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Le lien lacté

Article issu du Numéro 71 - L'allaitement, un enjeu de société


Si l’allaitement apporte au bébé tous les éléments nécessaires à son développement physique, il apporte aussi chaleur, réconfort et bien-être. Pour autant, il est communément admis que l’allaitement doit obéir à certaines règles : les tétées doivent être espacées d’au moins deux heures, le bébé ne doit pas s’endormir au sein ni « tétouiller ». En bref, le sein ne serait qu’un outil nourricier. Or, toute maman allaitante le sait, il est aussi un formidable moyen d’apporter du bien-être à l’enfant comme à la mère. Il participe à la création d’un lien fort et consolide la relation maman-enfant, et peut même « réparer » un accouchement difficile.

L’allaitement est naturel et instinctif, pour la mère comme pour le bébé. Un nouveau-né, s’il est posé sur le ventre de sa mère, rampera jusqu’au sein pour une première tétée. Une maman allaitante va, par réflexe, proposer le sein à son bébé qui pleure. En voyant le réconfort apporté à son petit par la tétée, elle se sentira à la fois soulagée pour son enfant, heureuse de lui apporter du réconfort et pleinement mère, capable de répondre aux besoins de son bébé tant nutritifs qu’affectifs, tout ça en un seul geste. La tétée apporte un profond bien-être à la fois à la mère et au bébé, pour les raisons évoquées mais aussi pour des raisons hormonales : quand le bébé tète, maman et bébé prennent un bain d’hormones, et en particulier de prolactine et d’ocytocine (toutes deux sécrétées lors de l’orgasme sexuel). « Je trouve ça tellement apaisant ! Et puis je ressens une immense fierté de me dire que ma fille grandit grâce à moi, à mon lait ! », confie Jeanne. La tétée, c’est aussi un câlin et plus particulièrement un câlin en peau à peau. Or, le peau à peau réduirait de 74 % la production d’hormones du stress chez le bébé, dont le corps maternel est « l’habitat naturel » selon l’expression de Nils Bergman1. Trop de stress inhibe les fonctions intestinales, digestives et la croissance. Or un bébé qui a mal est un bébé qui pleure beaucoup, ce qui amène la maman à être tendue, fatiguée et éventuellement moins disponible pour son petit. De plus, plusieurs études ont montré que les mères allaitantes ont plus d’empathie pour leur petit et réagissent plus vite à ses cris2.

Le bonheur du bébé allaité

Car si l’allaitement contribue au bien-être du bébé, il aide aussi à celui de la maman, favorisant ainsi le développement de leur relation dans un cadre serein. Si l’allaitement se passe bien, la mère peut se sentir puissante dans son rôle maternel : elle est tout pour son bébé, qui entouré par des bras tendres se love contre le sein nourricier. Pour une jeune maman, c’est extrêmement réconfortant de pouvoir apporter le sein comme réponse à de nombreux petits maux. Quand les magazines et manuels de puériculture donnent mille et une méthodes pour apaiser bébé, que ce soit pour certains bobos ou pour l’endormissement, les mamans allaitantes peuvent se contenter d’utiliser leur remède miracle : le sein ! Bien évidemment, on entend beaucoup que le sein ne doit pas être « une tétine » et qu’il ne doit pas servir à réconforter ou à endormir le bébé. Et il est bien dommage que certaines mamans suivent cette injonction, pensant ainsi être de bonnes mères. Car quoi de plus beau et de plus naturel que de voir son enfant trouver sereinement le sommeil en tétant ? Anne-Sophie parle très justement de ce bonheur si simple : « C’est tabou d’en parler, mais l’allaitement est une jouissance, c’est se sentir accomplie, être mère corps et âme. Se fondre avec son bébé à ce moment-là, c’est magique.»

Quand le lien ne se fait pas

Le lien mère-enfant est souvent une évidence, mais il arrive malheureusement qu’il ne se fasse pas ou difficilement. Comme l’explique Claude Didierjean-Jouveau3, l’allaitement peut aider à créer une relation positive entre la maman et son bébé. Que ce soit lié à une dépression (post-partum ou non) ou à des problèmes liés à l’histoire de la mère, l’allaitement aide, entre autres grâce aux hormones, la maman à développer de l’empathie pour son nouveau-né. Une étude montre ainsi que des mamans dépressives allaitantes ont moins d’émotions négatives et moins de comportements anormaux envers leur enfant que des mamans dépressives qui donnent le biberon4. Une autre étude sur les maltraitances infantiles montre que les enfants allaités ont moins de risques d’être maltraités, et que la gravité des sévices est liée à la durée de l’allaitement : plus il sera long, moins les sévices seront importants5. Une raison d’encourager les mères qui ont une histoire difficile à allaiter… Enfin, les programmes de promotion de l’allaitement ont vu les taux d’abandon chuter : par exemple, les abandons ont réduit de moitié en Russie à la suite de la mise en place de l’Initiative Hôpital Ami des Bébés6. Des chiffres surprenants qui parlent d’eux-mêmes… Il ne s’agit pas d’en conclure que les mamans qui « biberonnent » aiment moins leur bébé que les mamans allaitantes, loin de là ! Mais il paraît clair que l’allaitement facilite grandement la création du lien, y compris lors des situations difficiles.

