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Lettre ouverte aux soignants




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Bonjour,

Je suis là, devant vous, face à vous.
Je suis là, devant vous, face à une étape de ma vie, et de celle de mon bébé, de ma famille.
Je ne suis pas malade, je ne suis pas démente, je ne suis pas une personne compétente séparée d’un corps impotent, je suis un tout… et, par-dessus tout, je suis en train de devenir…

Prudence ! 

Depuis des mois déjà, je suis en devenir… J’ai côtoyé plus près que jamais l’alliance de la force et de la vulnérabilité, ma chrysalide s’est tissée fil à fil, cahin-caha parfois, mais bel et bien et me voilà, « entre vos mains »…
Plus que jamais, là, maintenant, je suis en devenir… Je suis face à un passage, un de ces passages comme on en rencontre peu dans la vie, qui nous rappellent une autre alliance subtile, celle des portes de la vie et de la mort, ces passages qui se répondent en écho et font résonner tant de choses… Il n’y a pas que mon bébé qui s’engage… mais, lui non plus, il ne s’agit pas de l’oublier dans toute son extrême sensibilité, sur le seuil du tout premier passage qui marquera et imprégnera son entrée dans le monde de ses semblables… Et, à travers moi déjà, vous lui donnez un aperçu de cet accueil…

Prudence !

Vous me voyez là, à un instant particulier, unique… Gardez cependant en tête qu’il s’inscrit dans une continuité, la continuité de la vie, mais aussi la continuité d’une existence individuelle, avec ses blessures, ses peurs et ses espoirs, ses silences et ses élans, ses ambivalences et ses tabous.
Peut-être ai-je été blessée au cœur même de mon intimité, cette intimité qui se met maintenant à nu, à vif, pour ce nouveau passage. Peut-être à ma façon suis-je une rescapée, moi, là, qui me tiens devant vous, vulnérable quand bien même je serais forte.
Physiquement abusée, violée, ou symboliquement violentée : la mémoire dans les cellules de mon corps en gardent de toute façon une intensité certaine.

Prudence !

Mon corps est un temple que je rencontre et découvre peut-être pour la première fois dans son mystère mais aussi dans son animalité et dans ses blessures d’enfant. Est-ce une façon de m’accompagner dans ce passage en m’allongeant sur une table froide, nue ou presque, jambes écartées voire tenues dans des positions que mon corps refuse, mon intimité à la vue voire à la merci de tous sous la lumière crue, comme si, soudain, elle que je commence peut-être seulement à apprivoiser, ou à envisager, comme si elle ne m’appartenait déjà plus, comme si elle ne saurait être respectée ni même seulement mienne ?

Prudence…

Je veux vous faire confiance, et là encore se rejoue, phénomène fondamental mais tellement peu conscient, le fondement de cette confiance, qui appelle empathie et réciprocité. Je suis là pour mettre au monde mon enfant, mais je ne serai plus la même après ce passage de plus. Acceptez de me laisser, à mon rythme, et à la manière qui sera mienne, entrevoir cette puissance qui m’anime…
De, simplement, me laisser aller à cette rencontre, tant avec moi-même qu’avec mon enfant.
Peut-être aurai-je besoin de pleurer, de peur, de douleur, de panique ou de libération : peut-être aurai-je besoin de hurler mes émotions, ma douleur, mon histoire… Peut-être deviendrai-je insolemment sauvage, et aurai-je besoin d’une intimité plus grande encore. Laissez-moi traverser tout cela avec humanité. Ne me forcez pas au silence, à l’immobilité. Ne me soumettez pas. Je ne suis pas en train de perdre la tête, je suis juste en train de m’ouvrir à demain.

Prudence !

Je suis presqu’autant témoin que vous de cette force qui me traverse, la puissance de ces vagues qui se déchaînent, me dé-chaînent et m’emmènent au plus près de moi-même et vers mon enfant. Vous devez y être habitué(e), phare bienveillant et paisible qui sait recevoir les tempêtes et qui sait aussi le calme qui les suit.

Ensemble.

Selon mon histoire et à tout instant, mes attentes envers vous pourront varier… mais toujours, je voudrais toujours pouvoir miser sur une réelle confiance entre nous : que je puisse, moi, vous faire confiance, que je n’aie pas à me protéger de vous, et que vous, vous fassiez pleinement confiance à mon corps, à mon bébé, à mon ressenti qui sont les seuls à pouvoir me guider, et les seuls que nous ayons, ensemble, à écouter et à accompagner.
C’est bien moi qui accouche, c’est à mon bébé que je veux « obéir », à ses messages que je veux répondre, pas à des injonctions qui nous sont à tous deux extérieures et souvent bien davantage liées aux habitudes ou aux peurs qu’aux besoins avérés… Mais votre discrétion, votre bienveillance et l’ensemble de vos propres compétences représentent à mon sens une forme authentique d’accompagnement, celui qui accueille mes rugissements de lionne comme mes tremblements d’enfant : celui qui permet, vraiment, pleinement, mon empowerment, et qui me laisse simplement devenir maman….

Je découvre mon enfant… Silence…

Ne dites rien, laissez-nous le temps, de nous sentir, nous écouter, nous découvrir, nous retrouver… Ne me montrez rien, laissez-le, lui, me montrer qui il est… Ne mettez pas des mots à vous sur notre bulle encore floue… Ne posez pas des mots d’une réalité où nous ne sommes pas encore redescendus, gardez-nous ce temps de pause. Ne mettez pas des mots sur ce que mes yeux ne voient pas encore. Ne dites rien qui trouble nos élans ou nos imaginaires, tout ce qui tisse notre histoire particulière… Pour ce qui est d’agir, rien ne presse… Le temps se suspend, aux yeux et au chant de cet enfant… Je suis devenue papillon, mes ailes ont besoin de temps pour sécher, ne rien précipiter… ne rien bousculer… Vous êtes à ce moment encore gardien(ne) de notre bulle, bienveillant accompagnant sur notre chemin de devenir parents.

Amandine Cadars

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