émotionnel avec l’enfant qu’ils ont été. Il est important qu’ils entendent du professionnel que pas une des claques ou des châtiments qu’ils ont reçus n’étaient justifiés. Ce parti pris, sans ambigüité aux côtés de l’enfant blessé  qu’ils ont été, peut leur permettre de renouer avec cette empathie perdue dans le tumulte de leur histoire. C’est une première mise en échec de la reproduction de la violence qu’ils ont eux-mêmes subie. Et c’est un premier pas vers une relation plus attentive aux besoins de leur enfant où chacun doit pouvoir y retrouver du sens, dans le respect des places et des générations. C’est un changement de regard qu’il faut favoriser. L’enfant n’est plus considéré comme un être qui teste les limites et cherche à prendre le pouvoir. Ses sollicitations et ses explorations sont regardées comme des tentatives pour découvrir le monde et le parent peut y occuper la place d’accompagnant sécure. C’est un travail qui demande un engagement de la part des parents mais aussi une approche des professionnels qui reste aujourd’hui très marginale et peu explorée. Une autre difficulté est à surmonter : celle provenant des politiques de l’enfance en France.

La société ne protège pas les enfants
Notre société est très tolérante avec la violence éducative ordinaire et elle en minimise largement les effets. De manière générale, on n’est pas très regardant sur la manière dont on traite les enfants dans les familles et la tendance est plutôt de souligner les difficultés rencontrées par les parents. La France est le pays où la violence éducative est le plus minimisée. C’est ainsi que 56.% seulement des Français assimilent une «.fessée.» à la notion de violence8. Les enquêtes disponibles sont formelles : en France, en toute légalité, on bat, on punit, on humilie  les enfants9. Cette réalité largement ignorée par les responsables politiques et par les professionnels de l’enfance ne suscite aucun travail sérieux pour en comprendre les causes, en évaluer les effets et pouvoir agir sur ce fléau. On ne protège pas les enfants et nos responsables politiques les abandonnent lorsqu’ils refusent de légiférer clairement contre toute forme de violence éducative. Une loi qui interdirait toute violence à l’encontre des enfants où qu’ils se trouvent constituerait un vrai point d’appui. Non pour culpabiliser les parents, mais pour les aider concrètement à trouver des alternatives à la violence.

Ainsi pourrait-on commencer à mettre en œuvre une grande politique de prévention et de sensibilisation à une éducation respectueuse de l’enfant comme cela a été fait en Suède il y a plus de trente-cinq ans maintenant. En 2007, une étude comparative européenne sur les répercussions d’une interdiction des châtiments corporels a été menée en Suède, en Autriche, en Allemagne, en Espagne et en France. Cinq mille parents ont été soumis d’octobre à décembre 2007, dans le cadre d’une entrevue, à un questionnaire standardisé relatif à leur comportement éducatif. Alors que 14,1.% des parents suédois ont déclaré donner de «.petites gifles.», ce taux atteignait 54,6.% en Espagne et 71,5.% en France, deux pays qui n’ont pas légiféré contre la violence éducative10.

La responsabilité des professionnels de l’enfance
Les professionnels de l’enfance, celles et ceux qui reçoivent les enfants et leurs parents ont une grande responsabilité. La grande majorité s’intéresse peu à la violence éducative ou alors en minimise les effets. Certains même justifient les fessées ou les punitions, comme en témoigne le livre d’Olivier Maurel, La Violence éducative, un trou noir dans les sciences humaines11. Toute évolution vers un accompagnement bienveillant des enfants ne pourra se faire tant que l’impact réel de la violence éducative ordinaire ne sera pas identifié et reconnu. Au moment où, en France, des parlementaires tentent de faire inscrire dans la loi l’interdiction de toute violence éducative, il est urgent que les professionnels de l’enfance s’associent à cet effort et apportent un soutien actif à cette initiative12. Nous devons apporter toute notre attention à ce qui se déroule dans l’environnement de l’enfant, notamment en matière de violence éducative habituelle. Il faut donner la priorité à ce travail de prise de conscience par les parents des effets délétères de la violence éducative et mobiliser tout notre savoir faire pour construire avec eux le chemin de la bien-traitance avec leurs enfants. ◆

 

1_Amour et Rupture : les destins du lien affectif, Éditions Albin Michel (2014), p. 40._/

2_Personne qui va pouvoir intervenir auprès de l’enfant pour éviter la répétition de la violence. Ce peut être un frère ou une soeur, ou un enseignant. Le témoin éclairé « va faire confiance à l’enfant, ne va pas chercher à le manipuler sous prétexte de l’éduquer et va lui communiquer le sentiment qu’il n’est pas méchant » (Alice Miller, Notre corps ne ment jamais, Éditions Flammarion, 2004, p. 201)._/

3_Comment Hitchcock m’a guéri, Serge

Tisseron, Éditions Hachette Littérature (2005), p.114._/

4_Op. cit., p. 101._/

5_« La théorie de l’attachement : pour le meilleur et pour le pire », Violaine Pillet, Dialogue n° 175, p. 7-14._/

6_« L’impact psychotraumatique de la violence sur les enfants : la mémoire traumatique à l’oeuvre dans la protection de l’enfance », La Revue de santé scolaire et universitaire n°19, p. 21-25._/

7_« Qui protège-t-on ? », Nathalie Tarquis, Le Journal des psychologues, juillet/août 2004._/

8_Kai-D. Bussmann et al., « Impact en Europe de l’interdiction des châtiments corporels »,_ Déviance et Société, Vol. 36, p. 85-106. DOI 10.3917/ds.361.0085._/ 9_L’enquête de l’Union des Familles en Europe réalisée en 2006/2007 indiquait que 87 % des parents reconnaissent donner des fessées. TNS/Sofres, en novembre 2009, relevait que 67 % des Français déclaraient donner des fessées à leurs enfants. Dans ce même sondage, 82 % des sondés se disaient hostiles à une loi interdisant la violence éducative (17 % des sondés y étaient favorables)._/

10_Kai-D. Bussmann et al., « Impact en Europe de l’interdiction des châtiments corporels »,_Déviance et Société, Vol. 36, p. 85-106. DOI 10.3917/ds.361.0085._/

11_Éditions L’Instant Présent (2012)._/

12_88 % des professionnels de santé se déclarent opposés à l’adoption d’une loi interdisant la fessée, selon un sondage du Journal international de médecine auquel ont répondu 460 personnes, entre le 31 mai et le 8 juin 2010. (Le Point du 10/06/2010).

La violence des adultes à l'école

extrait du numéro 49


 

Observons les termes utilisés dans ces préconisations pleines de promesses. « Ouverture d'esprit » ? Le plus souvent, la simple remise en question de ce que décrète l'enseignant ou un autre membre du personnel encadrant est perçue comme une insolence ou une rébellion. « Autonomie » ? L'obligation de se conformer à de  nombreuses règles plus ou moins arbitraires et de respecter un emploi du temps réglé à la minute près n'aide guère à se responsabiliser. « Curiosité intellectuelle » ? L'élève qui s'intéresse à autre chose que ce que l'enseignant a décidé à tel moment du cours sera vite qualifié de distrait ou paresseux. Pour ce qui est de « l'estime de soi » et de « l'épanouissement », l'école peine à atteindre son objectif puisque l'injustice, l'autoritarisme et la violence y règnent le plus souvent. Certes, les mentalités évoluent petit à petit, mais les cris, les menaces, les moqueries et la manipulation sont encore le lot quotidien de nombreux enfants.

Des violences quotidiennes diverses

Le simple fait de « noter les élèves » - on devrait plutôt dire leur travail - est une forme d'humiliation pour ceux qui ont de « mauvaises » notes. Le vocabulaire utilisé à l'école des « maîtres » et « maîtresses » est d'ailleurs fort révélateur de ses valeurs moralisatrices et jugeantes. Les qualificatifs d'élève « fort » et d'élève « faible » illustrent bien l'esprit de compétition qu'on y entretient. Le ministère de l'Éducation nationale impose d'étudier des matières spécifiques en suivant un programme minutieusement détaillé. Il n'est souvent tenu aucun compte des rythmes d'apprentissage propres à chaque enfant et encore moins de ses envies. Peter M. a compris pourquoi son fils Valentin, âgé de 3 ans, déchirait ses dessins à la maison : son institutrice déchirait systématiquement les dessins « ratés » de ses petits élèves, sans se demander un seul instant ce qui se passait dans leur tête et dans leur cœur lorsqu'ils voyaient leur création ainsi détruite. On est loin du développement de  l'estime de soi annoncé dans les textes. Un élève trop différent en raison d'un « trouble » de l'apprentissage ou au contraire d'un potentiel supérieur se trouve face à des enseignants démunis. La tentation est alors forte d'étouffer le problème de manière répressive2, sans consulter les parents, considérés comme de simples amateurs. Ils ne sont d'ailleurs pas rares les professeurs qui, à titre individuel, font subir les conséquences de leur propre mal-être à leurs élèves. Selma B., maman de Benjamin, en classe de CM1, raconte qu'elle a un jour retrouvé son fils en larmes à la sortie des classes. La maman a interrogé la maîtresse sur le motif de la réprimande. Cette dernière, pour toute explication, a de nouveau hurlé sur l'enfant, les yeux pleins de colère : « Je ne supporte pas que l'on fasse cela ! ». Cette institutrice, totalement centrée sur elle-même, était incapable de percevoir la détresse de l'enfant. Comment, par ailleurs, compter sur ces adultes insensibles pour prévenir les violences entre enfants autrement que par des remontrances et des menaces... dans le meilleur des cas. Laure J. raconte qu'elle a changé son fils d'école maternelle car il rentrait tous les soirs avec les marques des coups infligés par d'autres enfants. Béatrix L., enseignante dans le secondaire, déplore : « Lorsque je vois des élèves en agresser un autre, je suis la seule à intervenir. C'est tellement rare que l'élève victime lui-même est surpris qu'on vienne prendre sa défense. » N'est-ce pourtant pas le devoir des adultes de protéger les enfants victimes de harcèlement ou de violences, au lieu de fermer les yeux en affirmant qu'il est normal que les enfants se battent ? Certes, cela leur demanderait du temps, de l'énergie et une bonne dose de courage que d'écouter chaque enfant ou adolescent en situation conflictuelle et d'apporter la réponse adaptée. Mais tout le monde y gagnerait en sérénité. Parfois, les enfants subissent même des violences physiques de la part d'un adulte malgré l'interdiction de lever la main sur un élève3. Dans la classe de petite section d'une école de province, Jérôme D. raconte que plusieurs mamans se plaignent que leur enfant a été giflé par la maîtresse. Cette pratique scandaleuse est d'autant plus difficile à faire cesser que les enfants sont bien trop jeunes non seulement pour se défendre mais aussi pour raconter. Quand ils le font, leur parole n'a guère de poids. Ne sommes-nous pas en droit d'exiger des professionnels à qui nous confions nos enfants qu'ils assurent au moins leur sécurité physique sinon psychologique ?

Sortir de l'hypocrisie d'un système très hiérarchisé

On parle à tout va du « respect » dû aux adultes. Mais ce que l'on demande aux jeunes générations, n'est-ce pas plutôt une forme de crainte et de déférence artificielle ? Le vrai respect s'inspire sans coercition ni contrainte. Au lieu d'afficher une image mensongère du « maître » infaillible, seul détenteur du savoir et du pouvoir, pourquoi l'école ne reconnaîtrait-elle pas qu'elle est composée d'êtres humains avec leurs forces et leurs faiblesses ? Les jeunes réagissent généralement beaucoup mieux à la sincérité qu'aux jeux de pouvoir. Bien sûr, les conditions d'enseignement ne laissent qu'assez peu de latitude aux professeurs pour faire différemment. Dans chaque classe, on compte souvent une bonne trentaine d'élèves, vivant parfois des situations familiales très dures. Pour autant, l'heure n'est-elle pas venue pour les enseignants de remettre globalement en question leurs pratiques et leurs rapports aux jeunes ? Pourquoi ne pas rêver l'école de demain comme un lieu où les enfants viendront se ressourcer auprès d'adultes équilibrés apportant une nouvelle énergie dans leur vie, comme c'est déjà le cas dans certains établissements ? Rêvons d'une école où les enseignants seront recrutés pour leurs qualités humaines autant que pour leurs connaissances théoriques. Une école où les enseignants oseront profiter de leur relative liberté pédagogique pour essayer des méthodes alternatives4. Imaginons des professeurs qui, honnêtes et conscients, sauront accueillir les émotions des enfants et auront le courage d'évoluer personnellement au cours de leur carrière. Pourquoi n'existerait-il pas des groupes de parole pour les enseignants vivant des situations difficiles dans leurs classes ? N'est-ce pas, finalement, à chacun d'entre nous, parents, de prendre notre place à  l'école ? N'est-ce pas à nous de dénoncer les abus tout en proposant des solutions constructives innovantes ? C'est aussi notre participation active qui contribuera à l'ouverture de l'école sur le monde et la vie. À nous de nous réapproprier l'instruction et le bien-être de nos enfants, sans oublier que c'est l'école qui est au service des enfants et de leur famille... et non l'inverse. ◆

1 Éduscol, portail national des professionnels de l'éducation : http://eduscol.education.fr /

2 Cet aspect est développé dans Fais-toi confiance, Isabelle Filliozat, Éditions JC Lattès (2005), p. 65 à 69, « Incompréhension devant nos limites ». /

3 Circulaires et textes de loi sur le site de l'OVEO (Observatoire de la violence éducative ordinaire) : www.oveo.org /

4 Voir l'initiative de Bernard Collot « Appel pour pouvoir choisir une alternative à l'école traditionnelle dans l'école publique » : http://appelecolesdifferentes.blogspot.fr/2014/02/lappel.html


Le lâcher-prise, un atout précieux

article de Camille Lacoste-Mingam extrait du numéro 53


Le lâcher-prise est souvent évoqué en dernier recours comme une arme (magique ?) à dégainer face à un problème insoluble. Au demeurant, choisir d’aller vers le lâcher-prise au quotidien est une démarche qui peut nous aider à mieux vivre. C’est sans conteste un moyen d’apporter harmonie et ouverture à notre relation aux autres, à nos enfants.

S’ouvrir

Dans leur ouvrage consacré à ce sujet1, Rosette Poletti et Barbara Dobbs postulent que lâcher prise, « C’est accepter de s’ouvrir à ce qui vient, de changer son regard, de modifier son interprétation, c’est aussi parfois faire le deuil de quelque chose à quoi on tenait, c’est encore pardonner et mettre son attention sur ce qui est ici et maintenant ». On peut aussi se représenter le lâcher-prise par l’image de mains ouvertes ou par deux actions : se décrocher (de ce à quoi l’on s’accroche) et s’ouvrir. Parfois la difficulté est trop écrasante et un changement de cap intérieur ne semble pas suffisant ou accessible, ou ne l’est pas. À certains, cela peut paraître hors de portée, voire hors de propos (« là n’est pas le problème »). Le lâcher-prise n’a rien de magique. C’est un outil qui présente l’avantage d’être utilisable à l’infini tout en induisant une meilleure cohabitation avec nous-mêmes. On l’adopte ou on le laisse au gré de notre énergie et de ce vers quoi notre cœur nous porte.

Pourquoi lâcher prise ?

Certains l’ont vécu : lorsque nous sommes dans le contrôle, tendu sur un objectif, dans l’attente du futur, enfermé dans le passé, il nous est difficile de nous sentir paisible. S’accrocher coûte que coûte à un projet, à notre vision du futur ou du passé (pour notre enfant, notre famille, nous-même, dans une relation, etc.) nous  limite et crée de la tension dans notre vie. L’obstination peut être un moteur, source de créativité. A contrario l’obstination peut aussi devenir un frein, une cause de repli en nous-mêmes, qui tourne en boucle, une pollution mentale récurrente, générant à tout le moins de l’insatisfaction et de la tension. Ne pas parvenir à nos fins, ne pas réussir à atteindre un but que nous nous sommes fixé : à cause de cela, beaucoup d’entre nous composent chaque jour avec un lourd sentiment d’inaccomplissement personnel. C’est pour vivre plus léger, moins contraint, que l’on s’oriente vers le lâcher-prise.

Ce qui nous retient

Rosette Poletti et Barbara Dobbs2 recensent une liste des six plus importants obstacles au lâcher-prise. Parmi eux « nos croyances et nos habitudes » et la propension à « faire dépendre notre bonheur des circonstances extérieures ». Les « croyances limitantes », on les intègre durant l’enfance, au gré des modèles et injonctions qui nous sont donnés. Loin de faire le procès de la parentalité, les auteures avancent que nous sommes imprégnés par des croyances limitantes quel que soit le contexte de notre enfance.

Par exemple : « Le monde est dangereux », « Ne fais pas confiance aux gens qui t’entourent », « Tu n’y  arriveras pas », « C’est trop difficile », « Le bonheur n’existe pas », etc. Elles décrivent que nous absorbons ces « messages contraignants ». Ils guident notre existence et nous limitent, nous empêchent de sentir librement nos émotions, nous faisant voir le monde par le prisme de ce que nous croyons devoir penser et non de ce que nous pensons réellement.

Des moyens

Par un travail d’introspection, on peut commencer par identifier ce qui nous contraint, ce que nous avons intégré et dont nous pourrions nous donner la liberté de nous alléger. C’est un peu comme si, arrivé à l’âge adulte, chacun d’entre nous devait faire l’état des lieux puis le tri dans ce qu’il a engrangé, pour se libérer de ce qui lui pèse.

Concernant ce qui nous obsède, que l’on ressasse, qui nous rend triste, en colère, lié au futur, ou au passé, et surtout dont on souhaite « décrocher », le processus est le même : identifier clairement l’obsession qui nous anime puis formuler simplement et positivement ce que nous voulons pour nous en défaire. Cela peut donner, par exemple : « Je décide aujourd’hui de lâcher-prise de mes regrets à propos de ma faillite3 ». Une des clés est le souhait de se « guérir » de l’obsession. C’est pour certains d’entre nous une petite balade intérieure facile, un exercice aisé. Pour d’autres, il s’agit d’une difficile randonnée de haute montagne. S’ajoute à cela l’importance qu’a dans notre vie ce que nous « lâchons ». L’ouvrage Accepter ce qui est... et vivre debout4 indique plusieurs moyens pour œuvrer en ce sens : la respiration, la visualisation, la détente, écrire ce qui nous pèse puis brûler, peindre, dessiner, prendre un bain parfumé, prier. Marie-Laure, mère de famille nombreuse, lorsqu’elle a voulu lâcher prise dans une situation impliquant de revisiter ses attentes vis-à-vis de l’un de ses enfants, a « continué [ses] activités quotidiennes en essayant de garder [son] calme, en respirant, en visualisant des images positives ».

Accepter ce qui est

On l’aura compris, le lâcher-prise est un atout précieux et peut nous aider à faire face aux difficultés rencontrées avec nos petits, aux imprévus de la vie. Vivre l’instant présent est également une belle invitation sur le chemin de la parentalité.

Rosette Poletti et Barbara Dobbs le disent très bien : « Accepter ce qui est, c’est chercher à voir comment faire face, c’est chercher – et trouver – des moyens d’améliorer la situation et surtout d’en faire quelque chose de positif toutes les fois que c’est possible.5 » C’est tout ce que l’on peut souhaiter à chacun des parents qui nous lisent. ◆

1 Lâcher-prise, Dire oui à la vie, Rosette Poletti et Barbara Dobbs, Éditions Jouvence (1998). /
2 Op. cit. /
3 Op. cit. /
4 Accepter ce qui est… et vivre debout, Rosette Poletti et Barbara Dobbs, Éditions Jouvence (2005). /
5 Op. cit.

Pour aller plus loin
Petit cahier d’exercices du lâcher-prise, Rosette Poletti et Barbara Dobbs, Éditions Jouvence (2015).

Prévenir la violence : Le maternage proximal, un bon départ

article de Daliborka Milovanovic extrait du numéro 45


Il n’est jamais trop tard pour changer son comportement vis-à-vis de son enfant.  Toutefois, plus tôt on aura compris la nocivité de la violence éducative ordinaire, plus il sera aisé d’en défaire les conséquences. Car la violence éducative, c’est d’abord un conditionnement, puis la reproduction de modèles de comportement reçus. Une fois identifiés, ce sont des automatismes que l’on peut tenter de désinstaller, presque comme on désinstallerait une application informatique, avant qu’ils ne s’ancrent profondément. Alors, une révolution comme l’arrivée d’un enfant peut être l’occasion de « rebooter » le système et de défaire cette programmation délétère, pour le bien de toute sa famille, mais aussi des générations suivantes.

La bien-traitance, ça commence au berceau. Ou plus exactement, dans les bras ! Ou, dit  autrement, la violence éducative peut commencer dès la naissance,  précisément dans un berceau. L’éducation étant la mise en œuvre des moyens propres à assurer la formation et le développement d’un être humain, elle commence dès les premières minutes de vie extra-utérine (et peut-être même in utero) et les soins apportés aux nourrissons en font partie. Tous les parents du monde entier, à quelques cas extrêmes près, veulent ce qu’il y a de meilleur pour leurs enfants. Dans toutes les régions du globe, les enfants sont l’objet d’attentions particulières. Seulement, tous les parents ne s’entendent pas sur ce qu’est exactement ce  «meilleur » et tous les enfants ne bénéficient pas de traitements de faveur. Car en effet, la façon dont on traite ses enfants est étroitement corrélée, d’une part, à la  façon dont on a soi-même été traité et, d’autre part, à la façon dont la société dans son ensemble traite ses petits. Dans les deux cas, il s’agit de reproduction par  imitation, aveugle et irréfléchie, d’une expérience ordinaire des relations parents-enfants et plus généralement  adultes-enfants. Parfois, ces modèles de relation adultes-enfants reçoivent une justification a posteriori, qu’elle soit religieuse, philosophique, psychanalytique ou autre. Ces justifications sont, le plus souvent, des discours autoritaires et idéologiques qui exposent une conception particulière de la nature des enfants et en déduisent des comportements parentaux adaptés. Comme en de nombreux domaines, ici, la pratique précède la théorie qui en est une légitimation. Il découle d’un tel processus les idées les plus farfelues, les plus insensées sur une supposée nature humaine qui serait féroce et égoïste, destructrice et méchante, et donc, à mater au plus fort de sa faiblesse, c’est-à-dire, dès le berceau1. C’est ainsi qu’ont été justifiés les traitements les plus durs envers les enfants, y compris envers les bébés dont, à certaines époques pas si éloignées de la nôtre, on a même pu affirmer qu’ils n’étaient qu’un tube digestif et qu’ils ne ressentaient pas grand-chose. Si le degré de violence que l’on se permet vis-à-vis d’un être est inversement proportionnel à l’étendue de la perception que l'on a de sa douleur, il y a de quoi frissonner. Est-ce parce qu’ils ne ressentiraient rien qu’on laisserait pleurer les bébés ?

Neurologie et physiologie du désespoir

Nous sommes notre expérience du monde ; celle-ci s’imprime littéralement dans notre cerveau qu’elle modifie physiquement, façonnant et réorganisant les connexions et réseaux de neurones. Le cerveau d’un enfant qui subit des violences répétées est différent du cerveau de celui qui est traité avec égards. De ce fait, son comportement sera tout aussi différent.
Après des décennies de spéculations psychologique et psychanalytique, diverses disciplines scientifiques, dont les neurosciences soutenues par les technologies de l’imagerie par résonance magnétique (IRM) mais aussi la biochimie, l’endocrinologie ou l’épidémiologie, nous permettent d’observer, de mesurer, et parfois même, de voir sur écran, les effets, en termes de perturbations des constantes physiologiques, de modification de l’architecture neuronale mais également en termes comportementaux, des mauvais traitements. Et laisser pleurer un bébé en est un, au même titre que les châtiments corporels, avec des effets physiques tout aussi importants. Le docteur Nils Bergman, médecin et fervent défenseur de l'allaitement et de la méthode kangourou pour les nouveau-nés qu'ils soient à terme ou prématurés, parle des bras maternels comme de l’« habitat normal » des petits mammifères, dont le bébé humain fait partie. Les pleurs sont une « réponse de protestation » (en même temps qu’un réflexe de survie) à l’éloignement du corps maternel. Ils induisent une baisse de la température corporelle et du rythme cardiaque, une augmentation du risque d’hémorragie intraventriculaire et divers autres dysfonctionnements physiologiques. « La première violation, le pire des cas, pour tous les nouveau-nés, est la séparation d’avec sa mère, son habitat normal.2 »
D’après Margot Sunderland3, directrice d’éducation au Centre de psychiatrie infantile de Londres, laisser pleurer un bébé a des conséquences observables sur son cerveau en plein développement comme, par exemple, l’augmentation du taux de cortisol, connu comme l’hormone du stress, qui, si les pleurs durent trop longtemps, peut atteindre un seuil toxique au-delà duquel les structures et systèmes essentiels du cerveau peuvent être endommagés de manière définitive ; comme aussi l’activation de voies de transmission de la douleur qui sont les mêmes que celles d’une blessure physique. D’après d’autres chercheurs4, les bébés qu’on a laissés pleurer dans leur coin deviendraient des adultes stressés et anxieux, incapables de gérer le stress (autant dire de futurs consommateurs de tranquillisants et autres substances addictives), sujets à des pathologies telles les  crises d’épilepsie, une plus grande agressivité envers soi et autrui ou une plus grande fréquence de dépressions et de troubles de la mémoire.
On voit dès lors  comment les pratiques du maternage proximal5 qui, toutes, favorisent un contact physique prolongé — allaitement, portage, sommeil partagé — peuvent contribuer à préserver l’enfant d’expériences douloureuses et nocives et favoriser un développement physique et psychique optimal.