« L’allaitement nous a sauvées »

Quand l’accouchement ne s’est pas passé comme on l’espérait, quand la maman traverse une période compliquée, l’allaitement peut véritablement faire office de pansement. Anne-Sophie a connu un accouchement par césarienne pour sa fille Malia : « L’allaitement nous a sauvées toutes les deux. Je me sentais abandonnée. Heureusement qu’il y avait Malia ». Jeanne a une petite fille de sept mois. Ayant subi une hystérectomie (ablation de l’utérus), elle ne pourra plus porter d’enfant. « Même si je n’ai plus mon utérus et mes ovaires, je suis encore mère et femme grâce à l’allaitement. Je ne pourrai plus avoir d’enfant mais je peux encore allaiter mon bébé ! Pour le moment, je ne peux pas porter ma fille et la tenir sur moi n’est possible que pour quelques instants. C’est difficile de m’occuper d’elle pour les soins du quotidien hormis pour l’allaitement que je pratique couchée. C’est donc un moyen pour moi de m’occuper d’elle et j’en profite pour faire le plein de câlins, de bisous, de caresses, de mots doux… Allaiter m’aide aussi dans le sens où j’appréhendais énormément cette intervention et cela m’a donné un objectif qui m’empêche de trop penser à mes douleurs physiques et psychologiques. Et puis ça me détend et j’en ai bien besoin ! »

Marie a eu un accouchement difficile. Elle se souvient de la première tétée de sa petite fille : « Mon accouchement a été compliqué et je ne me sentais vraiment pas bien avec l’équipe médicale. Et puis on l’a posée sur moi et j’ai tout oublié. Finalement ma puce a léchouillé un de mes seins, j’étais déjà extrêmement heureuse ! Et puis peu après, alors que nous étions seules elle a tété l’autre sein. J’étais aux anges. Et ça a grandement aidé à faire oublier cet accouchement. » Elle a ensuite eu des problèmes de santé. « J’avais beaucoup de mal à m’occuper de ma fille. Mais dès que je la mettais au sein, ça allait mieux. Elle était là, elle était bien alors tout irait bien. Honnêtement, je pense allaiter parfois plus pour moi, tellement cela m’a permis de réparer un accouchement difficile, des suites difficiles... et d’avoir tellement de beaux moments, de doux moments, ma fille serrée contre moi, un sourire aux lèvres, une goutte de lait au coin de la bouche. » Des mots qui montrent que l’allaitement est véritablement un échange qui apporte du bonheur au bébé comme à la maman.

Camille Masset-Stiegler


1 http://www.claude-didierjean-jouveau.fr/2017/01/15/de-succion-intra-uterine-a-lallaitement-continuum
2 Noirot E., « Orientation sociale et mode d’alimentation chez le bébé humain (résultats exploratoires) », Psychologie médicale, 1977 ; 9, 11 : 2127-2142 ; Pearson RM, « The impact of breastfeeding on mothers’ attentional sensitivity towards infant distress », Infant Behav Dev 2011 ; 34(1) : 200-5 ; Pilyoung et al., « Breastfeeding, brain activation to own infant cry, and maternal sensitivity », Journal of Child Psychology and Psychiatry 2011 ; 52(8) : 907–915.
3 http://www.claude-didierjean-jouveau.fr
4 Jones NA et al., « Patterns of brain electrical activity in infants of depressed mothers who breastfeed and bottle-feed. The mediating role of infant temperament », Biol Psych 2004 ; 67 : 103-24.
5 Strathearn L, « Is Breastfeeding Protective Against Child Abuse and Neglect ? The Biology of Nurturance Explored », 14th International Congress on Child Abuse and Neglect, Denver, July 10,2002.
6 http://www.claude-didierjean-jouveau.fr/2016/09/16/lallaitement-facilite-maternage
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