La bientraitance, un cercle vertueux

Mais ce n’est pas tout. Le maternage proximal ne se contente pas d’être une pratique satisfaisante dans l’instant ; son retentissement est profond. Il opère chez le parent une sorte de conditionnement positif à l’attention aux besoins de son enfant, attention qui pourra alors se prolonger au-delà des premières années qui sont traditionnellement considérées comme nécessitant des soins soutenus. Ainsi, il pourrait être un facteur préventif de la violence éducative ordinaire que subissent plus de 90 % des enfants dès qu’ils commencent à exprimer leur volonté (« forcément » contraire à celle des parents). Des recherches de plus en plus nombreuses montrent les effets positifs sur la santé physique et psychique des différentes pratiques du maternage proximal et mettent en évidence leur caractère préventif de la violence envers les enfants6. Nous pouvons prendre pour référence une étude7 sur le rapport entre allaitement et risque de maltraitance car l’allaitement est un comportement qui implique une grande proximité physique avec le bébé plusieurs heures par jour et emprunte, si le bébé est allaité à la demande (et donc le plus probablement, très fréquemment), au portage et au sommeil partagé nombre de leurs vertus. D’après cette étude prospective d’une durée de 14 ans sur 7695 mères, le risque de maltraitance des enfants par leur mère, et la gravité des sévices éventuels, sont d’autant plus faibles que l’allaitement a été long. Selon Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, «le climat hormonal de l’allaitement (prolactine et ocytocine) modifie les réponses physiologiques et psychologiques maternelles, ce qui peut abaisser le risque de maltraitance.8» Ces mécanismes biologiques peuvent expliquer ce que les parents adeptes du maternage proximal expérimentent régulièrement, à savoir la répercussion de ces effets sur d’éventuels aînés qui n’avaient pas bénéficié ou ne bénéficient plus, pour quelque raison que ce soit, d’une éducation tout à fait bientraitante, voire sur toute personne quel que soit son âge ! Allaiter, dormir ensemble, porter rendrait- il les parents plus «cools» ?

« Réinitialisation du système de fichiers »

Comme nous pouvons le conclure de ce qui précède, la violence que nous avons  reçue, nous la portons en nous. Et nous la restituons. La violence éducative ordinaire perpétrée par les adultes n’est la plupart du temps que la répétition neurologiquement programmée de la violence subie par les enfants qu’ils ont été. Un parent qui a été maltraité durant son enfance sera plus enclin à maltraiter son enfant à son tour, transmettant à toute sa descendance son héritage de violence, à moins que la chaîne ne soit rompue par une profonde remise en cause de son éducation9. On peut faire des années, des décennies de psychothérapie pour tenter de se libérer des effets d’une telle éducation et de guérir ses blessures d’enfant. Mais il existe des chemins de traverse, des raccourcis biochimiques, des ponts neuronaux ; ce sont les comportements du maternage proximal.
Toute éducation, qu’elle soit violente ou respectueuse, constitue un conditionnement qui implique des réflexes comportementaux. Une fois identifiés, ces automatismes n’en demeurent pas moins difficiles à enrayer. Même si on décide de traiter ses enfants avec bienveillance, des gestes, des mots involontaires peuvent nous échapper. Si le lecteur nous autorise la comparaison informatique, cette « bête » en nous est comme un programme qu’on ne parviendrait pas à désinstaller. On aurait alors besoin de l’équivalent d’un formatage, d’un redémarrage ou d’une restauration du système de fichiers pour se débarrasser de cette erreur de programmation. Et si la naissance d’un enfant pouvait fournir un tel équivalent ? Par la révolution psychologique, le remaniement neurologique qu’il induit, cela pourrait être une voie de guérison. L’arrivée d’un bébé est une période d’intenses apprentissages. Or l’apprentissage modifie physiquement le cerveau, produisant de nouveaux circuits neuronaux. De plus, la maternité est une période où le cerveau est particulièrement « plastique ». Les pères sont également concernés puisque leur climat hormonal peut être modifié, notamment si le contact physique avec le bébé est important, ce qui peut rendre son comportement plus maternel. Ne pourrait on alors saisir cette occasion pour se « reprogrammer » en adoptant des comportements bienveillants ? Dans une situation inédite, de perte de ses anciens repères, on peut se tracer de nouveaux schémas comportementaux.
Selon le philosophe René Girard, l’imitation est le mécanisme fondamental du comportement humain, ce qui produit l’ensemble des éléments de culture d’un groupe humain donné. L’imitation est également un mécanisme fondamental de l’apprentissage. On apprend à se comporter avec autrui en imitant les autres et en premier lieu, ses parents dont on reproduit facilement les principes éducatifs. C’est le mécanisme des neurones miroir qui est à la base du mimétisme comportemental. Les mêmes réseaux de neurones s’activent de la même façon, que l’individu fasse un mouvement ou qu’il regarde simplement une autre personne l’exécuter. Alors, bientraiter son enfant, c’est lui offrir la possibilité d’être à son tour bienveillant.
Mais empruntons au pédiatre Haïm Cohen les mots de notre conclusion : « La mémoire de la consolation sur-senbilisée par la répétition de ces réponses généreuses s’installe  grâce à la plasticité cérébrale. [...] L’enfant apprendrait ainsi, en les observant ou en en étant l’objet, les gestes humains de consolation, les comportements éthiques. Il saura s’en servir.10 »
Il pourra briser le cycle de la violence. ◆

 

1 Le débat sur la nature humaine est très ancien ; de nombreux philosophes ont réfléchi sur le sujet. En France, Rousseau est sans doute le défenseur le plus célèbre de la thèse de la bonté naturelle de l’homme et de sa perversion par la civilisation. Voir au sujet de la bonté foncière de la nature humaine Oui, la nature humaine est bonne ! d’Olivier Maurel, Éditions Robert Laffont (2009). /

2 « Le portage kangourou », 6e Journée internationale de l’allaitement, 18 mars 2005. /

3 Un Enfant heureux, Éditions Pearson (2006). /

4 Powell A., « Children need touching and attention, Harvard researchers say », The Harvard University Gazette, 9 avril 1998. Teicher M.H., « Wounds that won’t heal : the neurobiology of child abuse », in Cerebrum (Dana Press), vol. 2, n° 4, p. 50-67, Automne 2000. /

5 Nous employons ici « maternage » plutôt que « parentalité » non pas pour exclure les hommes de ces pratiques mais pour circonscrire notre propos à la période de la petite enfance, c’est-à-dire environ les trois premières années durant lesquelles les enfants sont encore très câlinés, choyés, dorlotés, en somme, maternés. Bien entendu, des pères aussi s’adonnent aux pratiques du maternage proximal, sauf peut-être à l’allaitement. /

6 Pour un tour d’horizon des différents atouts des pratiques du maternage proximal, assorti de nombreuses références, on consultera avec profit les petits livres de Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau publiés aux éditions Jouvence comme Partager le sommeil de son enfant (2005), Porter bébé (2006) ou Ne pleure plus bébé ! (2008). /

7 Strathearn L., « Is Breastfeeding Protective Against Child Abuse and Neglect ? The Biology of Nurturance Explored », 14th International Congress on Child Abuse and Neglect, Denver, 10 juillet 2002. /

8 Ne pleure plus bébé !, Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, Éditions Jouvence (2008). /

9 Voir à ce sujet les travaux d’Alice Miller. /

10 Tu ne laisseras point pleurer, Éditions Stock (2006).

D'où vient l'habitude de frapper les enfants et quels en sont les effets ?

Article d'Olivier Maurel extrait du numéro 45

 

Les origines de la violence éducative ordinaire (VEO) remontent loin dans le passé. Elle s’exprime dans des proverbes millénaires, dans les chants populaires les plus anciens, dans les premiers écrits de l’histoire de l’humanité. Son incidence est aussi vaste que son enracinement est profond. Quelles sont donc ces conséquences de la VEO et quels messages délivre-t-elle aux enfants ?

On bat les enfants depuis au moins 5000 ans, c’est-à-dire depuis l’époque de l’invention de l’écriture. Dans toutes les sociétés dotées de cette invention, des proverbes, venus probablement d’une longue tradition orale, recommandaient aux parents et aux maîtres de battre les enfants. Cela ne signifie pas que les enfants aient toujours été battus. En effet, nos cousins les grands singes, et un bon nombre de sociétés de chasseurs-cueilleurs ne battent ni ne punissent leurs enfants. Comme Homo sapiens a été chasseur-cueilleur pendant plus des neuf dixièmes des 200 000 ans de son existence, il est possible que les hommes n’aient commencé à frapper leurs enfants qu’à partir de la révolution néolithique, c’est-à-dire il y a 10 000 ans seulement. L’agriculture et l’élevage ont pu amener les pères à contraindre par la force leurs enfants à des tâches nouvelles comme la garde des troupeaux loin des parents. D’autre part, la sédentarisation et l’usage des céréales ont pu provoquer un rapprochement des naissances, des réactions de frustration chez les aînés sevrés trop tôt,  l’irritation des parents et donc le recours à des moyens violents. Une fois l’habitude prise de frapper les enfants, elle a pu se perpétuer par simple reproduction de ce que les adultes avaient subi enfants. Elle a pu ensuite être érigée en principe sous forme de proverbes.

« J’en suis pas mort ! » Peut-être, mais les effets nocifs sur les corps et les esprits sont prouvés

C’est sur la santé physique, la santé mentale et les comportements que la violence éducative a les effets les  mieux prouvés. Des études récentes1 nous apprennent que les coups et les insultes accroissent les risques de maladies aussi graves que le cancer, les troubles cardiaques et l’asthme à l’âge adulte. La maltraitance physique figure aussi parmi les causes de la migraine2. Des châtiments corporels légers comme la fessée peuvent augmenter les risques de troubles mentaux3. Une étude menée à l’Université du Wisconsin4 a montré que les enfants fessés quand ils avaient moins d’1 an étaient plus susceptibles d’être déprimés et anxieux à l’âge de 5 ans. On commence même à voir, grâce à l’IRM, les effets des traumatismes sur le cerveau. Ainsi, des abus émotionnels et la maltraitance réduisent l’épaisseur du cortex somatosensoriel chez les femmes dans les régions du cerveau associées à la conscience de soi et à la régulation  émotionnelle5 . La maltraitance laisse des  traces dans la substance blanche du cerveau. Les enfants chez qui on constate ces traces ont plus de risques de développer en grandissant des troubles psychiatriques6. L’équipe de recherche du professeur Alain Malafosse, du département de psychiatrie de l’Université de Genève a même démontré que la maltraitance infantile ou des circonstances de vie difficiles laissent des traces dans l’ADN du sang des victimes et peuvent entraîner le  développement de psychopathologies comme le trouble de la personnalité borderline7 sur trois générations.
Ainsi, frapper son enfant, c’est courir le risque non seulement de lui porter atteinte, mais aussi de porter atteinte à ses enfants et petits-enfants. Enfin, selon une étude menée à l’Université du New Hampshire en 20098, les fessées réduisent le quotient intellectuel des enfants.
Concernant les comportements, on sait aujourd’hui que les châtiments corporels légers comme la fessée peuvent provoquer des désordres du comportement et des risques d’addiction à l’alcool et aux drogues9. Les punitions corporelles accroissent les risques de suicide à l’âge adulte10. Elles augmentent aussi les risques de problèmes sexuels : masochisme, tendance à recourir à la coercition verbale ou physique pour exiger une relation sexuelle, tendance à s’engager dans des comportements à risque sans protection. Des enfants simplement fessés à l’âge de moins d’1 an sont plus susceptibles d’être agressifs à l’âge de 3 ans11. Les traces laissées par la maltraitance dans la substance blanche du cerveau sont associées à une vulnérabilité plus grande aux addictions et aux drogues12. Enfin, les traumatismes subis dans l’enfance provoquent des lésions du cortex orbitofrontal qui peuvent prédisposer à la violence13.

Frapper, c’est banaliser, normaliser la violence

C’est le stress induit par les coups qui semble produire la plupart de ces effets. Les hormones du stress, dont l’action normale, en cas d’agression, est de nous préparer à fuir ou à nous défendre, deviennent toxiques et attaquent le système digestif et les neurones de certaines parties du cerveau quand la fuite et la défense sont impossibles, ce qui est le cas de l’enfant frappé par ses parents. De plus, lorsque la situation de danger se répète, par exemple lorsque les coups deviennent une méthode d’éducation, c’est l’ensemble du système immunitaire qui est affaibli par l’action répétitive des hormones du stress. Ainsi, frapper les enfants, c’est dégrader leur santé et ouvrir la porte de leur corps aux maladies.
Il faut ajouter à cela deux autres conséquences. Le niveau de violence éducative subi fixe souvent pour la vie le seuil de tolérance à la violence. La majorité des Français qui ont reçu gifles et fessées trouvent normal de donner des gifles et des fessées à leurs enfants. Dans les pays où l’on frappe les enfants à coups de bâton, ce sont les coups de bâton qui paraissent normaux et éducatifs.
D’autre part, quand des parents donnent à un enfant l’habitude que les conflits avec lui se règlent par des coups, ils créent dans son esprit et dans son corps une liaison entre conflit et violence. Une distinction claire entre ces deux faits est pourtant essentielle. Se trouver en conflit avec d’autres personnes est normal ; nous avons des volontés, des idées, des désirs qui peuvent provoquer des confrontations individuelles ou collectives. Mais ce qui n’est pas normal c’est de régler les conflits par la violence. Or, c’est précisément ce que les enfants apprennent sous les coups : « Je ne suis pas d’accord avec toi : je te frappe » ou bien « Je ne suis pas d’accord avec lui mais pour éviter la violence, je me tais et je me soumets. » Un des plus beaux rôles des parents est précisément d’apprendre aux enfants qu’avec leur intelligence et leur conscience morale ils peuvent, tout en s’affirmant, trouver des réponses non violentes aux conflits. Et cet apprentissage peut commencer dès le plus jeune âge. ◆

1 Journal of Behavorial Medicine, septembre 2012.
2
Étude de l’American Headache Society, 2010. Loin d’être bénigne, la migraine est, chez les femmes, parmi les dix premières maladies ayant un impact sur le handicap et l’altération de la qualité de la vie, et la vingtième chez les hommes.
3
Revue Pediatrics, 2 juillet 2012.
4
Journal of Marriage and Family, Volume 74, Issue 5, pp. 1054-1068, octobre 2012.
5
Étude menée à l’Hôpital de la Charité de Berlin et à l’Université McGill à Montréal en 2013.
6
Étude menée à l’Université du Texas Southwestern Medical School de Dallas en 2004.
7
Il s’agit d’un trouble de la personnalité consistant en une extrême difficulté à contrôler ses émotions.
8
https://www.oveo.org/les-chatiments-corporels-reduisent-le-quotient-intellectuel/
9
Revue Pediatrics, 2 juillet 2012.
10
Revue Nature Neuroscience, 22 février 2009.
11
Université du Wisconsin, 2012.
12
Université du Texas, 2004.
13
École polytechnique fédérale de Lausanne, 2013.

LA NÉCESSITÉ DE S'ACCORDER DES PAUSES

Extrait du numéro 63 de mars/avril 2017


*extrait du numéro 63 : Voie haute, voie basse

On entend souvent des parents, notamment de jeunes enfants, déplorer le fait de ne jamais  pouvoir s'accorder de pause. Pris dans l'engrenage d'un quotidien sans temps mort réparti entre soins aux enfants, activité professionnelle et tâches ménagères, ils sont nombreux à   exprimer ce besoin et leur difficulté à le satisfaire. Certains arrivent néanmoins à s'organiser afin de se ménager des moments rien que pour eux; d'autres ont pris le parti de considérer les choses autrement et envisagent de prendre des pauses sans forcément en exclure les enfants.  

Parfois, comme pour Julie, « la pause s'impose .» En réponse à une perte de poids et de patience, elle a trouvé «_[s]a solution égoïste: deux semaines en Guadeloupe sans mari ni enfant! Mes parents, mes beaux-parents et mon mari ont participé à l'achat des billets d'avion», ajoute t- elle. « C'était mon cadeau de Noël. »
Sans partir aussi loin ni opter pour une solution aussi radicale, il est tout à fait possible de  prendre du temps pour soi. Une après-midi par-ci, une heure par-là, ou même, parfois, un quart d'heure, suffisent à souffler, à prendre le recul nécessaire et à recharger ses batteries. Pour Christelle, c'est « une bonne marche, seule, un bain avec des soins et une bougie, de la relaxation, une soirée bricolage ou entre copines, se trouver une belle tenue, pour être féminine… des choses pour moi uniquement! »
À cela on pourrait ajouter: un rendez-vous mensuel, tel un cercle de femmes, hebdomadaire, comme un footing, quotidien, sous la forme d'une séance de yoga, mais aussi plus ponctuel, comme un dîner en amoureux. Il existe autant de manières de faire des pauses que d'individus et de familles, car tout cela s'articule bien entendu autour des autres membres du foyer et est à adapter à chaque situation. Le tout est de parvenir à le faire régulièrement ou, à tout le moins, dès que le besoin s'en fait sentir, pour éviter d'accumuler fatigue et frustration qui risquent de mener au burn-out. Pour cela, il est nécessaire d'apprendre à s'écouter, mais aussi entendre son entourage, qui reconnaît parfois avant soi les premiers signes de lassitude extrême. « Quand je commence à m'énerver pour tout, et surtout pour rien, c'est que je suis dans le rouge. Donc je fais un  break. Ce sont mes proches aussi qui me disent stop », reconnaît Christelle.
Parfois, c'est aussi, simplement, l'humeur, l'envie du moment, les opportunités qui se présentent et/ou le temps dont on dispose qui donnent l'impulsion. Ainsi, Claire alterne ces « échappées salutaires et indispensables en ce qui [la] concerne entre tour du pâté de maisons, quelle que soit l'heure du jour ou de la nuit – si tant est qu'un autre adulte se trouve dans la maison pour veiller sur les enfants pendant [son] absence! – quand le besoin de prendre l'air se fait vraiment impérieux, déjeuner avec une copine de temps à autres et séance de massage. Sans oublier un bon bain, une séance de farniente devant un film ou le plaisir de plonger dans un livre. »
Pour d'autres, comme les parents solo, cela semble plus compliqué. Entourage proche, soutien et relais sont alors plus que jamais indispensables ainsi qu'en témoigne Amélie: « Le fait de prendre du temps pour moi est vital mais très difficile question organisation. Je fais garder [mon fils] quelques heures par mon frère parfois pour boire un verre avec mes amies ou simplement pour aller faire une course – cela peut paraître idiot mais ça fait partie de mes petites bouffées d'oxygène! Sinon c'est une fois qu'il est couché que parfois je prends un bain – s'il n'y a rien à faire au niveau des tâches ménagères – ou, simplement, je reste dans mon lit à errer sur Internet. C'est aussi agréable de ne penser à rien. Après un temps à moi, je suis  heureuse de le retrouver et me sens bien plus volontaire et patiente. »  

Une pause pour et avec les enfants

Parfois aussi, le besoin d'une pause se fait sentir lorsqu'on n'arrive pas (ou plus) à prendre le recul nécessaire à la gestion de la situation. L'accueil des émotions, la répondance aux besoins des uns et des autres (y compris les siens propres) en un flux quasi continu nécessitent en effet une énergie et des  ressources considérables qui, si elles sont heureusement renouvelables, demandent parfois un temps de production un peu plus long. Ainsi, Coralie, maman de quatre enfants, envisage la pause comme « nécessaire également en gardant les enfants dans l’équation. Quand je lis des livres d’éducation, j’ai le sentiment de faire une pause, parce que je m’arme pour la famille. J’apprends les compétences qui vont me permettre d’apporter plus d’harmonie à la maison. Ce n’est plus une pause pour autre chose, c’est une pause pour eux. Pas avec eux, mais pour eux. […] Pour moi, voilà la pause fondamentale. Celle qui nous aidera à poursuivre plus sereinement. Celle qui non seulement aidera à débloquer la situation, mais également à nous rendre plus fort en tant que parent. Parce qu’on aura pris le temps de choisir la bonne solution. Il y a souvent plusieurs façons de voir les choses. Et ce n’est pas sous le coup de la colère qu’on va les voir positivement… Alors, mon astuce, si je ne dois en garder qu’une, c’est de faire des pauses, seule ou en couple, qui sont en fait des “moments éducation”, des moments où l’on prend du recul, pour pouvoir décider plus sereinement du chemin à prendre. Et c’est souvent un cercle vertueux: plus on trouve le temps de faire ces pauses, moins il y a de stress à la maison, et moins on en a besoin! »

 Il y a enfin un troisième type de pause que j'aimerais évoquer ici: c'est celle que l'on prend pour soi bien sûr, pour sa famille aussi puisque, qui dit maman (ou papa) détendu(e) dit aussi ambiance plus sereine à la maison, mais également celle que l'on prend avec ses enfants. En effet, pourquoi devrions-nous systématiquement envisager la pause comme excluant nécessairement les enfants? N'y a-t-il pas des activités qui, partagées avec l'un ou plusieurs de ses enfants, permettent, au moins autant si ce n'est plus que ces échappées « rien que pour soi », de recharger ses batteries, de remplir son réservoir affectif, de se sentir plein d'un regain d'énergie d'autant plus salutaire qu'il est partagé? Il y a bien sûr tous ces petits moments dans une journée où l'on peut prendre le temps de se détendre l'un près de l'autre ou les uns près des autres: tétées, bain, massages, histoires, promenades, discussions. Parfois, un bain pris avec son enfant sera aussi, voire plus, détendant qu'un bain qu'on aura réussi à prendre seul! Mais on peut aussi penser aux nombreuses activités que l'on aura plaisir à faire avec ses enfants, comme les activités artistiques (musique, chant¹, danse,  peinture, etc.) ou sportives (sans s'inscrire dans un club, on peut déjà aller à la piscine, faire du vélo…), qui se prêtent particulièrement bien à ces moments d'échanges, loin de toute contrainte inhérente au quotidien, et où chacun peut s'épanouir à son rythme. Certaines de ces disciplines s'ouvrent désormais aux familles et l'on peut envisager, par exemple, de venir chanter, peindre ou danser avec son enfant. Ces initiatives sont encore assez peu nombreuses mais commencent néanmoins à se développer. Et puis, c'est en créant la demande que l'on a une chance de voir s'étoffer l'offre, alors, n'hésitons pas à demander, lorsque l'on trouve une activité qui nous motive en famille, si l'on peut venir pratiquer en tandem, voire plus! Enfin, lorsque nous sommes parents de plusieurs enfants, pensons aux moments privilégiés que nous pouvons passer avec l'un d'entre eux. De même que l'on se réserve parfois des moments en amoureux avec son conjoint, ne négligeons pas l'importance de ces moments à deux avec chacun de nos enfants. Finalement, n'est-ce pas la société qui nous encourage à passer du temps sans nos enfants, en ne favorisant ni les lieux ni les activités ouvertes à tous? Mais aussi le modèle de la famille nucléaire, voire mononucléaire, et l'absence  d'alloparents² qui nous font parfois ressentir si cruellement le besoin de faire une pause?

À nous de créer de nouveaux réseaux afin d'y trouver le soutien dont nous manquons, de développer de nouvelles activités susceptibles de réunir enfants et parents autour d'un même objectif: le plaisir de partager, d'être ensemble, tout simplement!

1_Voir notamment le dossier du n° 62 de Grandir Autrement consacré à la musique.

2_Voir les articles de Claude Didierjean-Jouveau à ce sujet, dont le dernier, paru dans le n° 62 de Grandir Autrement.


11e journée française de l'allergie

La Journée Française de l’Allergie est organisée à l’initiative de l’Association Asthme & Allergies, avec le soutien des laboratoires ALK, Stallergenes Greer et de la société Thermo Fisher Scientific et en partenariat avec l’Association Nationale de Formation Continue en Allergologie (ANAFORCAL), la Société Française d’Allergologie (SFA), le Syndicat National des Allergologues (SYFAL), l’Association Française pour la Prévention des Allergies (AFPRAL), le Réseau National de Surveillance Aérobiologique (RNSA), la Fédération Française d’Allergologie (FFAL), l’Association Française de Promotion de la Santé Scolaire et Universitaire (AFPSSU) et avec le parrainage de la WAO (World Allergy Organisation).

A l'occasion de cette 11e journée française de l'allergie retrouvez notre dossier extrait du numéro 39 et consacré aux allergies et intolérances en intégralité : 

Sans la musique la vie serait une erreur...

article extrait du numéro 62 de janvier/février 2017


 *extrait du numéro 62 : Les enfants et la musique

« Sans la musique, la vie serait une erreur, une besogne éreintante, un exil », écrivait en 1888 le philosophe allemand Friedrich Nietzsche dans Le Crépuscule des idoles. Il n’exprimait pas par cette formule un « simple » attachement personnel à la musique  Mais plutôt l’idée que, pour reprendre les termes d’Éric Blondel, « la musique ne  constitue pas un des agréments accessoires, utiles ou nécessaires de la vie, elle est, bien plus, le signe de la perfection de la vie, elle exprime la vie en soi, en tant que telle, dans sa perfection, dans son essence la plus intime1. »

Et il n’y a pas d’humanité sans musique.
Les premiers instruments de musique remontent au moins à 35 000 ans mais la pratique de la musique est sans doute beaucoup plus ancienne. Où que nous allions sur la planète, la musique est toujours présente. Les  époques, les communautés, les cultures, les civilisations, les valeurs, les sentiments, les idées, s’expriment par la musique qui est un langage universel. La musique nous enveloppe dès nos premiers mois de vie dans la matrice maternelle.
La musique a bien quelque chose d’essentiel qui définit notre humanité, qui exprime nos forces vives, notre  corps, nos émotions, notre amour de la vie, la vie tout simplement.

Images musicales de l’enfance

Quand je pense à mon enfance, j’entends de la musique. Chaque souvenir, ou presque, est accompagné d’un rythme ou d’une mélodie, ceux qui étaient effectivement joués lors de l’événement dont j’ai conservé la trace mentale, ou ceux qui « colorent », habillent d’une texture sonore, l’époque de ma vie dont l’événement mémorisé fait partie. Un peu comme si mes souvenirs étaient eux-mêmes traduits en musique. Mais, en fait, mon enfance a  réellement été emplie de musique. Mes parents n’étaient pas musiciens, même si mon père jouait du flûtiau quand, enfant, il gardait les moutons. En revanche, dès qu’ils le pouvaient, ils passaient un disque  vinyl ou une bande magnétique voire, mieux, ils faisaient venir des musiciens à la maison, souvent, notre jeune  voisin accordéoniste de talent. Quand je pense à mon enfance, je vois des lumières et j’entends les rires de mes parents et de leurs amis... et l’accordéon. Ma première émotion esthétique, je l’ai vécue en entendant une petite formation tsigane, essentiellement composée de cordes, que des amis de mes parents avaient fait venir pour fêter la naissance de leur petit-enfant ; j’avais à peine 10 ans et j’en ai pleuré de joie.

Depuis, la musique est devenue un des grands amours de ma vie. Elle n’était pas un simple ornement de mon existence ; elle en exprimait l’essence. Ma seconde émotion esthétique a été Maria Callas, à l’âge de 15 ans. Pour moi, rien n’est plus à même d’exprimer la force de la vie que l’opéra et c’est pour cette raison que j’ai fait mien cet aphorisme de Nietzsche, « Sans la musique, la vie serait une erreur… »

Tout un univers sonore...

J’ai certes un peu pratiqué le chant, le hautbois, le piano mais je ne suis pas devenue une grande musicienne. Cependant, il n’est pas nécessaire d’être musicien aguerri pour être mélomane. Les hommes de ma vie ont été, dans des styles différents, des amoureux de la musique aussi.
Comme moi, mes enfants ont grandi dans un environnement imprégné de musique. Celle-ci est très présente  dans notre quotidien, soit que nous l’écoutions, soit que nous la pratiquions (à un niveau modeste mais dans le bonheur du partage), soit que nous en parlions. Mais la transmission de mon amour pour la musique ne se fait pas de manière intentionnelle et dirigée, consciente et volontaire. Je n’ai pas de projet eu égard à la musique pour mes enfants. Je ne leur impose pas une « éducation » ou une pratique musicales. Je n’utilise pas de CD d’éveil musical.
Simplement, nous écoutons la musique qui nous plaît, celle que nous voulons découvrir. La transmission se fait par imprégnation, de façon quasi inconsciente. C’est tout un univers sonore dans lequel ils baignent depuis leurs premières perceptions. Je me contente d’être ce que je suis, et en étant ce que je suis, ipso facto, la musique est là. C’est un élément naturel, comme l’eau pour un poisson, c’est un fluide vital comme l’air pour les animaux terrestres, c’est une nourriture sensorielle et affective comme les caresses que l’on donne à un enfant. Nos enfants vivent la musique au quotidien, au cours des repas, durant les tâches ménagères, dans la voiture.
Nous avons notre musique de petit-déjeuner, notre musique d’automne, notre musique « pantoufle » (quand nous sommes épuisés et que nous voulons juste nous blottir dans un cocon musical rassurant), etc. Quand nous écoutons de la musique, nous pouvons le faire distraitement, en faisant autre chose. Certains mémorisent et comprennent mieux ce qu’ils lisent s’ils le font dans un environnement musical quand d’autres sont dérangés. Mais souvent, nous écoutons activement une œuvre que nous avons choisie à la médiathèque musicale ou   achetée. Il va sans dire que David Bowie ou Charles Aznavour ont autant d’intérêt pour nous que Bela Bartok ou Richard Wagner, le blues ou Steve Reich. Nous nous installons comme d’autres le feraient pour regarder un film, et nous sommes attentifs à ce que nous entendons, captivés par ce que nous écoutons comme nous le serions par les images du film. Nous en parlons aussi beaucoup, passionnément. Nous discutons de ce que nous avons ressenti à l’écoute de tel ou tel disque. Nous sommes dans une démarche active mais spontanée de découverte et d’apprentissage. Nous essayons d’analyser l’œuvre. Nous partageons des éléments historiques qui nous   permettent de mieux comprendre l’importance d’un musicien, d’un compositeur. Nous comparons plusieurs interprétations d’une même œuvre et élisons nos favoris… Quand nous la pratiquons, nous le faisons en famille. Nous chantons des chansons tous les soirs à nos plus petits avant le coucher, cela fait partie du rituel, après la lecture de quelques livres. Nous chantons dans la voiture, dans le train, dans des chorales et des ensembles vocaux. Une vie tout en musique…

Une vie sans musique

Au détour d’une discussion sur la musique, j’ai découvert le point de vue suivant : si les parents donnent une culture musicale à leurs enfants, c’est bien ; s’ils n’en donnent pas, c’est tout aussi bien. Une culture peut passer par la musique ou pas. L’éveil musical, c’est politiquement correct, mais ce n’est pas indispensable. La vie sans musique, ça existe, ce n’est ni mieux, ni moins bien. Cette considération m’a laissée profondément perplexe. D’un côté, je suis d’accord qu’il ne faut pas vouloir à tout prix « éveiller », « éduquer » son enfant à un genre de musique qu’on n’écoute pas soi-même. Toute éducation qui n’est pas « authentique », au sens de Jean-Pierre Lepri2, a quelque chose d’aliénant. En revanche, « la vie sans musique », je n’y crois pas un seul instant. On ne connaît pas de culture, de société sans musique, où la musique n’est pas présente d’une manière ou d’une autre, où elle n’a pas une fonction ou une autre, d’agrément, de cohésion sociale, d’expression artistique ou de valeurs. Qui ne connaît pas Michael Jackson ou Mozart ? Ce sont des pièces majeures de notre culture. La musique est parfois l’objet d’une intention éducative, d’une transmission volontaire et organisée. Mais la plupart du temps, elle est là, sans même que l’on en ait conscience. La musique est un fait social universel. Et chacun transmet forcément une certaine culture musicale, que ce soient des œuvres de musique dite savante ou des chansons populaires ou encore des berceuses. L’enfant est naturellement éveillé musicalement. C’est cette imprégnation culturelle qui constitue le premier éveil musical de l’enfant. La musique, c’est la vie, impossible d’y échapper ; à la télé, dans la publicité ou dans les films, dans la rue, les couloirs du métro, sous la douche ou en endormant son enfant. Pas seulement le concerto pour la main gauche de Maurice Ravel, mais aussi les chansons d’Édith Piaf, d’Oum Kalthoum ou de Beyoncé, la musique des Beatles ou de NTM, des airs dont on ne connaît ni le titre, ni l’interprète, entendus dans une publicité pour des pâtes alimentaires, lors d’une fête d’anniversaire, chez des amis, etc. Tout cela est de la musique. Il est triste que des gens puissent penser que, lorsqu’ils écoutent leurs disques ou leur station de radio préférés, ils ne transmettent rien à leurs enfants, ils ne les éveillent pas musicalement.

L’éveil musical n’est pas forcément un temps à part, dans un lieu à part, avec un « expert » qui transmet des  contenus à part de l’environnement naturel des enfants. Si l’on pouvait comprendre que la musique est une force vive qui exprime l’humanité de mille manières, on pourrait l’aborder d’une manière plus libre et l’on cesserait de penser qu’il y a une « bonne » musique réservée à une élite. La musique est pour tous, universelle et  intemporelle. ◆

1 https://leportique.revues.org/212

2 http://education-authentique.org/ et lire Éducation authentique, à paraître aux éditions Myriadis en février 2017.


La qualité EST la quantité

extrait du Hors série 10

*extrait du hors série 10 : Education bienveillante

« Ce n’est pas la quantité mais la qualité qui compte », dit-on souvent. Par exemple, « il vaut mieux un seul ami fidèle et présent qu’une ribambelle de copains qui  disparaissent quand on en a besoin ». Ou encore, en matière de présence du parent auprès de l’enfant, « ce n’est pas la quantité qui compte mais la qualité ». C’est  probablement vrai dans de nombreux cas mais du point de vue de l’enfant, cette différence entre qualité et quantité n’a pas de sens. Pour l’enfant, la qualité est la quantité. »

Il est assez habituel de distinguer la quantité et la qualité comme deux valeurs opposées. Le point de  vue selon lequel la qualité a plus de valeur que la quantité prend le contrepied d’un point de vue, qui peut sembler naturel, selon lequel « plus (de nourriture, d’argent, de jouets, de vêtements, etc.), c’est mieux ». En effet, les  humains ont, semble t-il de tout temps, « naturellement » cherché à amasser des richesses matérielles. L’abondance est signe de puissance et de maîtrise. Toutefois, les plus anciens sages dénoncent la vanité de l’accumulation des biens matériels, jugeant que la richesse rend malheureux. Comme remède à l’insatisfaction persistante de celui qui amoncelle désespérément les possessions, ils proposent de privilégier la qualité : savourer l’instant présent, s’émerveiller des « petits riens », jouer avec ses enfants, rire avec ses amis… Et ils n’ont sans doute pas tort. Mais on peut difficilement imaginer pouvoir vivre ces expériences de qualité sans prendre le temps de les laisser advenir. Cette distinction entre quantité et qualité n’a sans doute plus de sens quand il s’agit de choses qui nécessitent du temps.  

Des besoins biologiques intenses

Du Paléolithique moyen aux temps modernes, les mères ont toujours « travaillé ». Mais ce qui caractérise notre époque et nos sociétés dites occidentales, c’est ce que les mères font de leur progéniture quand elles partent travailler. Confier son enfant à d’autres personnes, de façon quasi systématique, huit heures par jour voire plus, cinq jours par semaine, est une situation inédite dans l’histoire de l’humanité. Aujourd’hui encore, dans certaines parties du monde, les femmes emmènent leurs enfants avec elles quand elles se rendent au « travail ». Si les femmes ont globalement salué la mise en place des structures de garde comme un outil de libération vis-à-vis de la « malédiction de leur condition biologique », beaucoup se sont retrouvées tiraillées par un sentiment de culpabilité face à une situation ressentie comme contrenature. Il ne s’agit pas là de la culpabilité induite par la culpabilisation souvent inconsciente d’une société encore profondément empreinte de l’idéologie patriarcale qui  assigne aux femmes une place bien étriquée auprès des enfants. Il s’agit bien plutôt du sentiment de déchirement viscéral que ressentent la majorité des mères qui déposent leur bébé tous les matins à la crèche ou chez  l’assistante maternelle ou leur bambin à l’école maternelle. Pour les enfants en revanche, les bébés notamment,  bien plus qu’un bouleversement psychologique, la séparation constitue un bouleversement biologique d’envergure. Confié en garde, le bébé n’est plus nourri de la même manière, il entre en contact pendant une  partie considérable de la journée avec un environnement bactérien non familier, à une période d’immaturité immunitaire, il n’est probablement pas porté et bercé autant qu’il le serait par ses parents, etc. En réalité, c’est également un bouleversement biologique pour les mères, notamment quand elles allaitent leur enfant ; les rythmes de production du lait changent, les séparations plus longues peuvent induire un retour de couches plus précoce, le climat hormonal se modifie signalant qu’une autre grossesse est possible (mais est-elle souhaitable  ?).

Les corps de la mère et du bébé forment un écosystème cohérent, ils ont besoin l’un de l’autre, pas seulement quelques heures par jour car quelques heures ne suffisent pas au maintien des rythmes biologiques de la dyade mère-enfant ; ils ont besoin de beaucoup de temps ensemble… Que serait un allaitement sans une bonne quantité de temps à offrir à son enfant et à son propre corps ? Allaiter, ce n’est pas seulement nourrir ; c’est une fonction biologique bien plus globale.

L’allaitement constitue une part importante du dispositif immunitaire de l’enfant, pas seulement parce que le lait  contient des anticorps, mais aussi parce que le contact physique qu’il induit favorise un climat biochimique qui  améliore l’immunité. Ce contact physique permet de réguler bien d’autres constantes biologiques de l’enfant, en plus de répondre adéquatement à son besoin vital d’affection. La plupart des bébés ont besoin de téter souvent les premières semaines pour stimuler la lactation de leur mère et leur propre croissance. Que signifierait une recommandation du type « mieux vaut des tétées de qualité que des tétées en quantité » ? Tout simplement la ruine de la lactation de la mère et la fin de l’allaitement… En réalité, ce qui vaut pour l’allaitement vaut en général quand on élève des enfants. Les neurosciences et, avant elles, la théorie de l’attachement nous aident à mieux comprendre le besoin intense et vital de relations affectueuses stables et assidues des enfants.  

Une distinction artificielle et absurde

Les corps savent sans doute tout cela, mais pas les intellects qui cherchent des justifications aux idéologies qui les dominent. C’est ainsi qu’est né le mythe de la qualité de présence parentale comme supérieure à sa quantité. Nous nous sommes convaincus qu’il valait mieux passer peu de temps avec nos enfants, mais un temps de qualité, que beaucoup de temps, ce qui pourrait même prétendument être source de tensions et de conflits. Il fallait bien rassurer les mères… Mais les bébés et les enfants ne sont pas dupes, eux. Et surtout, le manque de relations affectueuses s’inscrit dans leur corps et dans leur psyché ; leur développement physique et psychique est étroitement corrélé à la quantité de soins reçus. De leur point de vue, la qualité de présence, c’est la quantité   de présence, précisément, ce qu’on pourrait appeler la disponibilité.

C’est dans la disponibilité que la qualité peut se développer. Comme l’affirme la journaliste Anne Sinclair 1, « il ne peut pas y avoir de qualité s’il n’y a pas quantité. Vous n’êtes pas immédiatement [et j’ajouterais, entièrement] disponible cinq minutes par jour ; c’est si vous êtes disponible pendant une heure que vous aurez cinq minutes de vraie qualité. » Les enfants n’ont bien sûr pas toujours besoin d’une disponibilité active ; ils ont juste besoin que leurs parents soient « à disposition » et ils ont besoin de temps pour exprimer à leurs parents qui ils sont. Ce  n’est pas en levant la tête vers le ciel nocturne cinq minutes dans une position inconfortable qu’on pourra apercevoir une étoile filante ; mais si on s’allonge confortablement et longuement sous la voûte céleste, on en apercevra plusieurs et nos yeux, peu à peu accoutumés à l’obscurité, commenceraient à distinguer des étoiles qu’ils n’auraient jamais pu appréhender en quelques instants furtifs d’observation.

De la même manière, on ne peut pas connaître ses enfants, et donc répondre adéquatement à leurs besoins, si on ne prend pas le temps de les admirer. Nous sommes malheureusement conditionnés à accepter un état de restriction quasi permanent, ce dès la naissance, dans un état de manque de relations humaines chaleureuses chronique. Or le bonheur et la plénitude sont irréalisables sans abondance de câlins, de mots d’amour, de présence, de disponibilité. Comment avons-nous pu nous laisser convaincre du contraire ? ◆

1 Télé Obs, 29 avril 1994

CHANGER L'IMAGE DES MATHÉMATIQUES

Entretien avec Mickaël Launay



Si vous n'avez pas encore vu une vidéo de la chaîne Youtube Micmaths¹, nous vous  encourageons vivement à découvrir les mathématiques selon Mickaël Launay avec, par exemple, « La face cachée des tables de multiplication » ou la série des vidéos sur la quatrième dimension.
Mickaël Launay n'a pas son pareil pour clarifier des problèmes mathématiques complexes ou pour présenter sous un jour inédit et surprenant des concepts dont on croyait avoir fait le tour ; et cela, toujours dans un esprit ludique.
Ce talent naturel et un enthousiasme communicatif ont fait le succès de ses vidéos et, d'une manière générale, de son activité de médiation scientifique dont le but n'est rien  moins que changer l'image que l'on se fait habituellement des mathématiques comme une « matière » fastidieuse et abhorrée. Le chercheur en neurosciences Idriss Aberkane² qualifie ses vidéos de « gastronomie trois étoiles » de l'enseignement des mathématiques.
Dans le cadre de notre dossier, nous ne pouvions pas ne pas  questionner le vulgarisateur de génie qu'est Mickael Launay sur son expérience, aussi exigeante que créative et divertissante, de diffusion grand public de la culture  mathématique.

Grandir Autrement : À l'école, les mathématiques semblent fortement liées au langage et à l'explicitation.  On m'a rapporté une affirmation d'un professeur de mathématiques de secondaire : « Les maths, c'est du français   ! Si vous voulez être bons en maths, soyez bons en français ! » La formule est sans doute  caricaturale mais on ne peut nier cette dimension verbale et écrite des mathématiques. Est-ce cela qui  bloque les enfants à l'école ? Sinon, quels sont, selon vous, les principaux blocages des enfants (et de leurs parents !) pour appréhender les mathématiques ?

Mickaël Launay  : Je ne suis qu'à moitié d'accord sur le parallèle entre les maths et le français. S'il y a sans  doute des points communs, il y a aussi des points de divergence assez forts entre les deux disciplines. En tant que science, les mathématiques ont une objectivité que le français n'a pas. Pourquoi le mot « hibou » prend-il un « x » au pluriel ? Il n'y a pas spécialement de raisons logiques à invoquer, ce n'est qu'une convention qui aurait pu être différente. Si on demande en revanche pourquoi il n'est pas possible de diviser un nombre par 0, cette fois, il y a des raisons objectives, il est possible de l'expliquer et de le comprendre. Il existe de nombreuses langues différentes et un même mot ne va pas s'écrire de la même manière d'un pays à l'autre alors que 2+2 sera toujours égal à 4 où que vous vous trouviez sur la planète. Au fil de l'histoire, les mathématiciens ont inventé un langage et une écriture spécifiques pour les mathématiques (avec des symboles comme +, x, ω, etc.), mais il ne  faut pas confondre contenu et contenant. Faire des mathématiques, c'est avant tout comprendre des concepts, jongler avec des idées. À peu près à tous les niveaux du système scolaire, on trouve des enfants qui apprennent les règles mathématiques comme des règles de français, et à mon avis, c'est très dommageable. Je me souviens avoir rencontré un prof de maths qui pour faire une blague à ses élèves (des 6è si je me souviens bien) leur avait annoncé au début d'un cours que suite à une réforme des programmes, l'aire du triangle était désormais égale à (base x hauteur)/3 (et non plus (base x hauteur)/2 !). Quelques élèves avaient timidement exprimé une certaine incompréhension, mais beaucoup d'autres ont noté la nouvelle formule sans en être particulièrement émus. C'est assez édifiant de voir que, pour ces élèves, les mathématiques peuvent être réformées comme on réforme l'orthographe. En maths, il est avant tout important de comprendre le sens de ce que l'on fait et, malheureusement, non seulement ce sens échappe à de nombreux élèves, mais, en plus, certains ne semblent même pas réaliser que les maths peuvent avoir un sens. 


•De toute façon, les mathématiques écrites ne sont que la face émergée de l'iceberg. Avant la  formalisation et l'explicitation écrite du raisonnement, il y a l'intuition, la réflexion, la conception d'hypothèses que l'on teste et qui peuvent être des fausses pistes, les rectifications, les approximations, les errements, les erreurs, qui font des mathématiques une activité vivante. Il n'est pas évident qu'on apprenne aux enfants à réfléchir vraiment (ni qu'on les autorise à avoir la « bonne réponse » sans utiliser la méthode apprise en classe !). On semble leur demander au contraire d'appliquer des procédures  mécaniques (algorithmes, méthodes).

Oui, ce qui est important en maths (et en science en général), c'est avant tout la démarche. Comment, en partant des données, on formule des hypothèses, on les teste, on les affie, on se trompe, on reformule, puis on démontre rigoureusement pour obtenir un résultat de la fiabilité duquel on est certain. Je crois que ceci est plus important que le contenu même de ce que l'on apprend. Parce que, franchement, une grosse partie de ce que l'on apprend au collège et au lycée est d'une parfaite inutilité dans la vie de tous les jours et dans la plupart des métiers.
L'important, ce n'est pas de savoir résoudre tel ou tel type d'équation, mais de comprendre la méthode et d'apprendre à réfléchir. 

•De nos jours, on commence à enseigner les mathématiques de plus en plus tôt, en maternelle même. D'un enfant qui apprend à comparer deux quantités, on dit qu'il fait des maths. Et pour dédramatiser une situation de blocage mathématique, souvent, on explique à un enfant (et à ses parents) qu'une situation typique du quotidien comme effectuer des partages équitables de tarte, c'est en fait des maths. Or partager une tarte en trois, c'est juste partager une tarte en trois. Est-ce vraiment une « bonne » façon d'expliquer ce que sont les maths ? Et si vous deviez expliquer à un enfant de, mettons, 7 ou 10 ans ce que sont les maths, comment vous y prendriez-vous ?

Les maths sont la science des objets abstraits. Et ça, il est possible de l'expliquer très tôt aux enfants. Il ne faut pas confondre le nombre 3 avec trois pommes ou trois crayons, le nombre 3 n'existe pas dans la réalité physique. Les enfants adorent ça.! Ils ont beaucoup d'imagination et c'est quelque chose de très jubilatoire pour eux de manipuler des concepts qui n'existent que dans leur tête, un peu comme des personnages de contes. Cela ne veut pas dire qu'il ne faut pas de matériel. Les objets sont très utiles pour fixer sa pensée : on peut représenter le nombre 3 avec des pommes comme on peut représenter un château fort avec une boîte en carton. De même en géométrie quand on leur explique qu'une droite n'a pas d'épaisseur et se prolonge à l'infini. Quand on trace «.une droite.» à la règle, ce n'est qu'une approximation d'une idéalité qui, encore une fois, n'existe que dans nos cerveaux.
Dans le fond, l'abstraction fait plus peur aux adultes qu'aux enfants. J'aime bien faire le parallèle avec  l'apprentissage des langues étrangères. À peu près tout le monde est d'accord pour dire que plus un enfant apprend une langue jeune, plus il apprend vite et efficacement. Pour les maths, en revanche, si on constate que des enfants de 10 ans ont des difficultés avec une notion, on a tendance à dire «.ils sont trop jeunes, il faudrait apprendre ça un peu plus tard.». Je pense que c'est une erreur. Bien souvent, les concepts mathématiques gagneraient à être appris plus tôt. 

•Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire de la médiation en mathématiques et surtout  de proposer vos formidables vidéos ?

Quand j'étais au lycée, un prof de maths organisait tous les lundis un club de jeux mathématiques. Je suis tombé dedans à cette époque et je n'en suis plus sorti. Cela fait maintenant plus de quinze ans que je fais de la  médiation. Au début, ce n'était que sur mon temps libre et puis, quand j'ai eu fini mes études, j'ai décidé d'en faire mon métier. Quand j'ai commencé mes vidéos en 2013, je ne me doutais pas de l'ampleur que ça allait prendre, ce n'était qu'une façon de diffuser la culture mathématique parmi tant d'autres. Les thèmes que je propose dans les vidéos, je les ai souvent testés avant face à un « vrai » public. Ça me permet de me rôder et de mieux appréhender la façon dont les gens qui vont me voir sur Internet vont recevoir ce que je dis. 

•Aujourd'hui, animez-vous des ateliers auprès d'enfants ? Si oui, quels âges et que proposez-vous en général               ?

J'aime beaucoup varier les âges et les types d'atelier. J'en fais de la maternelle jusqu'au lycée et dans différents contextes. Certains sont en classe, avec les profs, d'autres sont des ateliers périscolaires. Ce que j'aime  particulièrement quand je vais devant une classe, c'est ne rien préparer et improviser en fonction des questions des jeunes. Au début, ils sont souvent un peu timides et puis assez rapidement, ça se met à fuser. C'est très rassurant finalement, les enfants et les ados ont une curiosité naturelle. Ils ont envie d'apprendre des choses, mais c'est évidemment bien plus efficace quand cela vient d'eux. 

•Les « maths ludiques », est-ce que c'est «sérieux  » (pourrait demander un parent dubitatif)  ?

Et si ça ne l'était pas, est-ce que ce serait grave.? C'est une idée qui est assez insidieusement cachée dans notre culture que les choses doivent être sérieuses, graves, voire sinistres pour avoir de la valeur. Et surtout, qu'il faut souffrir en travaillant, sinon il n'y a pas de mérite ! Le jeu est un mode d'apprentissage très naturel et très efficace. D'ailleurs la majorité des mathématiciens pratiquent leur discipline comme un jeu. Je crois que beaucoup de grands savants n'étaient pas des gens sérieux. 

•Si vous étiez professeur de maths en collège, comment expliqueriez-vous ce qu'est le calcul littéral aux élèves (premier grand moment de perplexité pour les enfants dans leur « carrière » d'élève)? Et au lycée, la notion de fonction (second moment de perplexité) ?

Le calcul littéral n'est né qu'à la Renaissance avec le mathématicien français François Viète. Auparavant, les  maths étaient écrites dans le langage courant, c'est ce que l'on appelle l'algèbre rhétorique. À cette époque, une équation pouvait ressembler à ça.: «.À mon nombre, j'ai ajouté trois et j'ai trouvé sept. Combien vaut mon  nombre ?». Je pense qu'il est utile avec les enfants de commencer à poser les équations de cette manière. Et puis peu à peu, on va pouvoir abréger ces notations. Souvent, l'idée d'abréger va même venir des enfants eux-mêmes. Parce que c'est vraiment pénible d'écrire à chaque fois une phrase entière par équation. Alors, peu à peu, on va commencer à écrire « Le nombre  cherché plus 3 égale 7 », et puis « Nombre + 3 = 7 », et puis « Nb +  3 = 7 », et puis « x+3=7 ». Il ne faut pas que ça se fasse trop vite. Il peut y avoir plusieurs semaines, voire  plusieurs mois entre chacune de ces étapes. De cette façon, les abréviations du calcul littéral sont vécues comme un soulagement par les enfants et sont adoptées très naturellement. Pour les fonctions, comme je le disais auparavant, cela fait à mon avis partie des notions qui gagneraient à être abordées beaucoup plus tôt. Dès 6/7 ans, il est possible d'en parler. Il y a un jeu que j'aime beaucoup : un enfant pense à une fonction. Les autres doivent deviner la fonction en lui posant des questions du type «.Que donne ta fonction si on lui donne un 7 ? » Réponse.: « Elle donne un 8 ». « Et si on lui donne un 3 ? » Réponse.: « Elle donne un 4 », etc. Les enfants finissent par deviner que cette fonction fait « plus 1 », puis un autre enfant imagine une autre fonction et la fait deviner à son tour. Ce jeu permet aux enfants de manipuler les nombres qu'ils sont en train de découvrir et cela fait travailler leur imagination, car ils cherchent à inventer des fonctions toujours plus originales. Et bien souvent, ils nous surprennent ! Je me souviens d'un enfant (en CM1 si je me rappelle bien) qui avait pensé à la fonction qui renverse les nombres : 6 devient 9, 8 reste 8... Il avait été bien embêté quand un camarade lui avait demandé ce que donnait la fonction pour 3. Ça a été l'occasion de dire que les fonctions peuvent avoir un « domaine de définition » et ne marchent pas forcément pour tous les nombres. Ce jeu peut les accompagner sur plusieurs années à mesure qu'ils découvrent de nouveaux nombres et de nouvelles opérations.
Cela peut même rattraper le calcul littéral. Un enfant pense à la fonction qui fait « plus 1 » puis « multiplié par 2 »  et un autre prétend avoir deviné qu'il s'agit de la fonction qui fait « multiplié par 2 » puis « plus 2 ». On se rend compte que ces deux fonctions ont l'air de toujours donner le même résultat, alors on essaye de l'expliquer et on finit par trouver l'identité 2(x+1) = 2x+2 qui est vraie pour tout nombre x. Alors on se met d'accord sur le fait qu'il s'agit bien de la même fonction et que la réponse est bonne.

1 https://www.youtube.com/micmaths
2 Voir l'article « Déguster des mathématiques – Entretien avec Idriss Aberkane » p. 21-22-23.

Extrait du numéro 61 de novembre/décembre 2016

Le syndrome de KISS



Dans mon livre sur les pleurs des bébés1, j’écris à un moment que face à un bébé dont on  j’arrive pas à apaiser les pleurs, « plutôt que de dire comme certains que c’est sans doute que le bébé a “besoin de pleurer”, il serait alors plus juste de se dire – et de dire au bébé – qu’on n’a pas trouvé pourquoi il pleure, qu’on est vraiment désolé pour lui et qu’on espère qu’il va aller mieux bientôt…»

Selon moi, un bébé qui pleure est un bébé qui exprime un besoin (faim, froid, chaud, besoin d’affection, etc.) ou qui ne va pas bien, pour une raison ou pour une autre. Ses pleurs sont un appel à l’aide : s’il vous plaît, faites en sorte que la cause de ma souffrance, de mon mal-être, disparaisse ! Et combien de fois cet appel à l’aide ne rencontre pas de réponse ? Si ce n’est «ça va passer», «les bébés pleurent, c’est normal», «il a besoin de décharger»…
Combien de bébés ont pleuré des jours avant qu’on s’aperçoive qu’ils souffraient d’une otite ? Combien ont souffert pendant des mois de reflux gastro-œsophagien (RGO) non diagnostiqué (allant parfois jusqu’à la terrible œsophagite)?
Tout récemment, j’ai découvert un syndrome encore trop peu connu et qui peut engendrer des souffrances jusqu’à l’âge adulte : le syndrome de KISS2.

De quoi s’agit-il ?

Le syndrome de KISS est causé par « un blocage de la jonction crânienne, entraînant des tensions en permanence dans le corps qui peuvent se traduire par des perturbations de la symétrie (un oeil plus petit  ou plus enfoncé que l'autre, une mâchoire plus proéminente que l'autre, corps en inclinaison, en forme de C, tête penchée, hyper-extension de la tête...) et des difficultés d’ordre nerveux et/ou digestif 3.»
Parmi les symptômes possibles, on trouve : tête bloquée d’un côté, corps en forme de virgule, pleurs fréquents, bébé aux besoins intenses (ou à l’inverse, bébé très/trop « tranquille ») et, conséquence de tout cela, parents épuisés, démunis, perdus, incompris, en burn-out, au bord de la crise de nerfs.
D’après Heiner Biedermann, le médecin allemand qui a identifié le syndrome, cela pourrait concerner jusqu’à 5 % des nouveau-nés.

Bébés aux besoins intenses    ?

Personnellement, le concept de « bébé aux besoins intenses » (BABI) m’a toujours un peu gênée. N’est-ce pas souvent une façon de coller une étiquette sur le bébé en cachant le fait qu’on ne sait pas vraiment pourquoi il est ainsi, si demandeur, pleurant beaucoup quoi qu’on fasse ?
Un certain nombre de ces « BABI » ne seraient-ils pas en fait des bébés KISS ?
En tout cas, Nela témoigne en ce sens4 : « Très tôt, on m'a parlé de bébé aux besoins intenses. L'écharpe à laquelle je tenais tant n'a servi que peu de fois, j'ai dû ruser et saucissonner mon  fils dans un mei-tai si je voulais le porter, mais il s'arquait toujours en arrière et la tête penchée du même côté. J'ai songé à un RGO, aux coliques, aux allergies... Mais aucune des pistes envisagées ne correspondaient à mon bébé. [Grâce au traitement, certains] symptômes disparaissaient, et je me disais que j'avais un BABI qui dormait peu et était très tendu. Après tout, d'autres mamans décrivent leur bébé comme cela... C'est  après un burn-out causé principalement par presque deux ans de nuits inexistantes qu'on m'a parlé du syndrome de KISS. »

Attention quand même à ne pas, tout d’un coup, « voir des KISS partout » ! Il s’agit d’un syndrome bien précis, à faire diagnostiquer – et éventuellement traiter – par des praticiens expérimentés. Mais quand c’est bien le cas, le soulagement (pour les parents comme pour l’enfant) est au bout du chemin. Non, l’enfant ne pleurait pas « parce qu’il avait besoin de décharger » !

1 Ne pleure plus bébé !, Éditions Jouvence (2008). /
2 KISS est une acronyme pour « Kopfgelenk induzierte Symmetrie Störungen » qui signifie « Perturbations de la symétrie induites par les articulations de la jonction crânio-cervicale ». /
3
Voir l’article sur le site de La Leche League : http://www.lllfrance.org/vous-informer/votre-allaitement/situations-particulieres/1828-une-cause-de-souffrances-meconnue-le-syndrome-de-kiss /
4
Ibid.


Grandir Autrement fête la semaine mondiale de l'allaitement maternel

-->Extrait du numéro 57 de mars-avril 2007 : Allaiter enceinte : une aventure pleine d'imprévus

--> Extrait du numéro 55 de novembre-décembre 2015 : Allaitement : quand tout ne coule pas de source

-->Extrait du numéro 60 de septembre-octobre 2016 : Breastsleeping : Le sommeil des bébés allaités

->Extrait du numéro 56 de janvier/février 2016 : L'allaitement passés deux ans, une expérience contrastée

->Dossier du numéro 38 de janvier/février 2013 : Concilier maternité et travail 

->Extrait du Hors série 8 de décembre 2014 : Faut-il se préparer à allaiter ?

->Extrait du numéro 51 de mars/avril 2015 : A tâtons : L'allaitement a petits pas

->Extrait du numéro 44 de janvier/février 2014 : Allaitement et santé des femmes : le bébé est bon pour le sein !

->Extrait du Hors série 8 de décembre 2014 : Les dix conditions de l'OMS pour le succès de l'allaitement maternel

->Extrait du numéro 46 de mai/juin 2014 : L'impact écologique de l'allaitement

->Extrait du numéro 53 de mars/avril 2015 : L’allaitement quand il dure

->Extrait du numéro 43 de novembre/décembre 2013 : Allaitement au long cours et sevrage naturel

->Extrait du numéro 48 de septembre/octobre 2014 : Pour en finir avec le concept de sevrage

->Extrait du numéro 41 de juillet/août 2013 : Allaiter des jumeaux, ça peut être simple

->Extrait du numéro 38 de janvier/février 2013 : De la succion intra-utérine à l'allaitement : un continuum?

->Extrait du numéro 48 de septembre/octobre 2014 : Allaiter en public, un comportement obscène ?

->Extrait du numéro 41 de juillet/août 2013 :Le partage du sein


Allaiter enceinte : une aventure pleine d'imprévus

extrait du numéro 57 de mars-avril 2007

Que celle-ci ait été programmée ou non, il arrive qu’une nouvelle grossesse s’annonce chez une mère qui allaite encore. Si certains enfants se sèvrent alors assez rapidement, notamment à cause du changement de goût du lait ou d’une baisse de la lactation, d’autres continuent à téter plus longtemps, voire tout au long de la grossesse et même au-delà1. Comment poursuivre alors au mieux l’allaitement durant cette période ?

Avant d’aborder les aspects pratiques, passons en revue les craintes le plus souvent exprimées au sujet de l’allaitement pendant la grossesse. L’allaitement risque-t-il de priver le fœtus de nutriments  indispensables à son bon développement ? La réponse est non, à condition, bien sûr, que sa mère veille à avoir une alimentation variée et équilibrée et qu’elle se repose suffisamment2. Conditions valables  également pour écarter une autre crainte fréquemment évoquée, concernant la mère cette fois : allaiter enceinte ne risque-il pas de fatiguer celle-ci plus que de raison ? Là encore, le bon sens semble nous apporter une réponse évidente. Ainsi, Julie G., dont la fille de 2 ans et demi tétait encore beaucoup lorsqu’elle est tombée enceinte, explique avoir « décidé de supprimer la tétée de 2 heures du matin, par peur de la fatigue. Cela a été dur les trois premiers jours, mais ma fille a accepté et, en un mois, elle a arrêté spontanément aussi la tétée de 5 heures. Comme j’ai effectivement été très fatiguée, j’ai pris avec plaisir ce surcroît de sommeil ! » La fatigue peut aussi se faire sentir lorsque le bambin devient soudain plus demandeur, ainsi qu’en témoigne Marie, dont la fille avait 17 mois lorsqu’elle a découvert qu’elle était enceinte : « Le premier trimestre, j’étais épuisée. Par la grossesse, bien sûr, mais aussi par le fait que ma fille ne voulait que moi tout le temps et me sollicitait beaucoup. »

Une question qui revient souvent également est de savoir si la poursuite de l’allaitement peut augmenter le risque de fausse couche en raison des effets de la stimulation des mamelons sur l’utérus. Là encore, la réponse est non, dans le cas d’une grossesse normale en tout cas. Les contractions éventuellement induites par la stimulation des mamelons ne risquent pas de provoquer l’accouchement, du moins pas avant le terme, moment à partir duquel le corps lève les garde-fous mis en place jusque-là pour bloquer les effets produits par cette stimulation3.

Enfin, une autre idée répandue, qui concerne cette fois l’enfant allaité, est que le lait deviendrait « mauvais » pour lui pendant la grossesse. Bien sûr, il n’en est rien. Le lait maternel demeure une excellente source de protéines, graisses, calcium et vitamines pour l’enfant, d’autant que celui-ci est généralement déjà passé à une alimentation solide et diversifiée qui lui apporte aussi les nutriments dont il a besoin. En outre, le lait maternel permet à l’enfant de continuer à bénéficier de ses facteurs immunologiques, sans compter,  évidemment, les bienfaits psychologiques de l’allaitement (réponse au besoin de succion, réconfort, plaisir) dont on ne saurait minimiser les effets sur le bambin au cours de la grossesse.

Des motifs pouvant aboutir à un sevrage non programmé
Une fois écartées les fausses raisons de précipiter le sevrage, voyons comment les choses se déroulent (le plus souvent) concrètement pour les mères qui décident de poursuivre l’allaitement pendant leur grossesse.
Tout d’abord, il faut avoir en tête que, même lorsqu’on est fermement décidée à continuer à allaiter, certaines sensations ou certaines réalités, bien indépendantes de notre volonté, peuvent induire un sevrage. Mieux vaut donc être préparée à cette éventualité, autant qu’à celle de poursuivre l’allaitement jusqu’au bout !
Une étude réalisée auprès de 503 mères qui se sont retrouvées enceintes alors qu’elles allaitaient toujours a révélé que 66 % d’entre elles ont sevré leur enfant en cours de grossesse4. Les raisons le plus souvent invoquées sont le changement de goût du lait, une baisse de la lactation, une sensibilité accrue des mamelons pouvant aller jusqu’à une douleur intolérable et un changement d’humeur chez la mère provoquant malaise et irritation au moment des tétées et pouvant même s’accompagner d’un sentiment de rejet vis-à-vis de l’enfant.
Néanmoins, il est important de noter que, dans cette étude, 44 % des enfants avaient 2 ans ou plus au moment où a débuté la grossesse. Par conséquent, il est probable que, même en l’absence de grossesse, beaucoup se seraient spontanément sevrés au cours de la même période.

Lorsque le lait change
Le changement de goût du lait survient souvent très tôt, parfois même avant que la mère n’ait connaissance de sa grossesse, ainsi qu’en témoigne Marie : « J’ai la certitude que ma fille a su avant moi que j’étais enceinte (changement de goût du lait ?) car son attitude a brusquement changé à ce moment-là. » Ou encore Anne-Sophie : « Tout d’abord, mon petit garçon a dû s’habituer au nouveau goût du lait. Il continua néanmoins à téter tout en disant “pas bon lait”. » Mais tous les enfants ne semblent pas dérangés par ce changement. « J’ai demandé à mon fils si le goût du lait avait changé, il m’a répondu que non et il n’a jamais montré de signes allant dans ce sens. Il est toujours aussi fan de ses “nénés” ! », confie Stéphanie.
La baisse de lactation, généralement observée au cours du second trimestre de la grossesse, ne décourage pas davantage les bambins encore très accros aux tétées. Nombreuses sont les mamans qui font alors l’expérience des tétées « à vide ». Celles-ci peuvent néanmoins se révéler douloureuses et aboutir à un sevrage, ou au moins à un espacement des tétées, ainsi qu’en témoigne Nathalie : « Ma lactation a commencé à baisser, même si ma fille disait qu’il y avait toujours autant de lait, elle augmentait peu à peu la part des solides dans son alimentation. Les tétées devenant désagréables pour moi, nous avons d’un commun accord conservé une tétée câlin le soir avant qu’elle aille se coucher. »

Des sensations difficiles à appréhender
Il arrive que l’allaitement, en cours de grossesse, s’accompagne de sensations désagréables : une sensibilité accrue des mamelons, qui va parfois grandissant, jusqu’à devenir insupportable ou un changement d’humeur se traduisant par une certaine irritation à l’encontre de l’enfant qui tète. Certaines mères décident de « tenir bon » et de continuer malgré tout, même si cela leur coûte. Pour d’autres, c’est le signal qu’il est temps d’initier un sevrage. Elles cherchent alors les moyens de le faire en douceur.
Nathalie raconte : « J’ai fait l’effort de continuer le plus longtemps possible mais, certains soirs, un  sentiment de rejet commençait à se faire sentir, la tétée m’agaçait. J’ai demandé à ma fille d’arrêter de téter en lui expliquant que cela commençait à me faire mal, que ce n’était pas de sa faute mais que, pour continuer à téter, il fallait que ce soit agréable pour nous deux. Elle a pleuré mais n’a pas demandé à téter les jours suivants. Elle disait qu’elle pourrait téter quand sa sœur serait là mais elle a finalement été peu demandeuse après la naissance. Je regrette d’avoir été obligée de lui demander d’arrêter, mais continuer à allaiter avec ce sentiment de rejet et ces sensations désagréables n’était plus possible pour moi. J’ai  préféré qu’on arrête là et qu’on ne garde que de bons souvenirs. »
Céline s’est sentie apaisée, et il lui a semblé que sa fille aussi vivait les choses plus sereinement, lorsqu’elle a été au clair avec sa décision d’arrêter l’allaitement : « J’étais beaucoup plus à l’écoute de ses émotions lorsqu’elle me demandait le sein, et plus calme pour lui expliquer que non, c’était fini parce que ça me faisait trop mal et qu’il n’y avait plus de lait. Elle a bien sûr redemandé quelques fois, mais pas tant que ça, et sans se mettre dans des colères noires comme avant. »

Des revirements inattendus
Il arrive aussi qu’un allaitement suspendu ou qui se raréfie tellement qu’on le croit sur le point de se terminer soit réactivé alors qu’on ne s’y attendait plus. Tout d’abord, les sensations désagréables éprouvées par la femme enceinte ne sont parfois que passagères et peuvent ensuite céder la place à une période beaucoup plus sereine, ainsi qu’en témoigne Bettina : « J’avais par moments de petites douleurs comme des pics dans les seins pendant les tétées et l’envie d’enlever mon fils du sein. On a donc diminué les tétées. Je préférais que ce moment reste agréable pour nous deux plutôt que de faire la grimace, car mon enfant le ressentait. Puis, vers 3-4 mois de grossesse, c’était super, je n’avais plus aucune douleur, mon fils prenait le sein cinq ou six fois par jour et l’allaitement et la grossesse se combinaient très bien. »
En outre, un allaitement qui diminue en cours de grossesse se voit parfois relancé à la faveur d’une maladie de l’enfant, qui se tourne alors de nouveau vers le sein. Un épisode que nous relate Julie G., pour qui les tétées, encore très nombreuses en début de grossesse, s’étaient fortement espacées quand sa fille est tombée malade : « Un rhume, suivi d’une gastro : ce fut sa plus longue maladie depuis sa naissance (dix jours au total). Je pense d’ailleurs que c’est lié au fait qu’elle avait un apport en lait maternel moins important et donc qu’elle ne bénéficiait plus autant de ma couverture immunitaire. Elle s’est alors remise à téter de plus belle. Mon lait était le seul aliment qu’elle ne vomissait pas. J’ai été bien contente de pouvoir lui proposer cela ! J’avais mal en début de tétée, mais j’avais l’impression de pouvoir vraiment aider ma fille et c’est un sentiment très réconfortant. »

Vers un co-allaitement ?
La patience, l’écoute et les ajustements parfois nécessaires tout au long de la grossesse ne sont pas vains, ainsi qu’en témoigne Anne-Sophie : « Mon fils a tenu bon pendant neuf longs mois. Lorsque sa petite sœur est arrivée, il était heureux mais ne comprenait pas pourquoi je n’avais toujours pas de lait comme avant. Un matin que le bébé était en train de téter, je lui ai demandé si lui aussi voulait téter. Bien sûr, il ne refusa pas. Le superbe sourire, l’éclat de rire le lait plein la bouche resteront à jamais marqués dans mes souvenirs. Mon petit garçon avait de nouveau le droit à son lait après toute cette attente. »
Certains enfants, qui s’étaient sevrés en cours de grossesse, se remettent à téter spontanément après la naissance de leur petit frère ou de leur petite sœur, ce qui peut d’ailleurs représenter un véritable soulagement pour la maman au moment de la montée de lait. Le « grand » lui permet d’éviter les engorgements lorsque le nouveau-né ne tète pas suffisamment pour absorber un flux de lait abondant. Il peut aussi aider à lancer la lactation quand la montée de lait tarde à arriver. C’est ce qu’a vécu Laura : « Je songe toujours avec un petit sourire au fait que, grâce à Amélia, le lait est monté très vite après la naissance de Keenan (vingt-quatre heures à peine malgré la césarienne !). Keenan profitait bien de cette grande sœur gourmande qui entretenait la lactation et qui, probablement, générait un lait plus abondant. Tellement abondant que j’en avais assez pour deux enfants... et le lactarium ! »
Comme toujours en matière d’allaitement, rien n’est figé. Rester à l’écoute de ses propres sensations tout en tenant compte des besoins exprimés par l’enfant est le plus sûr moyen de s’adapter et de faire évoluer cette relation tout au long de la grossesse. De quoi se fabriquer de jolis souvenirs, ainsi qu'en témoigne Julie P., dont l'aînée avait 7 mois lorsque s'est annoncé son deuxième enfant : « Je suis heureuse qu'elle ait continué à téter tout le long. C'était encore notre nouveau-né après tout ! On a dû inventer d'autres positions pour qu'elle soit confortable et mon ventre rond aussi. J'ai adoré quand le bébé venait se lover sous ma peau pour se réchauffer près de sa grande sœur qui rigolait quand il la bousculait un peu ! »

 

1 Voir l’article « Le partage du sein » dans le n° 41 de Grandir Autrement.

2 Voir, par exemple, « Maternal and fetal responses to the stresses of lactation concurrent with  pregnancy and short recuperative intervals », Merchant, Martorell et Hasse, Am J Clin Nutr 52 : 280-88, 1990.

3 On peut notamment lire des informations (en anglais) à ce sujet dans le livre d’Hilary Flower,  Adventures in Tandem Nursing. Brestfeading During Pregnacy and Beyond, Éditions La Leche League International (2003).

4 « Breastfeeding during pregnancy in 503 women : does a psychobiological weaning  mechanism exist in humans ? », Newton, N. and _eotokatos, M., Emotion and Reproduction 1979:20B:845-49.

Allaitement : quand tout ne coule pas de source

extrait du numéro 55 de novembre-décembre 2015


 

L’allaitement est une histoire de lien entre la mère et son bébé : un lien lacté1 qui nourrit, un lien affectif qui rassure, un lien psychologique qui permet à la mère de se sentir encore plus utile en nourrissant son enfant grâce à son propre corps. Mais que devient ce lien lorsque l’allaitement est ou devient difficile?


À l’origine de l’allaitement, il y a une grossesse et un accouchement2 puis un bébé qui tète le sein de sa mère. Il y a également un papa et, plus largement, un entourage familial et médical, qui doivent soutenir et encourager la mère pour que l’allaitement réussisse.  

Se préparer à allaiter
On entend souvent que l’allaitement est « naturel ». « Naturel » ne veut pas dire simple à mettre  en route et à maintenir de façon adaptée. « Naturel » veut seulement dire que le corps de toutes les mères (sauf dans de rares cas) est programmé physiologiquement pendant la grossesse pour enclencher le phénomène de lactation. C’est une histoire d’hormones (l’ocytocine et la prolactine) qui permettent la production de lait chez la maman qui aura accouché et dont le bébé aura  compris comment téter efficacement pour démarrer et obtenir régulièrement et à la demande le lait dont il a besoin pour grandir.
Un certain nombre de paramètres sont donc essentiels pour que l’allaitement se déroule bien, idéalement le temps choisi par la mère et son bébé3. Si l’un de ces paramètres est perturbé,  l’allaitement ne coulera pas de source comme l’on aimerait. Cela peut alors, s’il n’y a pas d’aide et de soutien efficaces, devenir difficile à mener et à vivre au point que la mère peut décider d’arrêter d’allaiter plus tôt que ce qu’elle projetait initialement.
Sans vouloir faire peur à toutes les femmes (et leurs compagnons) qui envisagent une grossesse et se poseront la question « comment vais-je nourrir mon bébé ? », il nous semble important, et même essentiel, de prévenir (plutôt que guérir) les écueils que l’on peut rencontrer. La  prévention, qui consiste à savoir avant pour mieux se préparer, est un atout non négligeable pour favoriser un allaitement serein. Les difficultés rencontrées n’en seront que plus prévisibles et paraîtront moins insurmontables à une mère avertie. Les entretiens avec les sages-femmes au cours de la grossesse, les réunions des associations de soutien à l’allaitement, les consultations avec des spécialistes (consultantes en lactation notamment ou infirmières puéricultrices formées au soutien à l’allaitement) et les (bons) ouvrages et magazines sur la grossesse et l’allaitement seront des aides précieuses pour s’informer avant et pendant l’allaitement4.  

Les difficultés5
Une fin de grossesse et un accouchement difficiles (médicalisation importante, durée du travail,  intensité des douleurs) peuvent entraîner une moindre disposition et une grande fatigue de la mère ralentissant la mise en place de l’allaitement. Pratiquer le peau-à-peau et le cododo  permettent d’allier allaitement et repos, et cela à n’importe quel moment de l’histoire  d’allaitement.  

L’impossibilité d’une mise au sein précoce (dans les deux heures qui suivent la naissance),  qui est un facteur essentiel au bon démarrage de l’allaitement, n’aura pas de conséquence négative si l’on favorise les tétées fréquentes par la suite. Parfois, un tire-lait peut s’avérer utile quand la mère et le bébé sont séparés (prématurité, problème médical, etc.) ou quand  l’allaitement peine à démarrer. Augmenter la fréquence des tétées (même artificiellement avec le tire-lait) entraînera une augmentation de la production de lait car plus il y a demande de lait, plus le corps de la mère en produit. Le mythe du manque de lait reste tenace dans de nombreux esprits (souvent mal informés) alors qu’il est rarissime qu’une mère ne puisse pas nourrir son  bébé de son lait (même des jumeaux ou triplés) si tant est qu’elle y consacre le temps nécessaire.

Un bébé de petit poids, fatigué ou ayant besoin de soins aura moins de force pour téter et sera moins facilement en phase d’éveil calme pour téter et stimuler la lactation.
Des problèmes « mécaniques » (succion non efficace, position douloureuse, frein de langue, etc.) non repérés sont une autre cause courante d’une lactation qui stagne car la production de lait n’est pas assez stimulée pour augmenter en fonction des besoins du bébé.  

Souhaiter un rythme de tétées régulièrement espacées est peu cohérent avec la réalité  physiologique de la lactation et des besoins du bébé. Dans les premières semaines, un  nourrisson peut téter huit à douze fois par vingt-quatre heures voire plus (contrairement à un bébé nourri au biberon qui prendra six à huit repas par vingt-quatre heures).  

Une pathologie spécifique de l’allaitement freine et complique l’allaitement si elle n’est pas  prise en charge rapidement et résolue pour éviter douleurs et aggravation. On peut penser à l’engorgement (assez facilement soigné en augmentant la fréquence des tétées surtout pendant la montée de lait des troisième ou quatrième jour) ; aux crevasses que l’on guérit souvent en proposant une position plus adaptée du bébé et de la mère pendant les tétées ; au canal lactifère bouché (douloureux mais qui peut être débouché en changeant la position du bébé ou les vêtements qui pourraient comprimer le canal) ; à la mastite (qui peut être traitée tout en continuant d’allaiter pour faciliter le drainage de la zone inflammatoire et, surtout, empêcher la  survenue d’un abcès).  

La grève de tétée survient chez certains bébés qui refusent sans raison apparente de téter du jour au lendemain. Très déstabilisante pour la maman et le bébé, elle doit être distinguée du sevrage car elle n’est pas choisie mais subie par les deux, probablement à cause d’un stress, d’une angoisse ou d’un changement qui affecte le lien mère-enfant. De la patience, de la  confiance et de l’amour auront raison de cette grève qui ne dure généralement pas plus de quelques heures à quelques jours. Tirer son lait et le donner à la cuillère ou à la tasse (ou au biberon éventuellement mais avec précaution) tout en proposant au bébé de téter (quand il somnole et est plus détendu) permet à la maman de garder confiance en elle.  

S’occuper des autres enfants, de la maison, être disponible pour son conjoint, reprendre le  travail ou ses activités sont des périodes parfois génératrices de stress qui ralentissent l’allaitement et, dans certains cas, entraînent un sevrage. Il faut cependant donner une chance à son allaitement quand on ressent un épuisement psychologique quitte à prendre conseil afin de bien peser le pour et le contre d’un sevrage. L’allaitement est encore trop souvent mis en cause par certaines personnes comme un obstacle (à la vie de couple, au sommeil, à l’épanouissement des femmes, à la reprise du travail, à l’autonomisation de l’enfant, etc.) alors que de nombreuses études prouvent plutôt le contraire. Un bébé ou bambin allaité peut « faire ses nuits », se  rendormir très vite, ne pas être collé à sa mère, parler/marcher très tôt, aller en crèche/chez la nounou/à l’école facilement et sans plus de soucis qu’un enfant non allaité.  

Informer, soutenir et favoriser le lien
La plus grande difficulté reste le manque d’informations fiables et de qualité. Être informée et savoir à qui s’adresser quand on rencontre une difficulté est le meilleur soutien au projet d’allaitement.
Que l’on soit ami(e), personne de l’entourage familial ou professionnel de santé ou de la petite enfance, soyons honnêtes avec les futures mères (et leur conjoint). Nous devons les prévenir que l’allaitement n’est pas toujours facile même s’il est « naturel » et doit rester la norme pour nourrir les petits humains. Nous devons les accompagner dans ce projet d’allaitement : avant et pendant la grossesse en les informant ; à la naissance et dans les premières semaines en les soutenant ; dans les mois et les années qui suivent en les encourageant et les félicitant pour ce lien qu’elles maintiennent en dépit de probables difficultés. Aucun allaitement ne se déroule sans embages mais les bénéfices retirés sont tels qu’on retient surtout les moments tendres et agréables.

1 Terme emprunté à Claude-Suzanne Didierjean-Jouveau, auteure notamment de L’allaitement maternel, Allaiter, c’est bon pour la santé et Petit guide de l'allaitement pour la mère qui travaille, Éditions Jouvence

2 Allaiter sans avoir porté son bébé (adoption ou GPA) est possible mais avec la mise en place d’un protocole bien spécifique.

3 Rappelons que l’OMS préconise un allaitement exclusif jusqu’à 6 mois et ensuite jusqu’à 2 ans avec une diversification alimentaire progressive.

4 L’incontournable L’art de l’allaitement maternel édité par La Leche League (version française publiée par First Éditions, 2012) ou L’allaitement, De la naissance au sevrage, Marie Thirion, Éditions Albin Michel (2014) devraient être offerts à toutes les futures mères.

5 Cette liste n'est pas exhaustive et présente les difficultés les plus courantes.

Breastsleeping : Le sommeil des bébés allaités

extrait du numéro 60 de septembre-octobre 2016


Dormir avec son bébé allaité est normal, affirme l’anthropologue James J. McKenna. « Normal » ici signifie « attendu du point de vue de la norme biologique ». Car du point de vue de la norme sociale, le sommeil partagé est souvent considéré comme pathologique. Pour appuyer le rapport étroit entre le sommeil et l’allaitement, James J. McKenna nous propose un terme nouveau qui, cependant, désigne une pratique millénaire : breastsleeping ou le « sommeil allaité ».

Les nouveaux parents ou ceux qui ne l’ont jamais pratiqué ont souvent une  représentation assez vague du sommeil partagé, communément  appelé cododo. Pour décrire le sommeil partagé, James J. McKenna nous propose une image particulièrement inspirante : « [...] imaginez une lionne et ses lionceaux endormis pêle-mêle : pattes contre dos et têtes appuyées sur les ventres. Ainsi lovés, leurs corps bougent au rythme de leurs respirations et forment une chaleureuse boule d’amour 1 ». Et en effet, on retrouve cette image de « chaleureuse boule d’amour » chez de nombreux mammifères et notamment chez les primates, dont nous sommes.

Le sommeil est, pour chaque espèce, adapté à ses besoins biologiques particuliers. Les bébés humains, en particulier, ont un besoin intense de proximité et de contact, de chaleur, de lait, de soutien émotionnel et affectif. Le corps allaitant de la mère est ainsi l’environnement le plus adapté pour répondre à ces besoins. Un sommeil solitaire n’est donc pas approprié aux besoins de base d’un bébé. Et partant, il est normal, d’un point de vue biologique, pour une mère de dormir avec son bébé allaité. 

Le sommeil solitaire, une déviance culturelle moderne

Selon James J. McKenna, le « sommeil allaité » est l’adaptation des besoins de sommeil et des besoins de nourriture de notre espèce la plus aboutie, et la plus ancienne, de son évolution (« humankinds’s most successful sleeping and feeding arrangement 2 »). Le sommeil solitaire est une invention très récente des cultures dites occidentales au regard des millions d’années d’évolution du sommeil allaité. Il s’appuie sur plusieurs  présupposés qui n’ont jamais été validés scientifiquement. Les raisons morales d’antan (prévenir l’infanticide, préserver le sanctuaire que serait le lit parental) ont été remplacées par des raisons qui se prétendent objectives, comme le fait que le sommeil solitaire favoriserait une autonomie plus précoce des enfants. L’autonomie précoce est particulièrement recherchée dans nos sociétés qui ont besoin de rapidement dégager les énergies, oserais-je dire « ressources », humaines de leur investissement parental. Cependant, il n’est pas du tout certain que le sommeil solitaire permette une authentique autonomie des enfants. La prévention des accidents, dans le sillage de la prévention des infanticides, et notamment, du syndrome de mort subite du nourrisson (SMSN) est sans doute la raison principale invoquée par les campagnes de prévention anti-cododo qui ne précisent pas les pratiques de sommeil partagé visées. Or, condamner le cododo sans  préciser la façon dont il est pratiqué est illégitime.

Comme l’explique James J. McKenna, le cododo n’est dangereux que dans certaines conditions que l’on peut déterminer et nous savons aujourd’hui définir des conditions de sommeil partagé sûres3.

Les campagnes sanitaires anti-cododo sont sans doute une réponse aux évolutions  culturelles récentes comme l’adoption d’un nouveau genre de  mobilier peu adapté au sommeil partagé ou l’augmentation de l’alcoolisme ou du tabagisme. Mais c’est une réponse sans nuances car si le sommeil solitaire est adapté dans certains cas restreints, il n’en constitue pas moins une déviance comportementale par rapport au comportement biologique optimal qu’est le sommeil allaité. 

Le sommeil allaité, une coévolution de la dyade mère/bébé

L’évolution même de notre espèce contredit la théorie du sommeil solitaire. Les bébés humains sont « programmés » pour rechercher la proximité et le contact de ceux qui en prennent soin, et ce pour plusieurs raisons. L’acquisition de la bipédie et donc la diminution de la taille du canal pelvien d’une part, et l’augmentation de la taille du cerveau et donc l’incapacité du placenta d’en soutenir la croissance jusqu’à maturité d’autre part, ont eu pour conséquence une naissance « précoce », dans un état d’immaturité neurologique et motrice qui n’a d’équivalent chez aucun autre mammifère. De ce fait, les bébés humains sont extrêmement vulnérables et totalement dépendants des soins et de la protection d’individus adultes de leur espèce. Ils ont un besoin intense et constant de soins durant les premiers mois de vie. La composition du lait d’humaine nous donne un argument supplémentaire en faveur de la thèse du sommeil allaité. Les espèces animales qui laissent leurs nouveau-nés seuls durant de longues périodes ont un lait riche en graisses et en protéines et pauvre en sucres, ce qui permet aux petits d’être rassasiés et de patienter plus longtemps jusqu’à la prochaine tétée.

Ce n’est pas le cas du lait humain et plus généralement des espèces animales qui portent, codorment et ont un contact prolongé avec leurs petits. La teneur en sucres (lactose essentiellement) du lait humain est presque deux fois supérieure à la teneur en lipides (7 % contre 3,8 %) et sept fois supérieure à la teneur en protéines4, ce qui nécessite des tétées très fréquentes. Les bébés humains ne peuvent pas supporter de longues séparations, ne serait-ce que du point de vue de leurs besoins d’allaitement. On voit mieux, dès lors,  pourquoi on ne peut penser l’allaitement et le sommeil des bébés séparément.

Le besoin de contact et de proximité du bébé humain est tout aussi important pour son développement optimal, et pas seulement parce que la proximité permettrait de mieux le protéger contre d’éventuels dangers. James J. McKenna et son équipe ont montré que le sommeil partagé multiplie par deux voire par trois les réveils nocturnes et donc le nombre de tétées, c’est-à-dire la quantité de lait ingérée. Il permet également au bébé de maintenir une température corporelle plus élevée que dans le sommeil solitaire. Le sommeil allaité influence également positivement la lactation. Tout cela s’accomplit dans une  synchronisation des rythmes de la mère et du bébé, celui de la respiration et celui des cycles de sommeil, séparés par des micro-réveils durant lesquels le bébé tète, la mère ajuste les couvertures, embrasse et caresse son bébé avant de se rendormir tout à fait. 

Expliquer plutôt que diaboliser

Le contexte de la dyade mère/bébé impliquée dans le sommeil allaité est si particulier  qu’il doit être bien distingué des autres formes de sommeil partagé dans les études épidémiologiques sur les avantages et les risques de cette pratique. C’est pour cette raison que James J. McKenna propose le nouveau terme de « sommeil allaité » (breastsleeping).

On sait par exemple que les réveils nocturnes fréquents et l’allaitement, ce qui caractérise précisément le sommeil allaité, sont des facteurs de prévention contre le SMSN. Du reste, l’OMS et l’Academy of breastfeeding medecine recommandent le sommeil partagé quand il est pratiqué dans des conditions qui assurent la sécurité du bébé. Plutôt que de rejeter en bloc une pratique, il faudrait en expliquer les conditions optimales de sécurité. James J. McKenna constate qu’en dépit des recommandations sanitaires américaines, la pratique du sommeil partagé est en augmentation aux États-Unis, augmentation sans doute directement corrélée à l’augmentation des taux d’allaitement. De plus, en réalité, cette pratique n’avait pas vraiment été abandonnée, les parents continuant de prendre leur bébé tout près d’eux au moins une partie de la nuit, comme le font les humaines depuis des millénaires, surtout quand elles allaitent5. Il est donc primordial d’informer les parents plutôt que de condamner leur comportement et de les culpabiliser.

Enfin, dans une société où le sommeil allaité est identifié comme un comportement  biologique normal, un bébé qui se réveille souvent est un bébé biologiquement bien adapté, un enfant qui va bien, et pas un enfant qui a des problèmes de sommeil qu’il faut à tout prix soigner. On va enfin pouvoir co-dormir tranquille !

1 Dormir avec son bébé, Éditions Ligue La Leche (2015).

2 « There is no such thing as infant sleep, there is no such thing as breastfeeding, there is only breastsleeping », Acta pædiatrica,10 octobre 2015.

3 Coucher le bébé sur le dos, sur un matelas ferme avec des draps bien ajustés. Garder le visage du bébé à découvert. Maintenir un environnement non fumeur.

4 Biologie de l’allaitement : le sein, le lait, le geste, M. Baudry, S. Chiasson, J.  Lauzière, Éditions des Presses de l’université du Québec (2006).

5 La chercheuse britannique Dr_Helen Ball a montré que les taux de sommeil partagé au sein d’une population sont sous-évalués car les parents ont tendance à répondre ce qui est socialement attendu plutôt que de décrire objectivement leurs nuits.

L'allaitement passés deux ans, une expérience contrastée

extrait du numéro 56 de janvier-février 2016

Parmi les mamans dont les enfants continuent de téter après leur deuxième anniversaire, la plupart traversent des sentiments ambivalents. Dans le prolongement de l’article de Sophie Guedes1 paru l’été dernier, nous avons le désir de refléter l’expérience de ces mères à l’allaitement au long cours, faisant la part belle à leurs authentiques et précieux  témoignages, disant le bon comme le moins bon. Nous les remercions de permettre à d’autres femmes de s’inspirer et se nourrir de leurs partages. 

Une mère peut trouver dans l’allaitement qui dure du bonheur et ressentir en même temps des émotions négatives, des grands moments de solitude, voire ne plus aimer allaiter son bambin sans pouvoir se résoudre à «sevrer». Remises en question, avancées au jour le jour, lâcher prise, tétées acrobatiques, fous rires, agacements et colères sont le lot de ces mères qui ne vivent pas toujours les tétées de leur grand  comme un long fleuve tranquille. 

Une durée non préméditée
À la naissance de nos petits, on sait souvent si l’on veut allaiter, on sait rarement jusqu’à quand, et encore moins comment cela va prendre fin. Ils grandissent, ils tètent, et on se surprend soi-même à poursuivre à 3 mois, puis 6, 18, 36 et au-delà. On se fixe des objectifs de sevrage, l’entourage nous y presse : «Tu vas l’allaiter encore jusqu'à quand ?».Or, ce que la définition la plus courante2 du verbe «allaiter» omet de préciser, c'est qu'on n’allaite pas seule. Notre petit tète autant que nous l’allaitons. Sandrine constate que «c'est plutôt eux qui ont continué, ils en avaient visiblement besoin.» Une maman rapporte que lors d’une discussion sur le sevrage de leur petit de 9 mois, son mari répondit : «Le sevrer, lui? Mais il n’est pas du tout prêt, regarde comme il aime ça !». Pour certaines, l’allaitement long est une réparation de leurs premiers mois difficiles. De son côté, Camille s’exclame : «Deux ans et demi d’allaitement ! Je n’aurais jamais cru aller jusque-là !» et Sylvie : «Il va avoir 3 ans et jamais jamais jamais je n'aurais imaginé allaiter aussi longtemps initialement. Ça s'est imposé, c'est venu comme ça, comme une évidence et par facilité.» De même, Clémence se souvient : «Au début de mon allaitement, je n'imaginais pas du tout allaiter aussi longtemps.» Pour se projeter, Bénédicte bénéficiait d’une expérience inspirante : «Ma grande sœur ayant allaité ses enfants longtemps, j'avais pu voir les effets bénéfiques, voire magiques de l'allaitement, bien au-delà de la simple nourriture.» 

Le sevrage, une notion évolutive
Sylvie s'interroge : «Le sevrage demeure pour moi un mystère et une ambigüité. Comment faire ? Je me pose la question depuis les 6 mois de mon fils, à partir du moment où le monde entier a commencé à me regarder de travers (à l'exception de ce précieux groupe LLL à distance). Comment accompagner un sevrage ? Retirer violemment cette "tétine naturelle" malgré sa demande pressante et ses larmes ? Et pour quel motif ? Pour imposer mon autorité d'adulte ? Lui donner un bout de plastique à la place, pour avoir la paix ? Cela m'a semblé si violent et égoïste, pas du tout empathique ni bienveillant. […] Et voilà comment je me retrouve à près de trois ans d'allaitement.». Il est des femmes qui, si elles éprouvent le besoin «de retrouver leur corps» en mettant un terme à l’allaitement, se confrontent à leur idéal de sevrage. Cécile* confie : «J’aimerais un sevrage naturel pour ma fille de bientôt 33 mois mais j’avoue que j’ai de plus en plus de mal avec l’allaitement». Marie partage ses regrets : «Vers la fin de ma troisième grossesse, j’avais un peu de sentiment de rejet et j’ai accompagné ma deuxième fille doucement et facilement dans un sevrage. Quelques mois plus tard, elle a commencé à avoir des crises mémorables et puis elle est tombée [gravement] malade […]. J’ai regretté et je regrette encore ce sevrage à mon initiative. L’allaitement nous aurait aidés tant avec les crises d’humeur qu’avec la maladie. Plus jamais je ne minimise l’importance et l’utilité que peut avoir l’allaitement après les deux ans préconisés par l’OMS. De plus je me méfie maintenant des situations où on peut pousser l’enfant assez facilement vers l’étape suivante. C’est facile mais en fait on ne respecte pas son rythme.»Du côté de Clémence, la notion de sevrage a évolué au fil du temps : «Quand Paul avait 6 mois, je me souviens que je ne pensais pas pouvoir atteindre un sevrage naturel qui me semblait alors vraiment trop tardif, j'imaginais un sevrage vers 2 ans à l'occasion d'une nouvelle grossesse. Le temps a passé, les deux ans sont arrivés et Paul me semblait encore bien petit pour avoir un autre enfant, mais ma vision de  l'horizon du sevrage avait beaucoup changé, je n'imaginais plus pousser au sevrage mon enfant qui ne me semblait finalement pas trop grand pour téter.»

Les défis de l’allaitement long
• Fréquence, durée et dépendance
Qu’un bambin manifeste le besoin de conserver un rythme de tétées soutenu, comparable à celui des premiers mois de vie, est souvent difficile à accepter pour les mères. Il n’est pas toujours aisé de se confronter à cette réalité. Ce besoin implique une grande disponibilité de la mère et de son corps.Sandrine décrit avoir ressenti «la sensation de ne pas avoir le choix tellement ça semble nécessaire pour eux.» Une maman parle de la fatigue physique «profonde, parce que, oui, on pioche dans nos réserves encore et toujours.». Cécile négocie : «La journée elle tète encore à la demande mais j’ai limité la durée des tétées car elles m’agacent vite. […] Alors je suis partagée mais je fais un effort et je la laisse téter.» Pour Camille, le plus dur c’est «cette super dépendance à mon sein, pour combler son profond besoin de succion. Qu’elle soit fatiguée, grognon, contrariée, mal réveillée – bien réveillée aussi d’ailleurs ! – tout entraîne un besoin de téter imminent. Étant l’extension de mon sein, je dois donc être partout, tout le temps et ne peux être remplacée […] mais finalement lorsque je m’absente, elle s’en passe très bien ! Et lorsque je suis vraiment à bout, elle sait aussi trouver en elle d’autres ressources. […] Il y a aussi les tétées à rallonge, celles où tu penses qu’elle ne décrochera “ jamais”, les soirs où tu passes 25 fois ton index, tout doucement, entre ton téton et sa langue pour qu’elle décroche – mais non, un râle profond te dit que ce n’est pas encore l’heure, tandis que ton conjoint se la coule douce sur le canapé dans la pièce d’à côté, que tes tétons te brûlent de plus en plus, et que tu sens l’impatience te gagner (c’est peu dire !).» 

Douleurs
Au nombre des désagréments, Sandrine relève une «sensation très désagréable après 3 ans, un peu comme si sa bouche était trop grande, le mouvement de succion plus ample, plus oppressant.» et évoque aussi «les douleurs pendant la grossesse». «Parfois la succion m'importune», nous dit Laurence, poursuivant: «les postures extravagantes aussi (tire sur le sein)». Une maman raconte que son petit en grandissant «s’est mis à serrer fort le mamelon entre ses dents au point de rendre la tétée à la limite du supportable, laissant une profonde trace de rangée de dents après la tétée. Souvent, et je le dis le cœur serré, la colère et les cris prennent alors le dessus». 

Nuits
Les tétées nocturnes, plus rares passé le cap des 3 ans, peuvent être une source d’agacement maternel, la fatigue et le besoin de dormir l’emportant sur la patience. «J’ai dû arrêter l’allaitement de nuit car cela m’était devenu insupportable et les nuits étaient chaotiques pour tout le monde», nous dit Cécile. À propos du rapport au corps et à la féminité, Camille évoque «ce retour de couches qui ne veut pas revenir». Pour Bénédicte, victime d’abus sexuels à l’âge de treize ans, «certaines sensations provoquées par l'allaitement ont réveillé des images que je ne souhaitais plus voir. Awena n'en était pas responsable mais je n'ai pas pu lui épargner mes “ras le bol” parfois violents pour elle […]. Je m'en suis excusée plus d'une fois auprès d'elle. Désormais lorsque ça arrive, elle réclame surtout que je la prenne dans mes bras.». 

Grossesse et co-allaitement
Allaiter un grand, c’est aussi pour certaines mères se retrouver à allaiter deux enfants (ou plus !) en même temps. Marie livre que «l’allaitement de ma grande pendant ma deuxième grossesse et le co-allaitement avec sa soeur n’a pas été facile du tout. Elle me faisait mal, j’avais des traces de dents sûrement dues à un frein de langue coupé repoussé. J’avais un fort sentiment de rejet. Pourtant j’ai continué grâce à des moments de lâcher prise et des mois de négociation pour réduire la durée des tétées. Je devais sentir combien c’était essentiel pour ma grande pas si grande que cela.». Clémence constate : «Les moments difficiles ne sont venus qu'avec la naissance de Gabriel, […]_: demandes de l'aîné difficiles à accepter quand on s'occupe d'un tout-petit, aîné qui nous semble brusquement gigantesque. […] Disons qu'après avoir continué sans me poser de question pendant plus de trois ans et demi, aujourd'hui  je continue parce que je pense que cela répond encore à un besoin. Et que cela préserve aussi des moments de tête-à-tête, précieux […]» 

L’entourage
Enfin les mères parlent du regard peu amène des autres. Avec un enfant qui allie souvent le geste de découvrir le sein à la parole, le message est sans équivoque. «Il y a les “ je veux téter maintenant !”, à 80 décibels […] dans le train, le bus, le métro, le parc, la pharmacie… et les regards gênés des “voisins” qui n’en croient pas leurs oreilles ! Il y a les non-dits des parents, de la famille, des amis qui te demandent l’air de rien, alors que tu pensais pouvoir enfin sortir tes seins tranquille “elle a quel âge déjà maintenant ?»» décrit Camille. Pour Laurence, «Le regard des autres […], je m'en moque assez car ils sont extérieurs à mon cœur. En revanche, je n'allaite pas à l'école pour ne pas qu'on se moque de Rémi. Et venant de la famille : aïe aïe aïe, que c’est difficile à vivre car je suis affectivement impliquée.» Sandrine avait «surtout peur que [son] enfant risque de se sentir "anormal" par exemple en recevant des réflexions désagréables, donc [elle n’allaitait] plus en public […].» 

La «baguette magique du maternage»
Mais pourquoi donc, alors qu’il y a manifestement des aspects déplaisants, l’allaitement se poursuit-il ? Il semble que pour la majorité des mères, les moments difficiles ne colorent pas la relation mère-enfant dans sa globalité. Ils engendrent des sentiments négatifs éprouvés «sur le coup» et dont on se départit. L’allaitement demeure un roc sur lequel s’appuyer, grâce à la finesse qu’il favorise dans la compréhension  des besoins de l’enfant. «Et c’est aussi ce qui fait la magie de ce lien unique et si profond: il nous a aidées  à développer une compréhension mutuelle presque parfaite, une connaissance et un respect de l’autre  singulier. À savoir identifier nos limites, nos besoins profonds, et ceux de l’autre. Et à les partager», nous dit Camille. Pour Bénédicte, «Le “Câlin”, comme nous l'appelons chez nous, a été et reste un moment incomparable de réconfort.» Clémence savoure : «Pour moi, l'allaitement reste une baguette magique du maternage, même bien au-delà de 2 ans.» Pour cette mère de deux enfants, il favorise même l’harmonie dans la fratrie : «J'ai le sentiment que pouvoir continuer à téter a permis à Paul de bien accepter son petit frère.» La conclusion revient à Sylvie : «Après tout, si le corps humain de la mère permet de produire du lait aussi longtemps, c'est sans doute qu'il y a une raison qui nous échappe... La nature fait si bien les choses quand on la respecte !»

1 «L’allaitement quand il dure», Sophie Guedes, Grandir Autrement N° 53, juillet-août 2015.

2 Citons, par exemple, la définition du Petit Larousse (2003)_: «nourrir de lait, de son lait».

* Le prénom a été changé


L'impact écologique de l'allaitement

extrait du numéro 46 de mai-juin 2014

 

L’allaitement permet d’économiser l’énergie nécessaire à la fabrication, au transport et à la préparation du lait artificiel. Il est estimé que l’alimentation au biberon consomme l’équivalent de 600 grammes de bois (pour faire bouillir biberons et tétines et chauffer l’eau) et trois litres d’eau par jour (un litre pour diluer la poudre et deux litres pour nettoyer biberons et tétines)1. Or, dans les pays en développement, l’énergie et l’eau sont des denrées rares et coûteuses ;  même dans les pays industrialisés, l’énergie provient généralement de centrales nucléaires ou électriques polluantes. Le lait artificiel constitue par conséquent un véritable gaspillage de ressources naturelles. En évitant l'utilisation de bois, l'allaitement contribue à lutter contre le défrichement et à diminuer les besoins en matières premières.  

La pollution et la déforestation causées par l’industrie du lait en poudre
Le lait artificiel est généralement fabriqué à partir de lait de vache traité thermiquement et transformé en poudre. Le lait écrémé est filtré et chauffé à une température allant de 95 à 105 °C durant 15 à 20 secondes, homogénéisé, refroidi puis séché par pulvérisation à une température d’environ 73 °C et vaporisé dans une atmosphère de 160 °C. L’énergie nécessaire pour atteindre ces températures élevées et créer les processus mécaniques requis provoque une pollution atmosphérique (agents responsables  des pluies acides, gaz à effet de serre, émission de dioxines) et mobilise également des ressources naturelles (combustible). Les laits en poudre contiennent aussi, outre le lait ou le soja, un cocktail de substances traitées en usine.L'utilisation de fèves de soja a également un impact sur l'environnement. Le Cerrado brésilien  savane boisée), par exemple, est défriché et remplacé par des plantations de soja. Cette culture, qui représente 10 % des exportations du Brésil, nécessite une irrigation très importante et un grand nombre d’engrais chimiques.Boîtes de lait, biberons, tétines et autres accessoires requièrent, pour leur fabrication, du métal, du carton, du verre, du caoutchouc, de la silicone et du plastique (particulièrement problématique car issu du pétrole, donc extrêmement polluant et rarement recyclable).La question de la pollution liée au transport du lait artificiel se pose également. Ce dernier parcourt souvent des distances considérables avant de subir les transformations susmentionnées ; de même pour les boîtes et cartons d'emballage. Une fois emballé, le lait est acheminé jusqu’au consommateur, qui se trouve parfois à une distance très importante. Ainsi, en Équateur, les laits en poudre sont importés des États-Unis, d’Irlande, de Suisse et des Pays-Bas. Le Japon, la France, l’Allemagne, le Danemark, le Royaume-Uni et la Nouvelle-Zélande sont d’autres pays exportateurs de lait en poudre. Nous ne possédons pas à ce jour de chiffres exacts relatifs à la pollution causée par ces transports (dont l’émission de dioxines), mais cette dernière doit être considérable.L’industrie laitière en général contribue au gaspillage des sols et des ressources et à la pollution de l’environnement. Le méthane émis par les vaches se classe au second rang parmi les gaz qui contribuent à l’effet de serre et au réchauffement climatique. Les engrais utilisés pour la culture du fourrage pénètrent le sol et polluent les rivières et les eaux souterraines. En Inde, si les femmes n’allaitaient pas, il faudrait 135 millions de vaches laitières pour produire le lait nécessaire à l’alimentation des bébés ; pour se nourrir, ces vaches devraient occuper près de la moitié de la surface du pays!2

Une économie considérable de déchets
L’allaitement permet d’éviter la pollution liée à l’élimination des déchets ayant trait aux laits artificiels (boîtes de lait, biberons et tétines). Selon une étude3, pour trois millions de bébés nourris au biberon, 450 millions de boîtes de lait en poudre sont utilisées chaque année, ce qui représente 70 000 tonnes de métal de déchets. L’impact écologique du matériel publicitaire utilisé pour vendre le lait artificiel doit également être pris en compte.Autre point rarement évoqué : l’allaitement permet par ailleurs d’économiser les protections hygiéniques, puisqu’un allaitement soutenu permet de retarder la réapparition des règles après l’accouchement. 98 % des serviettes hygiéniques ou tampons sont jetés dans les toilettes et une bonne moitié de ceux-ci sont rejetés tels quels dans les mers. Les tampons mettent six mois à se biodégrader ; ce laps de temps est supérieur pour les serviettes hygiéniques (et les bandes plastiques, elles, ne se biodégradent jamais). Selon une étude4 , si toutes les mères britanniques allaitaient leur bébé, 3 000 tonnes de papier par an (nécessaires à la fabrication des protections hygiéniques) seraient économisées. 

Des mères et des enfants en meilleure santé, un recours moindre aux médicaments
L’allaitement diminue la prévalence des maladies (notamment celles dues à une eau contaminée), et donc l’utilisation de médicaments, dont la fabrication, le transport et l'élimination nuisent également à l'environnement. L’alimentation au biberon cause le décès d’un million et demi d’enfants par an (contaminations, infections, etc.) et la maladie chez de nombreux autres (diarrhées, etc.). Les laits artificiels contiennent un taux élevé d’aluminium et de plomb ainsi que bon nombre d’autres ingrédients pouvant être contaminés par des dioxines, des bactéries et d’autres éléments toxiques et radioactifs, tout au long de la chaîne de fabrication ou de stockage. On pense notamment aux cas d’intoxication dramatiques survenus en Chine il y a quelques années, qui ont causé la mort de plusieurs enfants. De la mélamine, un composant chimique industriel, avait été dilué dans le lait pour renforcer artificiellement sa teneur en protéines5 

L’allaitement, facteur de régulation démographique
Lutter contre la surpopulation, c’est aussi lutter contre la destruction de l’environnement et des ressources naturelles. L’allaitement maternel, s’il est exclusif et d’une durée suffisamment longue, est le moyen de contraception le plus efficace. Au Bangladesh, il empêche en moyenne 6,5 naissances par femme6. L’alimentation au biberon signifie des grossesses plus fréquentes et plus rapprochées, ayant une incidence sur la santé des mères et des enfants. Une étude menée au Chili7  a révélé qu’aucune des femmes pratiquant un allaitement exclusif n’était tombée enceinte dans les six mois suivant la naissance, contre 72 % seulement des femmes qui n’allaitaient pas. Dans les pays industrialisés, l’effet contraceptif de l’allaitement est malheureusement atténué par la durée plus courte de celui-ci et par les tétées moins fréquentes (de nombreuses mères ne parvenant pas à se détacher du schéma d'alimentation au biberon et ne donnant pas le sein à la demande comme il conviendrait de le faire).Il devient urgent de sensibiliser les citoyens et les gouvernements à ces questions et de lutter contre les méthodes insidieuses utilisées par l’industrie du lait en poudre pour commercialiser ses produits (échantillons gratuits distribués dans certaines maternités, publicités pour laits en poudre exploitant l’image du sein maternel, etc.). Ce n’est qu’en fournissant aux mères des informations détaillées sur l’impact de l’allaitement et du non-allaitement qu’elles pourront effectuer un choix en toute connaissance de cause et envisager de donner à leur bébé ce qu’il y a de meilleur pour lui, pour elles et pour la planète.

1. http://www.santeallaitementmaternel.com/se_former/apprehender_enjeux/enjeux_generaux/allaitement_artificiel2.php et http://www.quellenaissancedemain.info/ateliers/presentation_des_ateliers/lallaitement__un_droit.html
2. http://www.reducepackaging.com/impact-bottlefeeding.html
3. Ibid. note 1
4. Ibid. note 2
5.http://www.lemonde.fr/asie-pacifique/article/2010/02/08/chine-du-lait-contamine-a-la-melamine-reapparait_1302428_3216.html
6. http://infactcanada.ca/french1.htm
7. Ibid. note 2.

Pour aller plus loin 
- Les dix plus gros mensonges sur l’allaitement, Claude Suzanne Didierjean-Jouveau, Éditions Dangles (2006).
- http://www.lllfrance.org/vous-informer/des-etudes/1071-impact-environnemental-de-lallaitement
- http://www.madamenature.be/themes/eco-consommation/sein-ou-biberon-que-vaut-largument-ecologique

Grandir Autrement sera présent dans les Cévènes du 23 au 25 septembre 2016 au festival pour l’école de la vie !

le Festival pour l’école de la vie est de retour du 23 au 25 septembre 2016 au Château de Flaugergues à Montpellier !


Après le succès de la 1ère édition en 2015 dans les Cévènnes, le Festival pour l’école de la vie est de retour du 23 au 25 septembre 2016 au Château de Flaugergues à Montpellier !
3 jours autour de l ‘éducation, 26 conférences dont le
professeur Henri Joyeux, Thomas d’Ansembourg, Jeanne Siaud-Fachin, Marie-Françoise Neveu, Christian Tal Schaller et sa femme Johanne Razanamahay Shaller, Charles Martin-Krumm, Conrad, Laura Marie, Gregory Mutombo, Jean-Philippe Brebion, Eric Gaspar, Thierry Casasnovas, 150 exposants, des ateliers thématiques pour enfants et adultes, des tables rondes autour de l’éducation, des concerts, une restauration bio privilégiant les circuits cours…et bien des surprises !
Un festival pour découvrir les outils, techniques et activités qui existent autour de l’éducation pour le bien-être de nos enfants. Différents thèmes seront abordés comme les neurosciences et l’éducation, la psychologie positive dans l’éducation, l’intériorité citoyenne, l’empreinte de naissance, notre enfant intérieur, cultiver l’altruisme dès l’enfance, découvrir les techniques de communication bienveillante, comment transmettre à un enfant les principes qui vont permettre de l’autonomiser et de développer son discernement, méthode d’éducation à la non violence un rendez-vous à ne manquer sous aucun prétexte !


Extrait du numéro 59 de juillet/août 2016


L’IEF, bien qu’en constante progression,est encore très peu connue en France. Cette méconnaissance est souvent source d’incompréhension et d’interprétation voire de rejet spontané tant ce mode d’instruction défie les habitudes de pensée. Et penser que l’école est obligatoire est une habitude de pensée et pas seulement un manque d’information. La scolarisation des esprits et de notre société est telle qu’il est difficile d’imaginer que l’on puisse vivre autrement. Les fantasmes et les spéculations vont alors bon train quand l’expérience directe de l’IEF fait défaut. Comment vont-ils apprendre des choses, obtenir des diplômes, trouver du travail, avoir des repères, se faire des amis, accepter les contraintes de la vie en société, etc. ? Ce sont les questions qu’on se pose couramment au sujet des enfants non scolarisés. Je vous propose de tordre le cou à certains préjugés et de dissiper quelques fantasmes à propos de l’univers foisonnant, que je connais bien, qui s’épanouit derrière les murs de l’école.


Il est des croyances qu’on peut difficilement reprocher tant le conditionnement social est fort. Qui ne s’est jamais entendu asséner que l’école était obligatoire ? Combien d’enfants qui ont exprimé le souhait de ne pas aller à l’école se sont entendus rétorquer qu’ils n’avaient pas le choix, que c’était la loi. Combien de personnes ignorent leurs droits ? C’est un fait, plus de 99 % des enfants âgés de 3 à 16 ans sont inscrits dans des établissements scolaires et notre expérience de l’enfant non scolarisé est le plus souvent exotique ; il s’agit d’un enfant dont les parents voyagent ou sont expatriés, d’un sportif ou musicien de haut niveau, d’un enfant souffrant d’un handicap pour lequel aucune structure d’accueil n’est adaptée, et autres singularités qui, le plus souvent, sont vues comme de « bonnes » raisons de ne pas aller à l’école. Ces derniers profils de famille non-sco sont socialement acceptés et ne sont qu’exceptions qui confirment la règle. 

Une contingence des temps modernes
Pourtant, l’école est une invention somme toute assez récente, au regard de la longue histoire de l’humanité. On pourra certes, en forçant les traits et les points de comparaison, trouver des prémisses d’institution scolaire dans toutes sortes de structures sociales ou rapports humains connus depuis l’Antiquité. Mais les comparaisons resteront construites, artificielles, idéologiques, anachroniques, et l’école, telle que nous la connaissons, est endémique des sociétés modernes, industrielles et occidentalisées. On peut se demander pourquoi, à un moment donné de l’histoire des cultures humaines, on a eu besoin de créer des écoles comme lieux physiques où des enfants sont massés. Les réponses divergent selon le projet social auquel on adhère. Pour les uns, l’école pour tous a pour but de donner à chacun, quel que soit son origine sociale, notamment la plus modeste, la chance de gravir les échelons sociaux les plus élevés. Pour les autres, elle est un moyen que les systèmes économiques et politiques en place mettent en oeuvre pour se perpétuer (notamment en « libérant » et détournant les énergies parentales au profit du capital). Ainsi, selon le point de vue, elle peut être vue comme condition d’émancipation ou comme instrument d’aliénation.
Quoi qu’il en soit, bien que très jeune (l’école n’a pas été inventée par Charlemagne comme le voudraient certains mais par Jules Ferry), elle a très rapidement enfermé plusieurs heures par jour, plusieurs jours par semaine, plus des deux tiers d’une année, et près d’un sixième de leur vie, toutes les catégories sociales d’enfants âgés de 3 à 16 ans. La « scolarisation » au sens illichien1 du terme a été fulgurante ; moins d’un siècle de « démocratisation » de l’école et plus personne n’imagine qu’il est possible ou raisonnable de s’en passer. Dès lors, sortir du cadre scolaire, c’est comme sortir de la société puisque c’est s’extraire de la norme sociale ; curieuse équation quand on songe à l’immense partie de la société que l’école exclut de son enceinte... 

Enfermés, asociaux et insociables ?
En effet, et fort heureusement, l’école n’épuise pas le réel, elle n’est pas un espace-temps social exclusif pour un enfant ou un adolescent. Derrière ses murs, il y a tout un univers d’une richesse infiniment plus grande que celle qui est proposée en son sein : celle des villes, des innombrables lieux de vie qu’elle abrite, parcs, potagers urbains, rues commerçantes, restaurants et cafés, bibliothèques, monuments, musées, centres d’animation, conservatoires, stades, piscines, patinoires ; celle des campagnes, de ses forêts et la multitude d’espèces vivantes qu’elle accueille, de ses fermes, de ses sentiers à travers champs, de ses fêtes de village ; enfin, celles des autres humains, adultes, touristes, retraités, étudiants, sans emploi, mais aussi enfants, qui quittent à 15 heures, qui n’ont pas cours le mercredi après-midi, qui ne vont pas à l’école… Quelle drôle d’idée que d’imaginer que les enfants qui ne vont pas à l’école sont enfermés et privés d’interactions sociales ! On pourrait même plutôt affirmer le contraire : ce sont les enfants scolarisés qui sont contraints à des interactions extrêmement pauvres, une douzaine d’adultes, une trentaine, dans le « meilleur » des cas une quarantaine, d’enfants du même âge. Il faut admettre que l’expression, bien pratique, « l’école à la maison » est source de confusion. On se représente un ou plusieurs enfants en train de recevoir des cours de la part de leurs parents, « comme à l’école », mais à la maison. C’est parfois le cas ; certaines familles choisissent de reproduire le mode d’instruction typique des établissements d’enseignement, avec horaires, cours formels, apprentissages dirigés. Mais souvent, parce que les parents jouissent de la liberté de choix pédagogique, faire « l’école à la maison », c’est surtout être hors de la maison, et « s’instruire en famille », c’est surtout s’instruire avec d’autres adultes et enfants. À partir du moment où ils fréquentent régulièrement des personnes, les enfants non-sco développent des compétences sociales tout à fait appropriées et ne risquent pas de devenir des sociopathes. La variété des interactions sociales auxquelles ils sont susceptibles d’être soumis pourrait même constituer un avantage par rapport aux enfants scolarisés dont les contacts avec d’autres individus ou groupes sont souvent plus restreints et moins variés. Toutefois, même si, dans l’absolu, l’école n’est pas le lieu exclusif pour « trouver des amis », dans les faits, quand plus de 95 % des moins de 16 ans sont à l’école plus de 70 % de leur temps éveillé, on peut parfois se sentir seul, surtout quand on habite une région où vivent peu de familles non-sco. Mais les parents déploient en général une grande énergie pour offrir à leurs enfants des occasions d’interactions sociales nombreuses et variées. De plus, et malheureusement, les enfants se sentent bien trop souvent seuls à l’école même...

Vivre, c’est apprendre
En réalité, les enfants n’ont pas besoin de l’école pour apprendre, et d’ailleurs, ils n’ont pas besoin qu’on leur enseigne quoi que ce soit de façon intentionnelle pour apprendre. Apprendre est une compétence de base de tous les animaux. Sans elle, aucune adaptation à un environnement en perpétuel mouvement n’est possible. Ainsi, à partir du moment où on est vivant et en constante interaction avec un environnement non statique, on apprend. Et on apprend tout ce qui est nécessaire à une adaptation optimale à cet environnement. Il ne s’agit pas de théorie ou de rhétorique ; il suffit de considérer l’une des expériences d’apprentissage les plus emblématiques de l’espèce humaine, celle du langage articulé. Tous les enfants du monde apprennent à parler ; ils le font de façon naturelle, spontanée, informelle, inconsciente, continue, tout simplement parce qu’ils sont immergés dès leur conception dans un bain de langage. Cela vaut pour l’acquisition de la lecture et de l’écriture, dès l’instant où l’écrit est omniprésent dans l’environnement, ce qui est le cas dans nos cultures occidentalisées. Les Orang Asli de la forêt primaire de Malaisie n’ont sans doute aucune raison d’apprendre à écrire et ils ne le feront, mal, que sous la contrainte. Il n’y a pas lieu de s’inquiéter de la non-acquisition d’une compétence dont on n’aura pas l’usage et à l’inverse, une compétence qui optimise le développement d’un individu dans un contexte donné sera nécessairement acquise. C’est une question de bon sens, parce que c’est une question de survie. Bien sûr, vous vous demanderez si l’on peut apprendre de cette manière les mathématiques, considérées comme le type même du savoir qui nécessite une transmission formelle et dirigée. Je ne nie pas que certaines compétences s’acquièrent avec un peu de « technique » ou avec « méthode ». Mais il ne s’agit pas d’opposer l'informel et le formel mais bien plutôt ce qui a du sens et est utile à un instant I et ce qui ne l’est pas. Ainsi, si un enfant est motivé par la science mathématique, il la maîtrisera de façon aussi fluide et naturelle qu’il a maîtrisé le langage. Et surtout, l’être humain est naturellement doué de compétences cognitives, qu’il pourra mobiliser en mathématiques ou ailleurs, comme l’abstraction, le raisonnement, la mémoire, l’analyse, la synthèse, etc., et pour le renforcement desquelles nul n’est besoin d’exercices artificiellement construits, un environnement suffisamment riche y pourvoyant largement. En fait, la question cruciale est de savoir si les mathématiques sont pertinentes et utiles pour tous. Rien n’est moins sûr. Et là nous effleurons la question épineuse de ce qu’il « faut » apprendre. Ceux qui élaborent les programmes scolaires de l’Éducation nationale en ont une certaine idée qu’ils imposent aux autres, au mépris de la singularité des besoins et désirs de chacun.
Par ailleurs, l’être humain, et en particulier l’enfant, est un animal, à vrai dire comme tous les animaux, curieux et avide de nouveaux horizons. Il s’intéressera aux sciences, à la littérature, à l’histoire, à la politique, etc. ; mais avec un enthousiasme inversement proportionnel à la contrainte qu’il aura subie pour les appréhender. La réalité est que si l’on laisse l’enfant libre de ses apprentissages, il est tout à fait probable qu’un certain nombre de savoirs et de compétences, que je qualifierais d’académiques, et qui sont hautement valorisés dans la conception de l'excellence à la française soient délaissés en raison de leur inutilité dans l’actuel environnement social. Il faut en avoir conscience afin d’éviter d’être contrarié par des attentes déçues. Ce n’est pas « grave », la dignité de l’être humain ne réside pas principalement dans la physique théorique ou la poésie, et les domaines dans lesquels l’esprit humain peut s’accomplir sont infiniment plus vastes et variés. Au final, il est important de se défaire de l’idée qu’apprendre est une activité qui se développe dans un espace-temps limité et « d’apprendre » à mettre tous les savoirs et compétences sur un pied d’égalité car, en dernière instance, ce qui les distingue, c’est l’utilité et le sens qu’ils ont pour un individu ou un groupe d’individus donné. Ce n’est que dans la liberté que la conquête de savoirs pointus et qui semblent inutiles pour l’action immédiate peut se faire ; vivre, c’est aussi s’étonner et contempler la beauté de l’univers et nul ne peut être contraint dans la contemplation. 

Repères, contraintes, limites
Certains pensent qu’un enfant qui n’est pas cadré par des horaires, se lever tôt le matin, s’habiller (oui, il faut l’admettre, les non-sco ont tendance à rester en pyjama quand ils n’ont pas besoin de sortir !), manger à heures fixes, différer son envie de faire pipi, se coucher tôt, et rebelote !, des exercices, des examens, en quelque sorte des « rituels » qui scandent son existence, mais aussi une obligation de ponctualité et d’assiduité, la vie en collectivité où un certain nombre de règles doivent être respectées, des devoirs (moraux) envers leurs parents, leurs enseignants, les autres enfants, eux-mêmes, qu’un tel enfant donc ne peut se développer correctement et pire, privé de limites imagine-t-on, il deviendra tyrannique. De la même manière, un enfant auquel on n’opposerait pas méthodiquement, intentionnellement un certain nombre de contraintes, notamment celles de la vie en collectivité, serait inapte à accepter les contraintes que lui réserve sa future existence d’employé soumis à une hiérarchie, à une conjoncture économique défavorable, à des politiques liberticides, à des lois iniques… Les contraintes de l’école constitueraient dès lors une sorte d’entraînement à la vie adulte.
Ici, il me faut citer une formule du philosophe anglais John Locke dans son Second Traité du gouvernement civil : Liberty, not license. La liberté n’est pas un droit d’exercer arbitrairement son désir ou sa volonté. La liberté des uns n’entrave pas celle des autres, pas plus qu’elle ne s’y arrête ; au contraire, elle l’englobe et quand on est libre, on est libre ensemble.
De la même manière que la liberté ne peut émaner que de soi et n’est pas un privilège consenti par une instance extérieure à soi, les repères, les limites n’ont pas besoin d’être volontairement, voire arbitrairement, mises en place (parce que fixer des limites serait « formateur »). Les limites sont des données objectives de l’environnement dans lequel on évolue et on les appréhende dès son premier souffle, si ce n’est en deça. Vivre, c’est rencontrer des blocs de résistance, ceux de son propre corps, ceux des autres corps. Quant aux repères, chacun les trouve dans son environnement, parce qu’on cherche toujours ce qui est stable, on est programmé pour précisément repérer ce qui est fixe ou récurrent. Ainsi, on n’a pas besoin de s’inquiéter de savoir si un enfant, rempli de force vitale, saura trouver des repères ; c’est prévu dans le kit de survie de l’animal humain.
En revanche, il nous faut admettre qu’un enfant qui n’a pas été soumis dès son plus jeune âge à la volonté des adultes qui pensent et décident à sa place, qu’on a laissé se développer à son rythme et selon ses besoins, qui n’a pas été conditionné à l’obéissance aveugle, aura en effet tendance à critiquer et rejeter les patrons abusifs, les collègues manipulateurs, les politiques liberticides, les lois iniques… Un enfant qui n’aura pas été conditionné à reproduire le statu quo social aura tendance à vouloir créer un autre monde, le sien. En quoi et pour qui est-ce un problème si ce n’est pour ceux qui n’ont pas intérêt à ce que les choses changent ? Doit-on seulement s’adapter au monde qui nous accueille, le subir ? Ne peut-on en être un acteur et co-créateur ? C’est là que l’on doit s’interroger sur ce que l’on veut vraiment pour son enfant, pas ce dont on a besoin tout de suite, comme la tranquillité et la satisfaction de désirs immédiats, mais ce qu’on souhaite pour lui, et seulement pour lui, pas pour soi-même. 

Autres suspicions infondées
« Comment vont-ils obtenir des diplômes, et donc, trouver du travail ? » se demande-t-on souvent à propos des enfants non-sco. Tout d’abord, il est important de noter que de nombreux examens peuvent être passés en candidat libre c’est-à-dire sans devoir nécessairement assister à des cours ; c’est notamment le cas du baccalauréat. Il faut savoir aussi que le bac n’est pas la seule porte d’entrée aux études supérieures et qu’il est également possible dans le cadre de la formation continue de passer un diplôme national d’accès aux études universitaires (le DAEU) si après une première expérience professionnelle, on souhaite démarrer des études supérieures. Ce n’est en général pas considéré comme une « voie d’excellence » mais c’est une voie possible et de ce fait, c’est une voie légitime et valable de notre point de vue (cf. la nécessité de « dé-hiérarchiser » les savoirs et les modalités d’acquisition des savoirs). Il est vrai qu’en France, nous avons « la religion du diplôme » comme je l’ai entendu dire par un chef d’établissement lors d’une réunion d’accueil de parents d’élèves en début d’année scolaire. La croyance est tenace, en dépit du bon sens, que le défaut de diplôme est une preuve d’incompétence. Pourtant, il y a tant de possibilités nouvelles de s’autoformer efficacement grâce au développement des technologies de l’information et de la communication. Il peut certes être difficile de valoriser son CV en l’absence de mention de diplômes prestigieux. Toutefois, quand on n’a pas eu l’estime de soi et l’enthousiasme dévastés par un système d’évaluation chiffrée débilitant, par une organisation des savoirs qui valorise à outrance certaines modalités d’appréhension et de traitement, en général très « intellectualistes », du réel et néglige voire déprécie les autres, par des attentes irréalistes et inadaptées de la part des adultes quant à son développement, on a un avantage par rapport à ceux qui ont subi la « sélection » scolaire, l’avantage de la confiance en soi, de l’auto-évaluation, de l’autoformation, de l’autonomie, de l’autodétermination, de l’initiative. Il est possible de valoriser cette expérience de formation originale auprès d’employeurs audacieux et ouverts.
Il n’est pas non plus nécessaire, en tant que parent, d’avoir bac + 5 ou d’être diplômé en sciences de l’éducation pour accompagner son enfant dans ses apprentissages. Le parent n’a pas besoin d’être un puits de sapience capable de répondre du tac-au-tac, telle une encyclopédie en ligne, à toutes les questions de son enfant. Il lui rendra sûrement davantage service en lui montrant comment se procurer les informations dont il a besoin plutôt que de lui servir un réponse prémâchée. Ce qui compte, c’est d’être à l’écoute de ses besoins et de lui proposer un environnement riche et stimulant.
Enfin, il faut définitivement s’enlever de l’esprit que tous les parents non-sco sont des anarchistes, révolutionnaires, élitistes, radicaux ou fondamentalistes religieux, qui veulent détruire notre civilisation. Ces derniers soupçons pèsent beaucoup sur les familles non-sco et sont la source de nombreuses difficultés qu’ils rencontrent dans leur rapport avec les « contrôleurs » de l’Éducation nationale (cf. l'article page suivante).
Les fantasmes et préjugés dont la vie sans école est l’objet sont trop nombreux pour les épuiser en quelques pages. Nous venons d’aborder les plus tenaces mais il en existe d’autres encore. Le meilleur moyen de s’en défaire est de partir à la rencontre vivante et interactive des familles non-sco. ◆

◆ 1 Une société sans école, Ivan Illich, Éditions Points (2015). 

 

TOUCHE PAS À MON ZIZI ! Décalottage : un geste à éviter

Extrait du numéro 58 de mai/juin 2016


Beaucoup de gens croient toujours utile, voire nécessaire, de décalotter régulièrement le pénis des petits garçons, afin de prévenir un possible phimosis et/ou pour des raisons d’hygiène. Beaucoup de médecins donnent ce même conseil, se permettant même parfois, lors d’une visite de routine et sans prévenir les parents au préalable, de décalotter eux-mêmes l’enfant.

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Journée de la non violence éducative

Samedi 30 avril, c'est la Journée de la non violence éducative. C'est l'occasion pour les parents et les éducateurs de se réunir, de réfléchir et de communiquer sur la nocivité des tapes, fessées, punitions et diverses humiliations pour une autre façon d'être avec un enfant.
La JNVE est organisée chaque année par La Maison de l'Enfant. Pour connaître les initiatives mises en place dans votre région cette année, vous pouvez consulter le programme présenté sur son site :
http://www.wmaker.net/maisonenfant/Les-manifestations-du-30-avril-2016_a306.html

Pour préparer cette journée, Grandir Autrement vous propose chaque jour de cette semaine une sélection d'articles sur la NVE.
Bonne lecture et bonnes réflexions !
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Féminisme et allaitement

Extrait du numéro 57 de mars/avril 2016

Les rapports entre féminisme et allaitement n’ont
jamais été simples, et ont beaucoup varié. Car il
y a féminisme et féminisme. En simplifiant, on
pourrait dire qu’il se divise en deux courants :
la variante « différentialiste » (ou « essentialiste »)
et la variante « égalitariste ».

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Petits arrangements avec la nature : Est-il «naturel» d'avoir des enfants rapprochés?

Extrait du numéro 56 de janvier/février 2016

Qu’entend-on exactement par «‚naturel‚»‚? Et en dessous de quel seuil considère-t-on que deux enfants sont rapprochés‚? De plus, existe-t-il un critère objectif qui permette d’affirmer que deux naissances sont (trop) proches‚?
Pour répondre à ces questions, il nous faut examiner les diverses contraintes qui déterminent l’espacement des naissances dans nos sociétés contemporaines.

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Résistance cognitive et apprentissages

Extrait du numéro 55 de novembre/décembre 2015

Olivier Houdé, directeur du Laboratoire de psychologie du développement et de l'éducation de l'enfant (LaPsyDÉ) du CNRS, est parvenu à isoler une fonction essentielle du cerveau : la résistance cognitive. C'est la capacité qu'a notre cerveau à inhiber les automatismes de pensée qui nous empêchent de réfléchir. Il rend compte de cette découverte, avec de nombreux exemples à l'appui, dans un livre paru au printemps dernier sous le titre Apprendre à résister. Sa lecture est passionnante et nous amène à réfléchir à notre manière d'aborder l'apprentissage, notamment avec les enfants.

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Allaitement au long cours et sevrage naturel

L'allaitement, c'est bien plus que le mode d'alimentation le mieux adapté au petit d'homme, aux bienfaits sanitaires multiples, même au-delà de l'âge de 6 mois.
C'est également une nourriture affective qui soigne bien des contrariétés du bambin. Il n'y a aucune bonne raison de s'en priver tant que cela fonctionne. Voici le point de vue d'un père sur l'allaitement au long cours de sa compagne et sur le sevrage.

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L’allaitement quand il dure

Pourquoi certaines mamans continuent elles d’allaiter après les 3 ans de leur enfant ? Quels sont les bénéfices nutritionnels et sanitaires ? À quelles critiques ces mamans font-elles face ? 
Voici quelques-unes des questions auxquelles nous allons tenter de répondre en nous penchant sur l’allaitement dit long voire très long.

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L'impact écologique de l'allaitement

Le lait maternel étant une ressource naturelle, gratuite et renouvelable, l'allaitement ne pèse pas autant sur l’environnement que l’alimentation artificielle. Il a une incidence environnementale positive dans différents domaines, auxquels on ne pense pas forcément : énergie, ressources naturelles, pollution de l’eau, de l’air et des sols, déforestation, changement climatique, santé et démographie.

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Les dix conditions de l'OMS pour le succès de l'allaitement maternel

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) est à l’origine
de l’initiative pour des Hôpitaux Amis des bébés (IHAB),
dont les « Dix conditions pour le succès de l’allaitement
maternel» constituent la pierre angulaire. L’IHAB
souligne que les pratiques en vigueur dans les hôpitaux
peuvent compromettre l’allaitement et qu’il importe dès
lors de les améliorer pour contribuer à accroître le taux
d’allaitement maternel.

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Allaitement et santé des femmes : le bébé est bon pour le sein !

On sait que l'allaitement est bon pour la santé de l'enfant allaité. On sait moins que ça l'est aussi pour la santé de la mère qui allaite. Que ce soit à court ou à long terme, comme le montrent nombre d'études faites ces dernières années.

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À TÂTONS : l’allaitement à petits pas

extrait du numéro 51 de mars/avril 2015

Allaiter ou donner le biberon ? Cette question se pose à bon nombre de femmes enceintes. Si la réponse est une évidence pour certaines, elle est un vrai questionnement pour d’autres. Ces
deux manières différentes de nourrir son enfant et d’établir une relation avec lui est un débat de société dans notre pays, un sujet épineux qui peut déchaîner les passions.
Il semble fondamental de parler d’allaitement sans braquer, de militer en douceur, de soutenir sans forcer afin de respecter l’éthique de chacune, son projet et ses choix.
Alors, comment planter la petite graine de l’allaitement et favoriser ses conditions de germination ? Réfléchissons ensemble.

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Paternage - Tome 2 Actuellement en souscription

Vous avez aimé le premier tome de la BD Paternage,
Vous allez adorer le prochain !

Vous avez aimé le premier tome de la BD Paternage, retraçant l’histoire d'un papa, la décision d’avoir un bébé, l’attente de la naissance, les débuts chaotiques ... ?
Vous allez adorer le prochain !

Dans ce second tome, retrouvez la suite des aventures de ce père qui apprend chaque jour le métier de papa, avec une naissance du deuxième enfant qui s’achemine ... à la maison !

Parution prévue début novembre, et dès maintenant en souscription sur le site de Grandir Autrement 

Imiter pour se construire

Extrait du numéro 54 de septembre/octobre 2015

Vous l'observez certainement tous les jours, vos enfants
adorent imiter les autres humains, et même les animaux,
reproduisant gestes et bruits, même ceux émis par de simples
objets. Arrivent-ils à se construire une identité tout en imitant
l'autre ? Quel rôle avons-nous en tant que parent imité ?

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Vacances et maternage font bon ménage

Extrait du numéro 53 de juillet/août 2015

 

Les choix de vie liés au parentage
proximal apportent aux temps de
vacances une touche de légèreté,
et de simplicité, dans le respect de
l’intérêt supérieur de l’enfant cher
à Grandir Autrement.

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Batailles de lit

Extrait du numéro 52 de mai/juin 2015


Quel parent n’a jamais expérimenté de bataille de polochon ou de séance de chahut endiablée avec ses enfants ?
Vous savez, ces moments délicieux où l’on s’empoigne, se bouscule, se laisse aller à une attaque de chatouilles mémorable.
Quentin, papa de trois bambins, nous livre le récit de ces «bastons» énergisantes et joyeuses auxquelles il se livre régulièrement avec ses enfants.

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Grandir : un lieu d'accueil enfants-parents

Extrait du numéro 51 de mars/avril 2015

C’est à Accueil Naissance, dans le 13e à Paris, que se retrouvent une fois par mois enfants, parents et accueillants pour une session de Grandir, dans une ambiance tranquille d’observation bienveillante. 
Une pause inspirante qui respecte la spontanéité, le rythme et le projet du petit enfant. 
Un lieu insolite s’il en est dans le paysage des structures d’accueil de la petite enfance français.

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Ce que j'aurais voulu qu'on me dise avant la naissance de mon bébé ...

Extrait du hors-série 8 : Accueillir Bébé

Devenir parent peut se révéler plein de surprises : positives pour la plupart, mais parfois plus difficiles. Des parents ont accepté de confier ce qui les avait le plus surpris quand Bébé est arrivé et évoquent les informations qu’ils auraient souhaité recevoir avant la naissance. Ils sont nombreux à admettre qu’ils n’auraient pas forcément pu entendre ou réaliser l’ampleur du changement avant de le vivre.

 

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Découvrez notre Pack Naissance

La parole aux papas - Homme au foyer

extrait du numéro de janvier / février 2015

J'ai 36 ans, je suis marié et j'ai deux enfants : Ewen, 6 ans, et Youna, 1 an et demi.
Pris dans le tourbillon de la vie, jonglant avec mon nouveau rôle de papa, les opportunités professionnelles et les horaires du RER, je me suis rendu compte à un moment que quelque chose ne fonctionnait pas.

 

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Voir le sommaire du numéro 50

Retrouvez nous ce week end sur le salon Vivez Nature

Retrouvez le magazine Grandir Autrement, stand C21, du 30 janvier au 2 février sur le salon Vivez Nature, Grande halle de la Villette, Paris porte de Pantin.

N'oubliez pas d'imprimer votre invitation !

Accueillir Bébé - Sortie de notre nouveau hors série

Notre tout dernier hors série est en route vers les boites de nos abonnés qui le recevrons la première semaine de décembre.

Dans ce numéro de 84 pages, sans publicité, intitulé "Accueillir Bébé", notre équipe de rédacteurs s'interesse à comment se préparer au mieux à accueillir un enfant, en faisant le point sur le materiel, la préparation à la naissance, et les rituels autour de cette naissance.

Retrouvez le sommaire complet de ce numéro ici

Apprivoiser les écrans et grandir

Article extrait du numéro de novembre/décembre 2014

À une époque où quasiment chaque foyer possède au moins un écran (de téléphone, de télévision, d'ordinateur ou de console), on peut s'interroger sur la surexposition de nos enfants à ces écrans.
Serge Tisseron propose dans son livre, 3-6-9-12, Apprivoiser les écrans et grandir1, de guider parents et éducateurs à leur utilisation et développe ainsi un encouragement de pratiques sécurisées pour accéder aux contenus informatiques et interactifs.

 

Découvrez cet article ici

Voir le sommaire du numéro 49

Expédition du numéro de novembre-décembre

Notre nouveau numéro est en cours d'expédition.
Il arrivera dans les boites début novembre.

Le dernier numéro du magazine est en cours d'expédition.
Arrivée prévue dans les boites vers le 3 novembre.
Bonne lecture !

Le portage en conscience, un pas vers autrui

Découvrez cet article extrait de notre numéro de septembre/octobre 2014


Le portage a de nombreuses vertus immédiates ; il est pratique, bienfaisant et procure du plaisir, tant du côté de l’enfant que des parents (et des professionnels de la petite enfance qui l’utilisent comme outil de travail).
Au-delà de ces avantages évidents, le portage peut être un merveilleux moyen pour le bébé de se construire, de s’ouvrir au monde et aux relations. Porté contre l’adulte, il partage avec lui ses activités et ses échanges, emmagasine ainsi des messages, des façons de faire et d’être, des valeurs, des émotions. Cette pratique peut alors être pour nous l’occasion de prendre conscience de ce que nous pouvons transmettre à notre
enfant en le portant.

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Voir le sommaire du numéro 48

A venir dans le numéro de septembre/octobre

-en cours d'expédition vers nos abonnés -

Notre prochain numéro part mardi vers les boites de nos abonnés. Si vous ne vous êtes pas encore (ré)abonnés, c'est par ici.

Au sommaire du numéro de septembre: 

Grandir au quotidien
Lire et grandir : Sélection de la rédaction
Les mots et les choses : Pour en finir avec le concept de sevrage

Naître parents
Petits arrangements avec la nature : Allaiter en public, un comportement obcène ?
Chroniques de la parentalité : Le guide du moutard
S’attacher pour grandir : Le portage en conscience, un pas vers autrui
Grossesse : Hypno-natal TM : Et si accoucher passait par le psychisme ?
Naissance :
Le rebozo : soin et rituel
Les nouveaux rituels de naissance : entre tradition et création culturelles

Dossier
La séparation : comprendre, protéger, créer
En France, en 2011, 44,7 % des mariages finissent en divorce et 1,6 million d’enfants vivent dans une famille recomposée. Le nombre de divorces a été en constante augmentation depuis les années 70 et a atteint une valeur plateau à partir de 2005 avec une moyenne de 130 000 divorces par an.
La recrudescence des séparations a fait éclater le paradigme de la famille traditionnelle et a engendré de nouveaux agencements familiaux, familles monoparentales, recomposées, garde alternée, etc., qui, loin d’être exceptionnels, sont en voie de normalisation. Toutefois, selon bon nombre de professionnels de l’enfance, même normalisé, socialement et culturellement de plus en plus admis, un divorce n’est jamais réussi pour un enfant, et cela même si les deux parents y trouvent leur compte et se séparent cordialement.
Dans le contexte d’une désunion conflictuelle, c’est l’intégrité psychique de l’enfant qui est atteinte, notamment lorsque celui-ci se retrouve instrumentalisé, objet, prétexte ou médium de la discorde parentale. Dès lors, il est important de comprendre les sentiments que peut éprouver un enfant lors de la séparation de ses parents et de prendre conscience de ses besoins fondamentaux, qu’il s’agisse du besoin de sa mère, pour un enfant allaité, ou du besoin de voir régulièrement le parent qui n’a pas la garde, cela afin de le soutenir et le protéger lors de cette épreuve. Réaffirmer l’intérêt supérieur de l’enfant, remettre ses besoins au centre des préoccupations des parents séparés, proposer des pistes de réflexion pour créer des arrangements familiaux respectueux de tous, tels seront les objectifs de ce dossier.


Grandir et s’éveiller
Éducation : Vivre un deuil : en chemin vers la cicatrisation et l'acceptation
Ils grandissent : Girouettes et démotivés, quand l'enfant ne veut plus pratiquer une activité
Éducation non-violente en pratique : On m'a dit que je pouvais m'aimer
Chronique d’une parentalité sans violence : Il ne faut pas jouer avec la nourriture ? Mais si !

Grandir ensemble
Grandir sainement : La mémoire cellulaire : Se délier du passé pour se relier à soi-même
Grandir ailleurs : Les sages-femmes de village en Malaisie ; une tradition en péril
Zoom produit nature : Accompagner la séparation au naturel
Faire grandir une initiative : Le CDAAD : un mouvement de soutien pour l'AAD et pour les sages-femmes libérales

Grandir en savourant
Allaitement : Le sevrage naturel
Zoom aliment : Comprendre l'IG pour être en bonne santé
Fines bouches : Recettes "IG"

ET AILLEURS, COMMENT DORMENT LES ENFANTS ?

découvrez cet article extrait de notre numéro de juillet/août 2014


Partager le sommeil de son enfant et répondre à ses besoins, de nuit comme de jour, semble être la pratique la plus répandue à travers le monde.
En effet, quelles que soient les croyances et les traditions, les soins apportés à l’enfant et l’attitude que les adultes adoptent envers lui visent, dans la plupart des sociétés, à être à l’écoute de ses besoins tout en l’intégrant pleinement à la vie sociale.

Découvrez cet article ici

Voir le sommaire du numéro 47

Au sommaire de notre prochain numéro...

Notre prochain numéro part vendredi vers les boites de nos abonnés. Si vous ne vous êtes pas encore (ré)abonnés, c'est par ici.

Au sommaire du numéro de juillet : 

Grandir au quotidien
Des lectures qui inspirent notre maternage : Nos enfants sont des merveilles
Activité : Le bilboquet des bois
Lire et grandir :: Sélection de la rédaction

Naître parents
Naissance : Faire un projet de naissance
Interview : La pratique d’une sage-femme : Liesbet Sap
S’attacher pour grandir : Le portage en crèche
La parole aux papas : Les papas et les cacas

Dossier
Le sommeil : une affaire de famille
Le sommeil de leur enfant est sans doute, avec leur alimentation, l’un des plus importants objets de préoccupation des parents. Cela est tout à fait compréhensible car de la qualité du sommeil de leur progéniture dépend directement la qualité du leur. Lorsqu’ils se préparent à accueillir un enfant, les parents s’attendent à ce que leurs habitudes de sommeil soient profondément modifiées – et s’y préparent éventuellement.
Un bébé fait ses propres « nuits » selon un rythme souvent déroutant. Comment alors satisfaire son propre besoin de sommeil en tenant compte à la fois des besoins de son enfant, notamment lorsqu’il est allaité, et des diverses contraintes matérielles ou sociales ?
Une bonne compréhension des besoins du bébé permet de préserver le sommeil de toute la famille. Mais il est nécessaire au préalable de déconstruire de nombreux mythes et préjugés qui ont la vie dure. Le sommeil partagé peut fournir une solution avantageuse que bon nombre de parents ont adoptée mais en veillant à respecter quelques règles de sécurité. D’une manière générale, le sommeil est autant une affaire de biologie que de culture, comme le montrent les pratiques de sommeil en vigueur sous d’autres latitudes. Et contrairement à ce qu’énonce la rengaine populaire, le sommeil partagé ne constitue pas un obstacle à l’autonomie de l’enfant – ni à l’épanouissement du couple ! – et, là encore, il s’agit d’être créatif pour s’ajuster le plus finement les uns aux autres.

Grandir et s’éveiller
Éducation : Vivre le moment présent : l’ultime accompagnement de l’enfant ?
Ils grandissent : La compétition, nocive et incontournable : comment protéger nos enfants ?
Éducation non-violente en pratique: La punition : effets et solutions alternatives
Chronique d’une parentalité sans violence : « Se sacrifier » pour ses enfants ?

Grandir ensemble
Faire grandir une initiative : Les « cercles magiques » ou soutenir le développement affectif et social des enfants
Grandir sainement : « No-poo » : prendre soin de ses cheveux autrement
Grandir sur Terre : Les abeilles sauvages : encourager leur installation dans nos jardins
Interview : « Je suis une Seinte » 

Grandir en savourant
Zoom produit nature: L’équilibre acido-basique
Zoom aliment : Kombucha ou l’élixir de vie
Fines bouches : Recettes au naturel

La BD Paternage en souscription ! Sortie prévue en novembre

Tadam ! Grandir Autrement et les éditions Myriadis ont le plaisir de vous présenter l'album "Paternage" de Sébastien Buteau.

Compilant les planches parues dans le magazine et des dessins inédits jamais publiés, ce premier tome de l'auteur-dessinateur retrace l’histoire de la naissance d'une famille - la sienne, avec humour, réalisme et légèreté.Vignettes après vignettes, Sébastien Buteau nous emmène sur son chemin de parent, qui pourrait bien être le vôtre, ou le nôtre, et chronique avec une douce auto-dérision le quotidien d'une famille qui grandit et s'agrandit.

Pour quiconque a envie de partager ou découvrir joyeusement la grande aventure de la parentalité, respectueuse, aimante, écolo, nature !, cet album est un incontournable. A s'offrir ou offrir sans modération.

Dans une démarche originale et désireuse de soutenir une maison d'édition indépendante, l'album est en souscription jusqu’à sa parution. Nous vous proposons de l'acquérir dès maintenant sur le site de l'éditeur ou ici, le payant ainsi à prix réduit (15 euros), dans un processus inédit de consommation lente. L'album vous sera envoyé à sa sortie, prévue en novembre 2014.

Laissez-vous tenter les yeux fermés !

Toute l'équipe de Grandir Autrement vous remercie et vous souhaite de bonne(s)souscription(s) !



La dodothérapie - extrait du numéro 46

découvrez cet article extrait de notre numéro de mai/juin 2014

Les scientifiques n’ont de cesse de nous expliquer que le sommeil des  enfants doit être protégé ; les parents doivent veiller à la bonne qualité et à une quantité suffisante de sommeil.
Que se passe-t-il dans le corps durant le sommeil ? Celui-ci est-il à même de favoriser la guérison ?

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Voir le sommaire du numéro 46

Info pour nos abonnés

Nous venons d'avoir l'information selon laquelle les envois du numéro 46 seront retardés à cause d'un dégât des eaux chez notre routeur qui a affecté nos magazines.
Nous avons dû prendre sur le stock prévu pour les kiosques un certain nombre de magazines pour remplacer ceux détruits chez le routeur. La présence en kiosque sera donc minime pour ce numéro.
Nous prions nos abonnés de bien vouloir nous excuser de ce désagrément indépendant de notre volonté.
Les magazines devraient parvenir dans vos boites aux lettres vers le 10 mai

Notre société, miroir de notre philosophie éducative - extrait du numéro 45

découvrez cet article extrait de notre numéro de mars/avril 2014

La société patriarcale dans laquelle nous évoluons a constitué les fondements de notre philosophie éducative, et ce depuis des millénaires. En établissant la relation éducative comme une relation de pouvoir, elle s'est appuyée sur une opposition : celle de la responsabilité des éducateurs face à l'immaturité des enfants, la seconde justifiant à elle seule l'usage des châtiments par les premiers. 

Découvrez cet article ici

Voir le sommaire du numéro 45

On parle de nous dans CB NEWS

Un article sur Grandir Autrement dans CB NEWS à retrouver ici
A propos de CB News :
Fondé en 1986 par Christian Blachas, « CB News » est le journal référent de la communication, du marketing et des médias. Depuis 2011, le magazine a été relancé sous forme de mensuel. Le site et la « CB Newsletter », qui existent depuis 1998, ont également été relancés dans le cadre de cette reprise. CB NEWS est détenu par le groupe STARTINVEST. www.cbnews.fr

Nouveauté : Grandir Autrement change de peau !

Toute l'équipe de Grandir Autrement a le plaisir de vous présenter la nouvelle maquette du magazine dont voici la prochaine couverture !
 
Entièrement renouvelé dans son graphisme, avec un nouveau logo, 4 pages supplémentaires, plus d'espace, de rythme, de clarté et de cohérence graphique dans ses pages, le numéro de mars-avril vous attend avec toutes ses rubriques habituelles relookées, et son dossier consacré à comment sortir de l'engrenage de la violence éducative ordinaire.

En 2014, Grandir Autrement ne se contente pas de faire peau neuve et renoue avec les hors série dont un premier exemplaire paraîtra au mois de novembre.

Afin de profiter de toutes les nouveautés de 2014, venez vous (ré)abonner sans plus attendre sur notre site !

Votre fidélité à nos côtés nous est précieuse !
 

Allaiter c'est naturel - extrait du numéro 44

découvrez cet article extrait de notre numéro de janvier/février 2014

Dans son sous-titre, Grandir Autrement se présente comme “Le magazine des parents nature”.
Mais qu’est-ce qu’au juste, un « parent nature » ? Quel est le sens de la référence à la nature ou au naturel quand il s’agit de parentalité ? Existe-t-il quelque chose comme une parentalité naturelle par opposition à une parentalité culturellement déterminée ? S’agit-il plutôt d’une construction d’un nouveau genre de rapport à l’enfant, conforme à une idéologie plus globale qui prône le respect des processus, dits naturels, du corps et de son environnement ?
Naissance physiologique, allaitement, cododo, portage, prise en compte des besoins spécifiques
de l’enfant, pris comme expressions de la bientraitance, sont qualifiés de pratiques ou
comportements naturels par leurs défenseurs. Cependant, il arrive souvent que nous soyons
contraints de faire des compromis avec la nature. Car le naturel ne va pas toujours de soi, ne coule
pas de source pour les êtres culturels que nous sommes.

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Retard de livraison chez nos abonnés et distributeurs

En raison des fêtes, le numéro de janvier a pris du retard et n'arrivera qu'à partir de la fin de semaine chez nos abonnés. Toutes nos excuses pour cette attente.

L'alimentation non violente en famille - extrait de notre numéro 43

découvrez cet article extrait de notre numéro de novembre/décembre

Le végétarisme, mode de vie encore peu répandu en France par rapport aux pays voisins, fait l’objet de beaucoup de préjugés, surtout quand il concerne les enfants.
Il n’est pourtant qu’une façon parmi d’autres de grandir autrement.
Pour quelles raisons fait-on le choix du végétarisme en famille ?
Quels avantages peuvent en retirer les enfants ?
Quelles sont les astuces pour bien vivre ce choix au quotidien ?

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Grandir Autrement à l'honneur dans le Courrier picard !

Un article sur Grandir Autrement est paru dans l'édition du 6 novembre du Courrier Picard

A découvrir dans le numéro 41 !

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Le partage du sein

Continuer à allaiter pendant la grossesse, puis allaiter ensuite les deux enfants simultanément, cela ne se décide généralement pas à l’avance. Simplement, un beau
jour, alors qu’on allaite encore son enfant plus ou moins grand, on se retrouve enceinte.
Et l’on n’arrive pas à imaginer le sevrer comme ça, brutalement. Alors, si l’on sait qu’allaiter pendant la grossesse est tout à fait possible, on va peut-être se lancer dans l’aventure.

Grandir Autrement en kiosque!?




Le magazine Grandir Autrement va fêter ses 7 ans en septembre!!
Pour fêter cet anniversaire, nous avons un projet qui va vous plaire : voir Grandir Autrement dans les kiosques!

Vous l'imaginez, ce projet ne pourra pas se faire sans vous.
Nous lançons aujourd'hui un appel à financement participatif afin de récolter les fonds nécessaires pour lancer la vente du magazine en kiosque!

Si comme nous, vous désirez voir le magazine diffusé plus largement, vous pouvez désormais nous y aider en allant à cette adresse : http://fr.ulule.com/kiosque.

Nous vous invitons aussi à communiquer sur ce projet autour de vous.
- MERCI! -

A découvrir dans le numéro 40 !

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Le chant prénatal

...une pratique ancestrale et universelle. "Le chant prénatal ! Qu'est ce que c'est ? À quoi ça sert ? Ce sont des chansons ? Lesquelles ? Mais si je chante faux ? Quoi ?! Je peux aussi me servir de ma voix à l'accouchement ! Comment ? Et si je demande une péridurale ?..."
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Numéro de mai/juin et semaine internationale des couches lavables

Alors que le numéro de mai/juin est en cours d'impression, profitez de la semaine internationale des couches lavables pour vous abonner, notre tout premier numéro vous sera offert en version PDF.

Le numéro de mai/juin est en cours d'impression. L'expédition de ce numéro à nos abonnés doit avoir lieu vers les 23/24 avril pour une arrivée dans les boites autour du 30 avril.
Si vous ne voulez pas rater ce numéro mais que vous ne vous êtes pas encore (ré)abonné au magazine, c'est le bon moment pour le faire. Cette semaine, à l'occasion de la semaine internationale des couches lavables, notre tout premier numéro, dont le dossier était consacré aux couches lavables, vous sera offert en version PDF pour tout abonnement d'un an.

Au sommaire du numéro 40 :

GRANDIR AU QUOTIDIEN

  • ACTIVITÉ : Un petit cheval à bascule en sureau
  • RELAXATION : Cœur à cœur
  • ACTIVITÉ : Petit Pouce : une histoire pour les petits, un jouet à faire soi-même
  • LIRE ET GRANDIR : Sélection de la rédaction

NAITRE PARENTS

  • GROSSESSE : Le chant prénatal : une pratique ancestrale et universelle
  • LA PAROLE AUX PAPAS : La couvade de Quentin
  • PETITES GRAINES : Non mais là y en a partout !
  • S'ATTACHER POUR GRANDIR : Interview : Gilles Verdiani, Mon métier de père

DOSSIER : Voyager en famille

Que vous soyez voyageur au long cours avec toute votre tribu ou simplement soucieux de préparer au mieux les prochaines vacances avec vos enfants, le thème de ce dossier vous concernera sûrement. Est-ce vraiment plus difficile ou contraignant de voyager avec des enfants ? Peut-on être globe-trotter dès le berceau ? Quelles vacances choisir quand on part en famille ? Comment organiser les trajets, occuper les enfants dans les transports, voyager avec un bébé allaité ? Nous partagerons avec vous nos trucs et astuces. Nous nous intéresserons également aux bénéfices secondaires des voyages en terme d'autonomie et d'apprentissages chez les tout-petits. Certaines familles font quant à elles le choix d'aller vivre à l'étranger : à travers leurs témoignages, nous vous livrerons le point de vue de ces expatriés. Alors, prêts à mettre les voiles ?

GRANDIR ET S’ÉVEILLER

  • ÉDUCATION : Danse à l'école maternelle
  • ILS GRANDISSENT : Amis pour la vie, amis dans la vraie vie
  • CHRONIQUE D’UNE PARENTALITÉ SANS VIOLENCE : La fessée, c'est pas bon pour la santé
  • ÉDUCATION NON VIOLENTE EN PRATIQUE : « Je m'appelle maladroit » : comment éviter de coller des étiquettes à nos enfants ?
  • PAS TOUJOURS FACILE D'ÊTRE PARENTS : L'écouter pour le comprendre

GRANDIR ENSEMBLE

  • GRANDIR SAINEMENT : Les plantes sauvages comestibles
  • FAIRE GRANDIR UNE INITIATIVE : Les poussettes cafés ont le vent en poupe en Belgique

GRANDIR EN SAVOURANT

  • ALLAITEMENT : Zoom sur une profession : consultante en lactation
  • ZOOM ALIMENT : Sur la route des épices
  • FINES BOUCHES : Recettes épicées

A découvrir dans le numéro 39 !

Découvrez un article du magazine en PDF

Quoi de neuf chez Grandir Autrement ?

Un nouveau rendez-vous régulier, pour vous tenir au courant des dernières infos de l'association et du magazine. Lire l'article

Les amalgames dentaires

...sont interdits de poubelle, mais pas de bouche ! Lire l'article

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Participez !

Materner des jumeaux, La santé des filles et de leurs mères, faites nous part de vos expériences : en savoir plus

Allaiter dans l’écharpe : le « pagne parisien »

Lisez un extrait du numéro 28 intitulé Allaiter dans l’écharpe : le « pagne parisien »

En ce 14 octobre, c'est La semaine internationale du portage qui se termine et La semaine mondiale de l'allaitement maternel qui commence.
Pour fêyer avec vous ces 2 évênements, l'association Grandir Autrement vous offre un extrait du numéro 28 intitulé Allaiter dans l’écharpe : le « pagne parisien », a partager autour de vous.

Bonne lecture !

Votre avis - impression du magazine en PEFC

Donnez-nous votre avis sur l'impression en PEFC (Programme de reconnaissance des certifications forestières) du n°36 en répondant à notre mini-sondage

Journée Internationale Pour la Liberté de l'Instruction

A l'occasion de la JIPLI, découvrez un extrait du magazine n°36 : L'instruction en famille en France : une liberté qui n'en finit pas d'être rognée !

Votre avis - Numéro 35

Vous avez lu le numéro 35 ? Votre avis nous intéresse ! Prenez quelques minutes pour nous faire part de vos remarques en répondant à notre questionnaire

Une doula à ses côtés...

Lisez un extrait du magazine N°3 sur les doulas.

Alors que la semaine internationale des doulas s'est achevée depuis quelques jours (du 22 au 28 mars), Grandir Autrement vous offre un article issu du n°3. En effet, en janvier-février 2007, nous vous avions présenté le travail de ces accompagnantes à la naissance, dont la présence s'est bien développée depuis.

Le numéro 28 à lire en ligne

Feuilletez les pages du magazine numéro 28 - Parents Solo pour découvrir Grandir Autrement.

Grandir Autrement vous propose de découvrir ou redécouvrir le magazine en vous offrant en consultation libre le Numéro 28 - Parents Solo !

Journée de la non-violence éducative

A l'occasion de la journée de la non-violence éducative, Grandir Autrement vous propose un forum d'entraide si vous souhaitez organiser une réunion, ainsi qu'un tract à imprimer et 2 articles extraits de notre Hors-Série numéro 1 "L'éducation sans violence"

Le 30 avril verra la neuvième édition de la Journée de la Non Violence Educative. Nous avons pu constater que des personnes aimeraient organiser quelque chose à cette occasion, mais hésitent à se lancer seuls ou ne savent pas comment organiser leur réunion. Il n'est pourtant pas nécessaire d'avoir suivi des formations à la non-violence éducative, ou d'être un modèle de perfection en la matière, pour organiser un moment d'échange et de partage autour de ce thème.

Nous vous proposons de vous inscrire sur le forum que nous avons créé.

Vous souhaitez organiser quelque chose pour la Journée de la Non Violence Educative ? Venez vous rencontrer, vous réunir, par départements, par villes. Venez chercher les informations dont vous avez besoin.

Vous avez déjà prévu ou animé une réunion ? Venez apporter votre aide et échanger avec les autres groupes.

Vous trouverez aussi sur cette page un tract à imprimer ainsi que 2 articles extraits de notre Hors-Série numéro 1 "L'éducation sans violence"

L'association Grandir Autrement diffusera sur son site internet les informations de chaque réunion ou action prévue.

Ce sont les petites actions de chacun qui feront de cette journée une réussite.

Sources et compléments - numéro 60

Numéro 60 : 

Sur l’allaitement

http://www.lllfrance.org/1068-epidemiologie-de-l-allaitement-en-france

http://www.lllfrance.org/vous-informer/actualites/1825-les-derniers-chiffres-de-l-allaitement-en-france

http://www.lllfrance.org/vous-informer/actualites/1722-que-disent-les-taux-dallaitement-francais

Chiffres de l'allaitement en France à partir des certificats de santé des 8e jour, 9e et 24e mois : http://drees.social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/er958.pdf

Prévalence de l’allaitement à la maternité selon les caractéristiques des parents et des conditions d’accouchement (enquête Elfe 2011) :
http://invs.santepubliquefrance.fr//beh/2014/27/pdf/2014_27_1.pdf 

Durée de l’allaitement maternel en France (enquête Épifane 2012-2013):
http://invs.santepubliquefrance.fr//beh/2014/27/pdf/2014_27.pdf

Sur la grossesse et l’accouchement

Les maternités qui réalisent le plus d’accouchements :
http://www.journaldesfemmes.com/maman/maternite/classement/maternites/nombre_accouchements

Taux d’épisiotomie en France : http://www.episio.info/connaitre/taux-episio/

Sur la césarienne :
http://www.cesarine.org/avant/etat_des_lieux.php
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2014-09/experimentation_cesarienne__taux_2011_a_2013_2014-09-16_17-11-16_366.pdf

Sur la péridurale :
http://www.inserm.fr/actualites/rubriques/actualites-recherche/en-france-la-peridurale-est-frequente-chez-les-femmes-qui-souhaitaient-accoucher-sans 
http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00854831/document
http://www.cosf59.fr/wp-content/uploads/2013/12/alisonclarys1.pdf

Maisons de naissance, rapport législatif :
http://www.assemblee-nationale.fr/14/pdf/rapports/r1560.pdf

HAS, données épidémiologiques générales liées à la grossesse :
http://www.has-sante.fr/portail/upload/docs/application/pdf/2012-07/donnees_epidemiologiques_generales_liees_a_la_grossesse.pdf

Sur la remise en cause de la pratique des accouchements à domicile, voir le syndicat national des sages-femmes pour l’accouchement à domicile : http://snsfaad.weebly.com/

Sur le vécu des parturientes

Souhaits des femmes et vécu de l’accouchement, étude réalisée à partir d’une enquête du Collectif interassociatif autour de la naissance (CIANE) :
http://social-sante.gouv.fr/IMG/pdf/2_10_2012_ciane_SOUHAITS_DES_FEMMES.pdf 

Satisfaction maternelle et mode d’accouchement :
http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00563944/document

Enquête de satisfaction auprès des patientes ayant rédigé un projet de naissance :
http://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-00909417/document

Satisfaction de 424 usagers pendant la grossesse et à l’accouchement dans le Réseau de
santé en périnatalité « Sécurité Naissance » des PaysdelaLoire :
http://www.em-consulte.com/showarticlefile/891965/main.pdf

Enquête Magicmaman :
http://www.magicmaman.com/,suivi-de-grossesse-accouchement-sortie-de-la-maternite-ensemble-on-peut-mieux-faire,58,1785189.asp#

Sur la violence éducative

http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/03/13/01016-20150313ARTFIG00402-interdiction-de-la-fessee-70-des-francais-disent-non.php

« Spanking and child outcomes : Old controversies and new metaanalyses », Elizabeth T. Gershoff, Andrew GroganKaylor,
Journal of family psychology, juin 2016 :
http://psycnet.apa.org/psycinfo/2016-17153-001/ 

À lire sur le site de l’OVEO :
https://www.oveo.org/effets-de-la-fessee-sur-le-developpement-de-lenfant-de-0-a-9-ans/

http://www.oveo.org/wp-content/uploads/2016/04/OVEO_DossierPresse-20avril-PPL_Abolition_violences.pdf

Sources et compléments - numéro 61

Numéro 61 - "Les caries, une histoire de carences ?" rubrique Grandir en savourant

À propos du rôle de la vitamine K2, voir : Vitamin K2 and the calcium paradox : how a little-known vitamin could save your life, Kate Rheaume-Bleue, Éditions Harper (2013).

 

Sur la nutrition en pré-conception, durant la grossesse, l’allaitement et pour les premiers solides du bébé, voir : Beautiful Babies : Nutrition for fertility, pregnancy, breastfeeding, and Baby's first foods, Kristen Michaelis, Éditions Victory Belt Publishing (2014).

 

Sur les premiers solides, un éclairage anthropologique et historique notamment : http://www.lllfrance.org/vous-informer/fonds-documentaire/dossiers-de-l-allaitement/1708-reflexions-sur-les-aliments-de-sevrage

 

Sur le lien entre formation des structures faciales in utero et perception de la beauté, ainsi que les écarts entre grossesses : https://clairetlipide.wordpress.com/2012/03/19/une-certaine-conception-de-lesthetique/

 

Pour aller plus loin sur le sujet des vitamines et des minéraux dans le cadre de la santé dentaire et l'alimentation : http://www.neosante.eu/comment-garder-de-bonnes-dents/

 

La pratique du fil dentaire remise en question : http://bigstory.ap.org/article/f7e66079d9ba4b4985d7af350619a9e3/medical-benefits-dental-floss-unproven

 

Le rôle de la vitamine D :

http://adc.bmj.com/content/97/Suppl_1/A103.1

https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pubmedhealth/PMH0053847/

http://pediatrics.aappublications.org/content/early/2014/04/16/peds.2013-2215

 

À propos de la vitamine A : https://clairetlipide.wordpress.com/2016/01/21/une-vitamine-a-sous-estimee-par-les-vegans/

 

Un témoignage sur le blog francophone de référence sur le sujet : https://clairetlipide.wordpress.com/2011/10/19/comment-jai-gueri-la-carie-de-mon-fils/

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